De retour de ses vacances familiales au ski, Johan Museeuw a participé samedi à Dixmude où, avec de nombreux autres coureurs et anciens coureurs, dont Van Petegem, Dierckxsens, Baguet, Roger et Eric De Vlaeminck, Maertens, Meirhaeghe, Rosseler, Nuyens, Mattan, Pollentier... il a couvert les 56 kilomètres d'une randonnée, suivie d'une vente aux enchères de maillots, organisée au bénéfice des victimes du tsunami asiatique. Le Lion des Flandres était évidemment attendu après les révélations du contenu des sms, fax, mails et conversations téléphoniques qu'auraient échangés à l'été 2003 le vétérinaire José Landuyt et plusieurs coureurs, dont Museeuw.

Comme c'est le cas depuis le début de l'affaire, révélée au grand jour le 4 septembre 2003, Museeuw, qui a arrêté depuis sa carrière mais a été suspendu deux ans par la RLVB (ce qu'il conteste par ailleurs), a été avare en commentaires.

«Sans doute cherche-t-on à me faire tomber de mon piédestal, a-t-il grincé. Je ne crois pas avoir mérité cela. Je n'ai rien fait de mal, je n'ai rien à me reprocher. J'ai seulement fait mon boulot. Je n'en dirai pas plus. Je veux simplement que le débat se tienne à sa juste place et certainement pas à travers les médias.»

«La moitié du peloton touchée»

Ce week-end également, Me Josef Lievens, l'avocat de Museeuw, a mis, lui, en exergue ce qui constitue à ses yeux une violation des droits élémentaires de la défense. «Mon client a toujours collaboré avec la justice et n'a fait aucune déclaration nuisant à l'enquête, dit le Courtraisien. Ce qui arrive n'est pas normal. L'enquête n'est plus équitable. Chaque citoyen a droit à la présomption d'innocence, sauf mon client. C'est une franche violation des règles élémentaires du droit. Comment ce dossier peut-il être traité de manière intègre?»

Les sms échangés entre le champion du monde 1996 et vainqueur de onze classiques de Coupe du Monde et son ami le vétérinaire d'Oostrozebeke ne laissent, malheureusement, guère planer le doute. Comme le conclut le parquet de Courtrai qui instruit l'enquête depuis près de deux ans, «il est établi que Johan Museeuw a certainement pris de l'EPO et de l'Aranesp (la version moderne du premier produit dopant) en 2003».

Voici quelques-uns de ces messages: «Tu devrais maintenant prendre 80 à 100 guêpes (le nom de code présumé pour l'Aranesp, guêpes se disant wespen en néerlandais) et, après le départ, le 9 juillet, entre 40 et 60. Ensuite, totalement clean à partir du 19 juillet.» Ou aussi: «Sinon, tu dois directement prendre 4000 en intraveineuse et demain t'entraîner beaucoup, cinq à six heures.» Ou encore, à la question de Museeuw affirmant «j'ai 52» (d'hématocrite, la tolérance est de 50 mais la prise d'EPO est évidemment interdite), «prends du sel et bois beaucoup». A un confrère du quotidien De Morgen qui a pu voir le dossier (plus d'un mètre cinquante de haut!), un enquêteur a résumé: «Jamais vu un dossier pareil. Un vrai feuilleton mais dans le milieu cycliste, avec des intrigues... Si cette affaire arrive un jour sur la place publique, c'est la moitié du peloton flandrien qui sera touchée.»

© Les Sports 2005