Envoyé spécial à Stuttgart

L' Allemagne qui accueille les Championnats du Monde, c'est plutôt une bonne chose. Surtout lorsqu'on considère que c'est le pays qui, cette dernière saison, s'est le plus élevé contre le fléau du dopage. Un fléau qui, il faut le dire, a aussi touché de plein fouet quelques icônes teutonnes du cyclisme, telles Jan Ullrich et Erik Zabel.

Aujourd'hui, les équipes allemandes, T-Mobile et Gerolsteiner en tête, ont tendance à vouloir laver plus blanc que blanc. Les groupes français se sont clairement ralliés à leur noble cause, les autres restent davantage discrets mais ont quand même tendance à suivre ce mouvement dont le cyclisme, c'est vrai, a bien besoin. Les instances dirigeantes entendent elles aussi clairement montrer la nouvelle voie. Ainsi, à Stuttgart, le programme antidopage mis en place par l'Union Cycliste Internationale prévoit une augmentation de 25 % des contrôles par rapport aux Mondiaux précédents. Pas mal, mais comme chacun sait, les préparations médicales spécifiques à une épreuve se font généralement bien avant que cette épreuve ait lieu.

Qu'à cela ne tienne, l'UCI a intensifié ses contrôles hors compétition. Et pas un peu, puisqu'entre la fin du Tour de France et le début de ces Championnats du Monde, elle a diligenté quelque 120 contrôles inopinés, contre 27 seulement, l'an dernier à la même période. Durant la semaine allemande, l'UCI effectuera une trentaine de contrôles sanguins hors compétition, mesure inédite qui s'ajoutera à une centaine de contrôles sanguins matinaux (contre 80 l'an passé), qui permettront éventuellement de prononcer des interdictions de départ et de pratiquer des contrôles ciblés.

Une des mesures sans doute les plus efficaces prises par l'UCI concerne... la conservation des échantillons sanguins ! Il faut savoir en effet qu'il n'existe toujours pas de test fiable pour détecter la prise d'hormones de croissances (ces fameuses hormones qui font que certains coureurs voient leur mâchoire inférieure devenir plus proéminente et leurs doigts s'allonger, aux mains comme aux pieds, si bien que certains font une demi-pointure de plus d'une année à l'autre !).

Mais ce test devrait exister bientôt, une question de semaines ou de mois ! Il devrait en tout cas être effectif pour les prochains Jeux de Pékin. D'où l'intérêt de conserver les échantillons sanguins, afin de pouvoir détecter les tricheurs d'aujourd'hui et mieux les sanctionner demain ou après-demain. Voilà qui devrait en décourager quelques-uns.

Enfin, pour mieux aussi faire passer le message aux coureurs, l'UCI a franchi un cap supplémentaire en publiant désormais, sur son site internet, la liste des coureurs appartenant à son groupe cible, soumis aux contrôles hors compétition, soit en vertu des bons résultats de ces coureurs, soit à cause de soupçons manifestes de dopage. Sans craindre les risques d'amalgame. "Ceux qui n'ont rien à se reprocher trouvent cela très bien", dit-on à l'UCI.

Quant à ceux qui ne seraient pas tout droit dans leurs bottes, ils n'osent en tout cas pas crier au scandale...