"Heureusement, il est vivant". Après la chute spectaculaire de Remco Evenepoel samedi dernier au Tour de Lombardie, la réaction de Patrick Lefevere, le manager de l'équipe Deceuninck, en dit long sur le stress qui mine certains au départ des courses.

Les décès, parmi d'autres, de l'Italien Fabio Casartelli (sur le Tour de France 1995), des Belges Wouter Weylandt (au Giro 2011) ou Bjorn Lambrecht l'an passé au Tour de Pologne hantent encore les esprits.

Mardi, les coureurs ont fait part de leur courroux après la 2e étape du Tour de Wallonie disputée sur des routes parsemées de nids de poule.

"Le parcours était inacceptable, beaucoup trop dangereux", a fulminé le champion olympique, le Belge Greg Van Avermaet.

Carton rouge 

"Cela fait partie de la course mais c'est vrai que les routes sont parfois très dangereuses chez vous (en Belgique)", a embrayé Arnaud Démare. "Carton rouge pour les organisateurs", a conclu le Français Florian Sénéchal.

L'organisateur Christophe Brandt "assume (son erreur): c'est vrai que les routes étaient escarpées et dans un état pas exceptionnel", s'est-il excusé. Heureusement, il n'y a pas eu de drame comparable à ce qui s'était passé quelques jours plus tôt en Lombardie. La fatalité seule explique-t-elle la chute d'Evenepoel, tombant de 8 mètres dans le vide après avoir heurté un muret ?

Pour l'ancien coureur belge Johan Museeuw, triple vainqueur de Paris-Roubaix (1996, 2000, 2002), "le cyclisme est devenu plus dangereux aujourd'hui qu'auparavant". En 1998, lui-même avait failli être amputé d'une jambe suite à une chute dans la trouée d'Arenberg, l'un des hauts lieux de Paris-Roubaix.

"Partout, c'est devenu dangereux, expliquait-il récemment au quotidien La Dernière Heure. Il y a les ronds-points, les obstacles, la vitesse".

"Les coureurs descendent plus vite depuis l'utilisation des freins à disques. Ils freinent à deux mètres d'un virage. Nous on devaient freiner vingt mètres avant", expliquait-il.

Il convient toutefois de rappeler que, le plus souvent, le comportement des coureurs est le facteur déterminant d'accidents. Soit en raison de la fatigue et du manque de lucidité qui l'accompagne, soit à cause de l'enjeu exacerbé par le long arrêt qui a concentré le calendrier des courses.

Le cas particulier du Tour

L'exemple récent (5 août) de la chute du Néerlandais Fabio Jakobsen au Tour de Pologne en est la preuve. Le Néerlandais avait été poussé dans les barrières en plein sprint (à 80 km/h) par son compatriote Dylan Groenewegen.

Résultat: pronostic vital un moment engagé, coma (dont il est sorti depuis) et visage défiguré qui nécessitera de nombreuses opérations de chirurgie esthétique. Preuve de la violence du choc, le jeune coureur de 23 ans a perdu toutes ses dents.

"J'ai commis une immense erreur en quittant ma trajectoire", a expliqué Groenewegen aujourd'hui "traumatisé" par son geste antisportif qui aurait pu envoyer son collègue six pieds sous terre.

"Psychologiquement, les chutes laissent des traces. Et il faut vivre en permanence avec ce stress de l'accident", a récemment déclaré Thibaut Pinot. Le Français est l'un de ceux qui a protesté publiquement samedi dernier lors du Dauphiné en déplorant l'état "lamentable" d'une route communale, "limite praticable en VTT, alors en vélo de route..."

Le danger est donc partout. Même si, sur le Tour de France, dont l'édition 2020 commencera le 29 août, la route fait l'objet d'un traitement particulier, orchestré par l'équipe technique de l'ADF (Assemblée des départements de France), et limite au maximum les risques.