L'Italien Marco Pantani, qui a été retrouvé mort samedi à Rimini (Italie), a côtoyé les sommets et les tréfonds dans une carrière cycliste qui a sombré après le coup d'arrêt du Giro 1999, lorsqu'un contrôle sanguin provoqua son abandon forcé.

Symboliquement, celui qui été comparé à un «Pirate», dont il avait imité jusqu'au look (petite barbichette, bandana, crâne rasé), a réalisé le doublé Giro-Tour de France -il est le dernier à l'avoir accompli- l'année du séisme provoqué par le scandale du dopage de l'affaire Festina (1998).

La saison suivante, sa trajectoire se brisait. Le 5 juin 1999, dans la station de Madonna di Campiglio, les contrôleurs (les »vampires») de l'Union cycliste internationale (UCI) décelaient un hématocrite trop élevé de Pantani, irrésistible jusque-là dans les étapes de montagne et sur le point (à 36 heures près) de gagner une seconde fois le Giro.

Le champion adulé dans tout un pays devenait alors un homme sans repères, brisé par cet énième coup dur. Il semblait se reconstruire l'année suivante, en bénéficiant des conseils de Felice Gimondi, à qui il avait succédé au palmarès du Tour de France à trente-trois années d'écart.

Mais les deux victoires d'étape dans le Tour 2000, au Mont Ventoux (avec la bénédiction de Lance Armstrong) puis à Courchevel, n'étaient que les derniers exploits d'un coureur qui allait ensuite disparaître du devant de la scène sportive malgré toute l'affection de son public.

Des années durant, les «tifosi» ont adoré voir Pantani partir à l'abordage des grands cols. A coups de démarrages irrésistibles, d'envolées solitaires dans la montagne, le coureur de Cesenatico, une bourgade du littoral de l'Adriatique, a redonné vie au mythe du grand grimpeur, jusqu'à être intronisé héritier par l'Ange de la montagne, Charly Gaul en personne.

En ces années flamboyantes, le coureur aux oreilles décollées et au crâne rasé, surnommé l'Elefantino (petit éléphant), gagnait dans les Alpes (Morzine) et dans les Pyrénées (Guzet-Neige). Il accédait au podium du Tour (3e en 1994), faisait sienne la montée de l'Alpe d'Huez (1995 et 1997), et parvenait à mettre KO Jan Ullrich en 1998, dans l'étape des Deux-Alpes fatale au champion allemand.

Puis, le boucanier a perdu sa «grinta» à partir du fameux Giro 1999. La faute aux accidents, aux blessures de la vie, aux démêlés judiciaires et surtout au sentiment d'incompréhension qui l'a taraudé. Pendant plusieurs saisons, l'ex-Pirate a bataillé en vain. Il a alimenté la chronique judiciaire ou celle des faits divers. Il a traîné ses doutes jusqu'à disparaître du peloton en 2002, à cause d'une suspension.

Son retour au printemps 2003, à un niveau sportif honorable, a ressemblé à un chant du cygne. En juin dernier, l'on apprenait qu'il était soigné dans une clinique de désintoxication et de maladies nerveuses.

La rumeur évoquait cet hiver une grosse prise de poids (une quinzaine de kilos) lui interdisant de fait toute reprise de compétition. Mais, son retrait définitif du peloton n'avait pas encore été officialisé avant l'annonce tragique de son décès à l'âge de 34 ans.