L'enquête sur un réseau de dopage de cyclistes de haut niveau, dans lequel serait notamment impliqué Jan Ullrich, continuait jeudi de faire de fortes vagues en Espagne où l'assureur américain Liberty a décidé de rompre avec l'équipe espagnole de Manolo Saiz.

L'opération «Puerto», qui a donné lieu à cinq arrestations mardi et à des perquisitions à Madrid et à Saragosse, est en cours depuis février, selon la garde civile, qui dit avoir alors «appris que certaines personnes fournissaient des produits dopants à des sportifs de haut niveau.» Les enquêteurs ont alors établi une surveillance vidéo d'un appartement du quartier madrilène de Chamberi, où «certaines des personnes interpellées réalisaient les prélèvements de sang et le stockaient.»

Poches de sang découvertes

Les enquêteurs réalisent qu'ils ont mis au jour un réseau de dopage sanguin, consistant à prélever du sang des sportifs et à l'oxygéner artificiellement avant de le leur réinjecter pour améliorer leurs performances. Le laboratoire clandestin ne se limitait pas au dopage sanguin par autotransfusion puisque la garde civile a dit avoir saisi «de grandes quantités d'anabolisants, des stéroïdes, des hormones et divers médicaments dont de l'érythropoïétine et des hormones de croissance.»

Mais surtout, elle a mis la main sur «plus de 100 poches de sang congelé» et «plus de 100 poches de plasma sanguin» et «de nombreux documents liés à des pratiques dopantes menées sur des cyclistes, ainsi que leurs plans d'entraînement.»

Du matériel de congélation et de centrifugation a également été trouvé. La durée de validité du plasma non congelé ne dépasserait pas une semaine, ce qui laisse présumer que ces produits étaient prêts à l'emploi pour l'une des grandes compétitions en cours: Tour de Belgique, d'Italie, de Bavière ou de l'Alentejo (Portugal).

Les noms de Jan Ullrich et Ivan Basso (leader du Giro) apparaissent selon la Cadena Ser sur la liste de 200 cyclistes qui a été saisie. Tous deux seraient clients du docteur Eufemiano Fuentes, l'une des cinq personnes arrêtées, qui semble être le véritable coeur du réseau. Basso a démenti mercredi connaître le docteur Fuentes. Même son de cloche de la part d'Ullrich par la voix du médecin de son équipe T-Mobile, Lothar Heinrich, assurant qu'il n'y avait «rien de vrai» dans l'implication présumée du coureur.

L'implication du manager de l'équipe Liberty, Manolo Saiz, arrêté puis libéré sous conditions mercredi, semble, elle, incontestable. Le parraineur de son équipe, l'assureur américain Liberty, a annoncé qu'il «retirait son patronage à l'équipe» en raison du «tort causé à (son) nom et au nom du cyclisme» et comme «conséquence de l'arrestation de Manolo Saiz, directeur sportif et actionnaire majoritaire d'Active Bay», société propriétaire de l'équipe Liberty.

© Les Sports 2006