Faute d'éléments supplémentaires contre lui, le porteur du maillot jaune, Michael Rasmussen, a poursuivi vendredi sa route dans le Tour de France, au lendemain de son exclusion de l'équipe nationale danoise annoncée d'une façon qui a soulevé maintes interrogations.

"Je n'ai rien fait de mal", s'est défendu Rasmussen avant le départ de la 12e étape à Montpellier, en précisant qu'il n'avait pas subi de contrôle antidopage positif.

Le coureur danois de l'équipe Rabobank a reçu le 29 juin, plus d'une semaine avant le départ du Tour, un avertissement de la part de l'Union cycliste internationale (UCI) pour défaut de localisation pour deux contrôles antidopage inopinés, le 8 mai et le 28 juin.

Du coup, il a été exclu de la sélection danoise pour le Championnat du monde, en septembre prochain, et pour les jeux Olympiques de Pékin 2008, selon les propos tenus jeudi soir du directeur de la fédération danoise, Jesper Worre.

Christian Prudhomme, directeur du Tour, a indiqué vendredi avant le départ de Montpellier qu'il avait appris jeudi soir cette affaire qui date de fin juin. Il a soulevé plusieurs questions en s'étonnant de cette annonce tardive de la part de la fédération danoise, et a accusé implicitement l'UCI, en guerre avec ASO (organisateur du Tour) depuis bientôt trois ans. "Pourquoi maintenant ?"

"Pourquoi maintenant ? Pourquoi M. Worre a-t-il attendu le 19 juillet au soir pour donner ces éléments qu'il avait fin juin ? Pourquoi ne s'est-il pas exprimé avant le départ du Tour ? Pourquoi cette annonce de non-sélection, maintenant, pour des événements qui auront lieu en septembre 2007 et en août 2008 ?", a interrogé Christian Prudhomme.

Après avoir souligné que Rasmussen avait pu participer à son championnat national (organisé par la fédération danoise), deux jours après avoir reçu son avertissement, le directeur du Tour a posé la question: "A qui profite le crime ?"

Christian Prudhomme a rappelé aussi dans le détail les contrôles subis par le porteur du maillot jaune. "Rasmussen a été déclaré apte par l'UCI, l'autorité de tutelle qui est en charge des contrôles", a-t-il dit en ajoutant que l'organisateur du Tour attendait de connaître les résultats des derniers contrôles urinaires, lesquels sont "communiqués à l'AMA (Agence mondiale antidopage), à la fédération internationale, à l'équipe et au coureur mais jamais à l'organisateur".

"Un avertissement doit-il être considéré comme une sanction ? L'UCI va-t-elle transmettre la liste des coureurs qui ont reçu un avertissement ? Y a-t-il des informations complémentaires qui expliqueraient cette sanction de M. Worre ? Qu'il donne ces éléments !", a conclu le directeur du Tour.

Rasmussen, qui s'est exprimé quelques minutes plus tard, en a tiré la conclusion -osée- qu'il avait "le plein soutien d'ASO". Sur le fond, il s'est déclaré innocent.

"Une erreur administrative"

"Pour moi, il n'y a rien de nouveau", a déclaré le leader du Tour. "Je suis surpris que cela sorte maintenant. Il faut se poser la question du timing. J'ai admis avoir fait une erreur administrative". "C'est une petite histoire", a estimé le coureur danois de l'équipe Rabobank. "Beaucoup de coureurs ont recu un avertissement semblable. C'est un cas parmi d'autres. C'est disproportionné !"

Le grimpeur danois, vainqueur de la 8e étape dimanche dernier à Tignes et leader du Tour depuis cette date, a confirmé n'avoir pas subi de contrôle positif: "J'ai été testé hors compétition en juin, les résultats sont négatifs." "L'équipe l'a déjà prévenu", a déclaré pour sa part Eric Breukink, directeur sportif de Rabobank. "L'UCI lui donne un avertissement. Qu'est-ce qu'on peut faire ?" Ses collègues d'équipes françaises se sont montrés autrement plus sévères.

"Comment est-il possible de ne pas pouvoir joindre un athlète pendant le mois de juin ?", a interrogé Roger Legeay (Crédit Agricole). "Theo De Rooy (manager de Rabobank) doit en tirer les conclusions". Encore plus définitif, Jean-René Bernaudeau (Bouygues Telecom) a affirmé: "Si un de mes coureurs était suspendu par sa fédération, il ne serait pas au départ du Tour."

Marc Madiot (Française des Jeux), enfin, a donné le ton sur les soupçons qui accompagnent Rasmussen: "S'il n'a pas donné pendant plusieurs semaines son emploi du temps, cela prête à plus qu'à de l'interrogation. (...) D'une manière générale, si on n'a rien à cacher, on est facilement contactable."