Les principaux candidats à la victoire dans le 104e Tour de France, qui s’élance de Düsseldorf ce samedi, sont trois. Derrière eux, une dizaine de concurrents peuvent aussi rêver. Plus ou moins…

Deux des trois principaux favoris de la Grande Boucle 2017, qui va démarrer ce samedi après-midi par un premier effort chronométré de 14 kilomètres, figuraient l’an dernier sur le podium aux Champs-Élysées.

Chris Froome, triple maillot jaune et vainqueur des deux dernières éditions, tentera, tout au long des 3.540 kilomètres, répartis en 21 étapes, de remporter une quatrième fois le Tour de France.

Nairo Quintana, lui, veut enfin accéder à la plus haute marche de ce podium sur lequel il a fini les trois fois où le grimpeur colombien a couru le Tour.

Richie Porte n’était que cinquième l’an passé, mais le voici catalogué comme un des trois grands favoris, sinon même comme le principal.

Derrière eux, emmenés par Romain Bardet, le dauphin de Froome en 2016, et Alberto Contador, le seul autre ancien vainqueur du Tour au départ, on recense une dizaine de coureurs qui peuvent (ou doivent), à des degrés divers, rêver de créer la sensation.

Pour plusieurs d’entre eux, finir parmi les cinq premiers serait déjà une victoire, monter sur le podium un objectif. Quant à gagner…

L’histoire du Tour nous rappelle que la victoire fut souvent le fruit de grosses surprises ou de révélations. Personne ne citait vraiment Vincenzo Nibali comme possible vainqueur en 2014 alors que le Tour devait encore prendre son envol. On connaît la suite.

Et l’on ne vous parle même pas des éditions 2006 et 2008 remportées respectivement par Oscar Pereiro et Carlos Sastre. Vous avez dit surprise ?


Chris Froome*** (G-B - Equipe SKY - 32 ans)

En chiffres

> 6 participations au Tour

> 3 victoires (2013, 2015 et 2016)

> 2e en 2012, 81e en 2008, abandon en 2014

> 7 victoires d’étapes : 1 en 2012 à La Planche des Belles Filles; 3 en 2013 à Ax-3 Domaines, au Mont Ventoux et à Chorges (clm); 1 en 2015 à La Pierre-Saint-Martin; 2 en 2016 à Bagnères-de-Luchon et Megève (clm).

> 44 fois porteur du maillot jaune

> Meilleur grimpeur du Tour 2015

© Belga

1 Les plus : le Britannique, tenant du titre, a évidemment l’expérience, tout comme son équipe rodée à contrôler une course et à gérer la pression. Froome s’est nettement amélioré dans certains domaines qui semblaient, autrefois, ses points faibles: le sens tactique, la descente... Il a, dit-il, volontairement allégé son début de saison pour arriver en forme au moment voulu.

2 Les moins : sa première moitié de saison a en effet été plus qu’en demi-teinte. Le coureur de Sky n’a rien gagné et au Dauphiné, il a suscité des interrogations après un chrono indigne de lui. Il n’y est pas non plus apparu souverain en montagne. Enfin, le maillot jaune sortant devra se passer des services de Wouter Poels, qui, il y a un an, l’avait tiré d’un mauvais pas plus d’une fois. L’absence de Stannard peut aussi se payer dans la plaine.

3 Son avis : "Je suis là où je voulais être au niveau de ma forme.Quand on a déjà gagné trois Tours et que l’on arrive en bonne condition, on se doit d’être confiant. Mais je suis conscient que la course sera beaucoup plus ouverte que d’habitude car le niveau de mes adversaires s’est élevé. Je pense à Richie Porte qui sera peut-être l’homme à battre. Ensuite, le parcours me convient moins bien que les autres années. Ce parcours moins montagneux a clairement été dessiné pour les attaquants."


Nairo Quintana *** (Colombien - Equipe Movistar - 27 ans)

En chiffres

> 3 participations au Tour

> Deuxième en 2013 et en 2015

> Troisième en 2016

> 1 victoire d’étape en 2013 au Semnoz

> Meilleur jeune du Tour 2013 et 2015

> Meilleur grimpeur du Tour 2013

© AFP

1 Les plus: Quintana sort du Giro (2e) et il a toujours été plus fort dans le deuxième grand tour que dans le premier. Contrairement aux dernières années, il n’est pas rentré en mai et juin dans son pays où il se dispersait. À 27 ans, il a maintenant atteint une forme de maturité et dispose de toute l’expérience nécessaire. Son équipe est sans doute la plus solide du peloton, avec Alejandro Valverde en chef d’orchestre.

