ANDERLECHT José De Cauwer, le sélectionneur national, avait le sourire, samedi peu après l'arrivée de Paris-Bruxelles, marqué par les conditions climatiques, fort vent favorable et averses de pluie, dont deux de ses protégés avaient dominé la finale. Neuf ans après la victoire de Frank Vandenbroucke, la dernière d'un Belge, Nick Nuyens, Campinois de 24 ans, deuxième année pro chez Quick Step et déjà membre du cercle huppé des cent premiers coureurs mondiaux, venait, en effet, de dominer Philippe Gilbert, 22 ans, auquel il avait manqué un poil de force dans les deux derniers kilomètres pour revenir dans la roue de son ancien copain des sélections nationales pour jeunes. Les deux hommes venaient de prouver que l'avenir de notre cyclisme ne se décline pas uniquement avec Tom Boonen. A qui la victoire semblait pourtant vouloir sourire, lorsque, à 45 km de l'arrivée, à la faveur du mont Saint-Roch, qui domine Nivelles, il s'était glissé dans une offensive de quatre, avec Bettini, Lowik et Mattan.

Déjà laminé par la pluie qui attendait les coureurs à la frontière fran- co-belge, le peloton venait de voler en éclats sur les pavés glissants de la Grand-Place de Nivelles où quarante hommes se retrouvèrent au sol, comme un château de cartes qui s'écroule. Peter Van Petegem, qui avait abandonné depuis belle lurette, avait échappé à cette chute mais le Flandrien, hors forme, sait maintenant qu'il n'ira pas à Vérone.

Tandis que, six minutes devant eux, dans le tandem des courageux, échappés depuis le km 70, le vétéran (37 ans) néerlandais Rudi Kem- na venait de lâcher le Français Poilvet, le quatuor s'octroya une demi- minute d'avantage sur un peloton éclaté. Puis, étonnamment, Bettini lâcha ses compagnons dans le Bruineput (km 200), se retrouvant seul en poursuite de Kemna dont l'avance continuait à fondre. Mais après ses anciens partenaires de fugue, l'Italien allait être repris un peu plus loin tandis que la finale de la course s'engageait réellement.

Kemna, auteur de 148 km d'échappée, fut rejoint à onze kilomètres du but, dans le Keperenberg (km 214), où il vit fondre sur lui Bettini, reparti à l'assaut. Gilbert et Verheyen tentèrent bien de filer l'Italien sur lequel vingt coureurs revinrent à cinq bornes du but. Nick Nuyens, encore un Quick Step, porta alors une attaque et quand le jeune Anversois ainsi que Van Dijck et Mengin, qui l'avaient rejoint, allaient être repris, à deux mille mètres de la banderole, Nuyens remit cela. Philippe Gilbert fut le seul à se rapprocher un tant soit peu. Mais le Wallon vint mourir à vingt mètres. Et même le retour de Johansen, récent vainqueur du GP Scherens, ne put empêcher le formidable succès du jeune licencié en communication de l'université de Louvain. Lequel vit, en compagnie de sa future femme, la double championne de Belgique Evy Van Damme, à Herenthout, près d'Herentals, la patrie de Rik Van Looy.

«Quand j'ai attaqué et que Paolo (Bettini) venait d'être rejoint, racontait-il, je voulais lui permettre de souffler pour préparer son sprint. Puis, j'ai dû la jouer tactique car je savais que Van Dijck et l'autre (il parle de Mengin) étaient plus rapides que moi. C'était très risqué. Quand le groupe est revenu sur nous, je suis reparti directement. Là, il a fallu tout donner.»

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