Dans son édition d'hier, le quotidien "Het Laatste Nieuws" accusait Patrick Lefevere, le patron de la formation Quick Step-Innergetic, la principale équipe belge et l'un des actuels hommes forts du cyclisme. Sous le titre "Patrick Lefevere : 30 ans de dopage", le quotidien flamand raconte, avec détails et témoignages aussi stupéfiants que désolants, mais aussi quelques raccourcis et insinuations un peu moins étayées, nous semble-t-il, le passé dans le dopage du manager flandrien depuis ses premiers pas dans le cyclisme, son passage chez les professionnels jusqu'à ce qu'il devienne le dirigeant d'équipes que l'on sait.

Lefevere, comme on le lira par ailleurs, a d'ores et déjà répliqué à ces accusations, les traitant de "non-sens absolu" et de "bullshit". Il a chargé son avocat de donner des suites juridiques à cette affaire qui l'éclabousse, lui bien sûr, mais aussi de nombreuses personnes, coureurs, médecins, personnels d'encadrement, qui travaillent ou travaillèrent avec lui depuis un quart de siècle et, évidemment, apporte un nouveau discrédit à une discipline qui n'en a vraiment pas besoin.

S'affirmant "calomnié", Patrick Lefevere réfute les dires de ceux que le journal cite, notamment l'ex-coureur professionnel Luc Cappelle, ancien compagnon d'entraînement et ami de Lefevere à ses débuts et avec lequel il aurait découvert le dopage (amphétamine, cortisone, pot belge... autant de produits très "à la mode" dans les pelotons à cette époque).

Un des autres grands accusateurs du Flandrien est un ex-médecin italien qui travailla durant quatre ans au sein de l'équipe Mapei où Lefevere était, au milieu des années nonante, directeur sportif d'abord, puis manager sportif avant qu'il ne vole de ses propres ailes et ne revienne fonder sa propre formation au pays.

Les accusations sont graves et, avérées ou pas, elles laisseront des traces, d'autant que la seule chose que Lefevere reconnaît, mais elle est quand même de taille, est sa consommation d'amphétamines, "sept ou huit fois", à l'époque où il était coureur. "Lefevere a arrêté le cyclisme (NdlR : en 1979, alors qu'il n'avait que 24 ans) après qu'il était lui-même devenu dépendant des amphétamines qu'il trafiquait", affirme pourtant un des témoins (un soigneur toujours actif dans les pelotons) du "Laatste Nieuws", lequel, comme quelques autres, préfère garder l'anonymat pour des raisons de sécurité, pour lui et les siens. Le quotidien affirme cependant disposer de l'enregistrement (audio et parfois même vidéo, voire écrit) de tous ces témoignages.

Car les trente dernières années de Patrick Lefevere sont disséquées en quatre parties : l'époque où il était coureur (les saisons septante), celle de ses débuts comme directeur sportif (les saisons quatre-vingt), sa période italienne (avec MG-BG puis Mapei) et, enfin, la période actuelle, marquée par quatre affaires (La Panne, VDB, Museeuw et Lotz) dans lesquelles Lefevere fut concerné mais jamais impliqué. Le journal cherche à démontrer que ce ne fut peut-être pas aussi vrai qu'on le pense généralement.

Avec celui de ses débuts, comme consommateur puis dealer du dopage avant qu'il n'arrête la compétition , poursuit "Het Laatste Nieuws", l'autre grand chapitre à charge du Flandrien est celui qui concerne les années Mapei.

Le médecin interrogé y soutient : "Les hormones de croissance venaient de la pharmacie et l'EPO était commandé par les cyclistes via Internet. Si vous vouliez faire une bonne saison, il fallait allonger entre 20 et 30 000 euros, produits compris. Lefevere était au courant, voyait les choses se passer et approuvait".