2 Les moins: plus personne n’a brillé dans le Tour après avoir couru le Giro depuis de nombreuses années. Le Colombien est sans doute le meilleur grimpeur du peloton, or, ce Tour comporte moins de haute montagne que d’habitude (23 grands cols contre 28 l’an passé, trois arrivées au sommet au lieu de quatre...). Le chrono final peut lui faire perdre, comme ce fut le cas au Giro, une position qu’il n’aurait pas assez consolidée.

3 Son avis : "On verra après l’arrivée si l‘idée de doubler Tour et Giro était bonne ou pas. J’arrive avec de très bonnes sensations. Il y a moins de chronos cette année, c’est mieux pour moi, mais comme il y a moins d’arrivées en altitude et de montagne, il faudra être beaucoup plus audacieux, attaquer. Je pense que ce sera un Tour avec beaucoup de stratégie, beaucoup de mouvement, un Tour très particulier. Il faudra être audacieux aussi dans les descentes. Froome est mon rival numéro un et je suis certain qu’il sera très fort. Mais il y a aussi d’autres favoris Aru, Porte, Froome, Bardet, Contador, et puis la surprise qui va arriver et que l’on n’attend pas."


Richie Porte*** (Australien - Equipe BMC - 32 ans)

En chiffres

> 6 participations

> Cinquième en 2016

> 72e en 2011, 34e en 2012, 19e en 2013, 23e en 2014 et 48e en 2015

> Aucune victoire d’étape

© AFP

1 Les plus: l’Australien est, de tous les favoris, celui qui a réussi le meilleur début de saison, même si la fin du Dauphiné, qu’il dominait, a laissé un goût amer. Ce couac peut avoir servi de piqûre de rappel. Il peut, dès le 5e jour à La Planche des Belles Filles prendre le maillot et, pourquoi pas , le conserver jusqu’à Paris. En contre-la-montre et en montagne, il est à chaque fois parmi les deux plus forts. Son équipe va entièrement rouler à son service. Seul Van Avermaet aura un peu de liberté en deux ou trois occasions.

2 Les moins : Porte n’a jamais obtenu mieux qu’une 5e place dans un grand tour (l’an dernier au Tour). Pendant des années, il était lieutenant. Il n’a pas non plus, comme son équipe, l’expérience de la gestion d’un maillot jaune, on l’a vu le dernier jour au Dauphiné. La BMC y avait montré des signes de faiblesse en haute montagne. Enfin, peut-il encore tenir un mois la (très) bonne forme qu’il affiche depuis l’entame de la saison ?

3 Son avis: "Il ne faut pas penser que le Tour va se résumer à un duel entre Chris (Froome) et moi. Mais c’est lui le grand favori même s’il était moins bien au Dauphiné. Il a déjà gagné trois fois le Tour et sait s’y prendre. Le parcours n’est pas idéal pour moi avec seulement trois arrivées au sommet et peu de kilomètres en contre-la-montre. Mais ce sera un Tour difficile et très ouvert. Des étapes comme celle de Chambéry (NdlR : avec sept ascensions) pourraient fortement influencer le classement. Et, au vu du parcours, je pense que chaque étape pourrait s’avérer déterminante, dans un sens comme dans l’autre."



Romain Bardet** (Français - Equipe Ag2R - 26 ans)

En chiffres

> Cinquième participation au Tour

> Deuxième en 2016, sixième en 2014, neuvième en 2015

> 2013 : 15e

> Supercombatif du Tour 2015

> 2 victoires d’étape : 1 en 2015 à Saint-Jean-de-Maurienne et 1 en 2016 au Bettex - Saint-Gervais

© AFP

1 Le plus : son tempérament offensif, sa capacité à lire la course, à sauter sur les occasions. Peut suivre les meilleurs en haute montagne et est un excellent descendeur.

2 Le moins : malgré beaucoup de travail, le Français ne semble pas avoir progressé dans les chronos où il pourrait perdre au total entre deux et trois minutes sur les principaux favoris. L’Auvergnat a connu un début d’année perturbé avec son exclusion à Paris-Nice qui l’a contraint à chambouler son programme. Manque totalement d’expérience dans la défense d’un maillot de leader.

