ENVOYÉ SPÉCIAL À CAEN

Oscar Freire a la réputation d'être un coureur intelligent. Il sent la course comme personne et sait parfaitement se placer à l'entame d'un sprint. Seulement voilà, depuis le début de ce Tour de France, on assiste à des emballages plutôt chaotiques. Il n'est, en effet, plus question de ces sprints emmenés impeccablement par une équipe, qui prend à son compte toute la responsabilité de la finale.

C'est Mario Cipollini (chez Saeco notamment) qui avait instauré ce style, Alessandro Petacchi (avec Fassa Bortolo puis avec Milram) avait suivi sa trace. Après sa chute au Giro, Petacchi s'est retrouvé sur la touche, il a dû déclarer forfait pour ce Tour et on peut dire que l'Italien (et son fameux train) manque beaucoup au peloton en général et à... Boonen en particulier. Notre compatriote, en effet, est le genre de coureur qui, lors d'un sprint, doit monter progressivement en régime. Tout comme Petacchi, il n'est efficace que lorsque la vitesse est très élevée.

«Contre nature»

Oscar Freire aussi s'était habitué à cette manière de sprinter. «Aujourd'hui, confiait-il, j'ai sprinté contre nature. D'habitude, je cherche une place aux avant-postes du peloton, je prends la roue de quelqu'un qui me semble particulièrement bien en jambes et j'essaie ainsi de me faire emmener, bien abrité du vent, le plus près possible de la ligne, avant de tenter de sauter mon adversaire. Mais, avec ces sprints un peu fous, sans véritable patron, il fallait changer de tactique. En ne le faisant pas assez rapidement, je pense avoir manqué une victoire d'étape à Esch-sur-Alzette, où je me sentais particulièrement bien. McEwen avait été le plus prompt, et lorsque je l'ai vu à nouveau anticiper sur tout le monde à Saint-Quentin, je me suis dit que c'était la bonne stratégie. Etre attentiste ne payait pas (ou plus), il fallait prendre l'initiative. J'étais confiant parce que je sentais beaucoup de force dans mes jambes depuis le début de ce Tour. Il n'empêche qu'en attaquant à 200 m de la ligne, ici, à Caen, je me suis quand même fait un peu peur, car c'était un peu loin, d'autant plus que le vent était défavorable. Heureusement, j'ai tenu jusqu'au bout!»

La victoire de Freire souffle comme un vent de fraîcheur dans un cyclisme espagnol en pleine crise. Ce ne sont pas les journalistes espagnols qui s'en plaindront, eux qui, depuis le début de ce Tour, se sont faits tout petits dans un coin de la salle de presse. «Je regrette que le cyclisme soit à nouveau montré du doigt dans un contexte de dopage», expliquait Freire, nullement gêné d'être emmené sur le sujet. «Je crois que, pour arriver au sommet, des coureurs vont trop loin. Il n'est que normal qu'ils soient punis. Il faut dire aussi que l'argent pousse certains à la tricherie. J'ai parfois aussi le sentiment que la presse nous traite mal. J'aimerais que cela change.»

Il ne faut quand même pas renverser les rôles, cher «Oscarito». Que les tricheurs soient maltraités par les journalistes n'est, somme toute, que justice...

© Les Sports 2006