ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE PHILIPPE VAN HOLLE

MEAUX Alessandro Petacchi n'a rien vu de la chute impressionnante qui s'est produite dans son dos, à 500 mètres de l'arrivée à Meaux. Néanmoins, la première réaction du vainqueur du jour était empreinte de colère alors qu'il débarquait en salle de presse pour répondre aux questions des journalistes. «Ça sert vraiment à quelque chose de nous obliger à porter un casque si c'est pour nous proposer un virage dangereux si près de l'arrivée. Je ne comprends pas les organisateurs. J'ai vu que Nicola Loda, mon équipier, l'avant-dernier dans le train Fassa Bortolo qui m'emmène au sprint avant Velo, était tombé lui aussi. J'espère qu'il ne se sera pas fait trop mal.»

Petacchi n'est plus le jeune homme timide que nous avions rencontré, l'an dernier, en début de saison, sur les routes d'Italie. Il était alors terriblement impressionné par Mario Cipollini. Hier, il n'a pas hésité à affirmer qu'il venait de prouver, en gagnant à Meaux, qu'il pouvait être rangé parmi les sprinters les plus rapides du monde. On ne sait pas comment le Roi Lion, refusé par les organisateurs du Tour, aura pris cette déclaration, ce matin, en lisant son journal favori dans son appartement monégasque... «M. Fassa, notre patron, est celui qui m'a poussé à participer au Tour, confiait-il. Moi je n'étais pas très chaud. Je peux le remercier aujourd'hui.»

Tout comme il peut adresser un grand coup de chapeau à ses équipiers, lesquels l'ont encouragé tant et plus dans la finale, alors qu'il ne sentait pas au mieux. «Quand ils m'ont demandé si tout allait bien et s'ils pouvaient dès lors participer à la poursuite des échappés, j'ai répondu par la négative. Je souffrais énormément dans chaque bosse. Je devais vraiment me faire violence pour m'accrocher. Mais ils n'ont rien voulu entendre, m'ont dit que j'allais passer, que je n'avais qu'à m'abriter derrière eux. J'ai suivi leurs conseils, et voilà où cela m'a mené! Et, en plus, j'ai l'impression d'avoir disputé le sprint le plus pur de ma carrière. En tête aux 250 mètres, je n'ai jamais senti le souffle de mes adversaires. On m'attendait au tournant, j'ai répondu présent, envers et contre tout.»

Quand un sprinter gagne alors qu'il ne se sent pas très bien, c'est vraiment qu'il s'agit d'un grand sprinter! «Il n'empêche que je ne pourrai pas faire ça tous les jours. Je sens que je n'ai participé à aucune course depuis la fin du Tour d'Italie. Je manque de rythme. J'espère que cela s'arrangera au fil des étapes.»

Avant de reprendre le chemin de son hôtel, l'élégant Petacchi expliquera encore qu'il aimerait aussi gagner une étape, au Tour d'Espagne, juste pour le plaisir de s'être imposé la même année dans chacun des grands tours.

© La Libre Belgique 2003