La justice italienne a annoncé mardi l’ouverture d’une information judiciaire contre 86 coureurs cyclistes ou dirigeants soupçonnés de violation de la loi antidopage et le Comité olympique italien (CONI) a proposé de suspendre toute compétition cycliste dans la Péninsule.

Selon le procureur du parquet de Florence (centre), Luigi Bocciolini, la moitié des suspects sont des coureurs. Cette décision fait suite au vaste coup de filet lancé par la brigade des stupéfiants dans la nuit du 6 au 7 juin durant le Tour d’Italie à l’étape de San Remo (nord-ouest).

Sur les 86 personnes mises en cause après les 253 procès verbaux dressés lors de la perquisition, au moins 40% ont été trouvées en possession de substances dopantes, selon la justice. Pour les autres, dont des médecins, soigneurs et personnes de l’encadrement des coureurs, les analyses des produits saisis se poursuivent.

Le vainqueur du Giro, Gilberto Simoni (Lampre), le leader des Mercatone-Uno, Marco Pantani, double vainqueur du Giro et du Tour de France 1998, et Mario Cipollini (SAECO), ne figureraient pas parmi les personnes suspectées.

«Blitz»

Deux équipes, une italienne et une française (NDLR: l’équipe Bonjour, seule formation française engagée), auraient également été blanchies par les enquêteurs.

La brigade des stupéfiants, mandatée par les parquets de Florence et Padoue, avaient opéré un «blitz» spectaculaire dans les chambres des hôtels de toutes les équipes participant à la course. Près de 300 produits, dont beaucoup ayant des effets dopants, avaient été saisis et mis à la disposition des magistrats.

L’Italien Dario Frigo (Fassa Bortolo), deuxième du classement général à ce moment-là, à 15 secondes de Simoni, avait été licencié par son équipe après avoir avoué être en possession de produits interdits.

Peu avant l’annonce de la justice, mardi, le président du CONI, Gianni Petrucci, avait proposé la suspension de toute compétition cycliste en Italie, le temps de mettre au point un code éthique dans la lutte contre le dopage. Cette proposition doit être examinée mercredi par le conseil exécutif de la Fédération italienne de cyclisme.

Festina

C’est la deuxième fois dans l’histoire récente que le CONI recommande de suspendre un sport. En 1995, il avait interrompu le championnat italien de football pour une journée après la mort d’un supporteur de Gênes, poignardé lors d’incidents avant un match contre le Milan AC.

Sa proposition a été rendue publique à l’issue d’une réunion extraordinaire avec les plus hautes instances du cyclisme national convoquée au siège du CONI, à Rome. Cette table ronde a réuni notamment les représentants du CONI, le président de la Fédération italienne de cyclisme, Giancarlo Ceruti, le coordinateur des équipes nationales, Alfredo Martini, ainsi que le président de l’Association des coureurs professionnels, Enrico Ingrilli.

Les coureurs Mario Cipollini, Marco Pantani, Gilberto Simoni, Stefano Zanini (MAPEI), et la championne olympique sur piste Antonella Bellutti, membre du comité exécutif du CONI, ont participé également à la réunion.

Ce scandale du dopage, qui intervient moins d’un mois avant le départ du Tour de France, est un nouveau coup porté à la crédibilité d’un sport déjà montré du doigt depuis l’affaire Festina qui avait empoisonné le Tour de France 1998. (AFP)