ÉVOCATION

Il aura fallu attendre 1974 pour voir les Championnats du monde sortir de leur berceau européen bien qu'un cyclisme sur piste ait pris son essor en Amérique dès le début du XXe siècle. Si l'on perçoit la volonté de mondialisation sous-jacente à cette ouverture, cela n'a pas changé grand-chose quant au résultat final puisqu'à chaque fois, c'est un représentant du Vieux Continent qui s'est imposé: Eddy Merckx à Montréal (1974), Francesco Moser à San Cristobal au Venezuela (1977), Moreno Argentin à Colorado Springs, aux Etats-Unis (1986), le regretté Rudy Dhaenens à Utsunomya, au Japon (1990) et Abraham Olano à Bogota, en Colombie, en 1995. En revanche, on passe sous silence les grincements de dents et les complications que cela implique au niveau des coureurs et de leur entourage, ne serait-ce que pour des raisons logistiques. Mais les voyages ne forment-ils pas la jeunesse? Aphorisme auquel on pourrait accoler un autre: «les absents ont toujours tort» dans la mesure où, comme on l'a déjà souligné, seulement huit des vingt premiers coureurs mondiaux ne seront pas de la partie dimanche sur le coup de 9h du matin (15h chez nous). Le Canada va d'ailleurs connaître une double première à l'occasion de ces Championnats du monde 2003: non seulement, c'est le premier pays hors Europe à accueillir deux fois les Mondiaux mais, en outre, ce sera la première fois qu'un parcours se maintiendra dans les contours d'une ville, sur le modèle que l'UCI aimerait voir appliquer pour les Jeux d'Athènes l'an prochain.

Les plus anciens se souviennent encore, avec une certaine émotion du tabac qu'avait fait la retransmission des Championnats du monde de Montréal en 1974. La télé couleurs commençait à animer les foyers qui restèrent pantois non seulement par les assauts répétés du Mont Royal sous une chaleur accablante en prime time chez nous en raison du décalage horaire mais aussi par l'intensité du sprint final entre Merckx et Poulidor pour le troisième et dernier titre mondial du Cannibale.

Que dire alors du pas de deux que Dirk Wolf et Rudy Dhaenens exécutèrent au Japon, sur un circuit taillé sur mesure à Utsunomya avec le groupe des costauds terminant à huit secondes après un final haletant? Huit ans plus tard, un 5 avril, le destin allait se montrer bien plus cruel en fauchant le brave Rudy, sur l'autoroute Bruxelles-Ostende, qui se rendait, pour le compte de VTM, au départ du Tour des Flandres. Une disparition brutale qui ne fut pas sans rappeler celle de Jempi Monseré, champion du monde en 1970 et tué sur la route de l'entraînement l'année suivante à Retie...

© Les Sports 2003