3 Son avis : "C’est la quatrième fois où je vise le général ; je sais ce que c’est. La réussite passe par la prise de risques et par l’attaque. Dès l’an dernier, je suis monté sur le podium d’un grand tour qui était mon objectif à moyen terme. Porte m’a fait la plus grosse impression au Dauphiné. Il a dominé son sujet dans la montagne et les chronos. Il n’a jamais gagné un grand tour ou même monté sur le podium mais il a une équipe forte autour de lui. Pour moi, il est le coureur à battre avec Froome. L’an dernier, le Britannique nous avait déjà impressionné en attaquant là où on ne l’attendait pas. Quintana et Contador ont une expérience énorme des grands tours, ils les ont gagnés, mais au niveau des favoris, il y a une densité rare avec huit ou dix coureurs qui vont se répartir les bonnes places en montagne. La tactique pourra faire la différence."


Alberto Contador** (Espagnol - Équipe Trek-Segafredo - 34 ans)

En chiffres

> 9 participations

> 2 victoires 2007 et 2009 (1 succès perdu sur tapis vert en 2010)

> 4e en 2013, 5e en 2015 (5e place perdue sur tapis vert en 2011), 31e en 2005, abandon en 2014 et 2016

> Meilleur jeune du Tour 2007

> 3 victoires d’étapes : 1 en 2007 au Plateau de Beille; 2 en 2009 à Verbier et à Annecy (clm)

> 1 victoire d’étape dans un clm par équipes en 2009 à Montpellier

> 11 fois porteur du maillot jaune (il avait porté le maillot six jours en 2010, ses résultats lui ont été enlevés)

© Reporters

1 Le plus : le parcours offensif propice aux assaillants doit convenir à son tempérament. Il a, pour la première fois depuis des années, une équipe entièrement derrière lui, bien balancée en montagne et dans la plaine. Contador a l’expérience, un mental de guerrier et une ambition intacte.

2 Les moins : à 34 ans, les meilleurs années sont derrière le Madrilène. Il n’est plus aussi tranchant en montagne. Son équipe et lui ont certainement été perturbés par le cas de dopage d’André Cardoso à cinq jours du départ.

3 Son avis : "On verra si ma préparation a été bonne, mais je le pense. J’ai perdu quatre courses cette saison pour un total de vingt secondes seulement... J’arrive avec plus de fraîcheur et plus de garantie. Je suis heureux d’être encore là après une dizaine d’années à lutter pour la victoire dans le Tour. Je suis aussi fort qu’il y a trois ans, c’est ce que montrent mes tests. J’ai évidemment beaucoup d’expérience. Des positives et aussi de moins bonnes, mais cela me motive et mon envie de gagner reste la même. Ce Tour sera aussi très ouvert, car il est atypique. Il va être difficile à contrôler."



Les outsiders *

Derrière les trois grands et leurs deux challengers, une petite dizaine de coureurs devraient jouer les premiers rôles dans les trois prochaines semaines. Thibaut Pinot, troisième il y a trois ans, 4e du dernier Tour d’Italie, vient au Tour sans pression. Il fera le point après l’étape de la Planche des Belles Filles (qui passe chez lui) pour voir s’il peut ambitionner le classement. La même chose vaut pour Esteban Chavez. Le Colombien, blessé au genou, n’a pas couru entre le début février et le Dauphiné. Il part dans l’inconnu d’autant qu’il découvre le Tour. Son compère Simon Yates pourrait être celui qui montre le plus de régularité chez Orica-Scott. Chez Astana, le tandem constitué de Fabio Aru et Jakob Fuglsang a fait des merveilles au Dauphiné. Initialement prévu au Giro, l’Italien revient au Tour avec ambition. Il est l’un des rares qui a déjà gagné un grand tour, la Vuelta en 2015.

Dan Martin a fini 9e lors du dernier Tour. L’Irlandais, troisième au Dauphiné, est un pit-bull.

Jon Izaguirre, qui a quitté sa livrée de domestique de Quintana et Valverde, en rejoignant l’équipe Bahrain veut "faire le classement" cette fois. Louis Meintjes progresse chaque année depuis ses débuts. Le Sud-Africain est en lice pour le maillot blanc de meilleur jeune où un frère Yates, mais plus le même que l’an dernier, sera sans doute son principal adversaire.