On s'attendait à une étape calme, monotone, voire ennuyante, mais il n'en fut rien. La faute à une grosse chute collective à 26 kilomètres de l'arrivée qui a coupé le peloton en deux et entériné les chances de victoire ou de top 10 d'une impressionnante série de leaders : Fränk Schleck (Radio Shack) , Janez Brajkovic (Astana), Alejandro Valverde (Movistar), Robert Gesink (Rabobank), Pierre Rolland (Europcar) et le vainqueur du Giro Ryder Hesjedal (Garmin). Les Cadel Evans (BMC), Bradley Wiggins (Sky), Denis Menchov (Katusha), Vincenzo Nibali (Liquigas), Jürgen Van den Broeck (Lotto-Belisol) ont pour leur part réussi à éviter le piège. Après avoir rattrapé les échappés du jour à deux bornes du but, le train Lotto quasi au grand complet lançait André Greipel dans les derniers cent mètres, mais le Gorille de Rostock, blessé à l'épaule dans une chute en début d'étape, n'a pas pu totalement lâcher les tours et a été débordé par Peter Sagan qui s'est imposé pour la troisième fois dans ce Tour confortant ainsi son maillot vert.

Le départ fictif avait donné le ton

Au départ d'Epernay, personne ne s'attendait à vivre une journée mouvementée. L'absence de difficulté majeure sur le parcours et la perspective d'un enchaînement de deux étapes de moyenne montagne ce week-end avec le contre-la-montre de lundi laissaient présager une étape au déroulement classique avec une explication musclée dans les rues de Metz entre les cadors du sprint. Pourtant, dès le départ fictif, Jürgen Van den Broeck et Ritchie Porte s'emmêlaient les vélos et se retrouvaient au sol, mais ils repartaient sans dommage. Cet incident allait en augurer d'autres.

Comme d'habitude, quelques coureurs profitaient des premiers hectomètres pour se faire la belle. C'est David Zabriskie (Garmin), dont le nom a été cité dans l'affaire Armstrong, qui lançait les hostilités emmenant sur son porte bagage l'Italien Davide Malacarne (Europcar), le Néerlandais Karsten Kroon (Saxo Bank) et notre compatriote Romain Zingle (Cofidis).

Mais encore une fois, c'est au sein du peloton que cela frottait. La pluie qui tombait sur les routes picardes n'a pas tardé à punir ceux qui appuyaient un peu trop rapidement sur les cocotes et au 35e kilomètre, un nombre important de coureurs faisaient connaissance avec le bitume. Parmi les victimes, on retrouvait déjà Alejandro Valverde, Robert Gesink, mais surtout André Greipel. Si tout semblait aller pour l'Espagnol, on ne pouvait pas en dire autant pour le Néerlandais qui se plaignait du coude et pour l'Allemand qui souffrait d'une luxure à l'épaule. Le Gorille de Rostock rassurait pourtant tout le monde en déléguant un équipier pour accomplir le travail en tête de peloton aux côtés des équipes GreenEdge et Radio Shack.

Goss le plus véloce au sprint intermédiaire

Le quatuor de tête se dirigeait vers le sprint intermédiaire où Karsten Kroon accélérait afin d'empocher les 20 points que celui-ci rapportait. L'explication pour la cinquième place était remportée par Matthew Goss (GreenEdge) qui devançait Mark Cavendish (Sky) et Peter Sagan (Liquigas). Comme lors des journées précédentes, André Greipel faisait l'impasse .

Au sommet de la côte de Buxières, c'est David Zabriskie qui passait en tête, mais lors du passage du peloton, plusieurs coureurs s'accrochaient et provoquaient un gros ralentissement dont les principales victimes se nommaient de nouveau Greipel et Gesink. Ceux-ci, ramenés par leurs équipiers, parvenaient à réintégrer le peloton et espéraient que la guigne allait enfin arrêter de s'abattre sur eux. Si celle-ci épargnait le sprinteur allemand à 26 kilomètres du but, il n'en était pas de même pour le longiligne néerlandais qui se retrouvait stoppé dans son élan avec les deux tiers de la meute. Dans cet amas d'hommes et de machines jonchant le bitume, on retrouvait un Fränk Schleck, perdu, recherchant un vélo pour repartir et un Ryder Hesjedal, le cuissard et le maillot déchirés qui tentait de remonter en selle malgré ses blessures. Avec la confusion qui régnait, il fallait d'ailleurs plusieurs minutes pour se rendre compte de l'ampleur des dégâts et faire l'inventaire des victimes. Car outre les candidats au maillot jaune cités plus haut, on retrouvait aussi un Mark Cavendish qui allait être de nouveau privé d'un emballage final et de points importantissimes dans le cadre de la lutte pour le maillot vert.

Monfort dans le top 10

Si aucun maillot distinctif n'allait changer au terme de cette journée, le classement général, toujours dominé par Fabian Cancellara, subissait quelques petits changements avec notamment l'entrée dans le top 10 de Maxime Monfort. Avec sa victoire, Peter Sagan faisait une belle opération dans la course à la tunique verte en portant son avance à 31 points sur Matthew Goss. Michael Morkov et Teejay Van Garderen conservent leur maillots respectifs, à savoir les pois pour le Danois et le blanc pour l'Américain

Demain, changements de route et de relief avec une étape accidentée qui mènera les coureurs au pied de la bien nommée Planche des Belles Filles. Cette montée assez courte longue de 6 km et située dans la forêt aux abords du massif vosgien compte un pourcentage moyen de 8,5 %. Si on ne s'attend pas à de grandes offensives entre cadors sur ses pentes, certains masques pourraient encore tomber. Mais le parcours pourrait aussi sourire à un baroudeur.