Envoyé spécial à Bagnère-de-Bigorre

Avant de prendre le départ de l'étape, Riccardo Ricco vérifie chaque matin qu'il n'a pas oublié, dans une poche de son maillot, l'autographe reçu de Marco Pantani quand il avait 14 ans. Le champion déchu et tragiquement disparu est l'idole de Ricco depuis qu'il l'a vu gagner le Tour de France en 1998. " Je regardais toutes les étapes à la télévision, expliquait-il hier sur la ligne d'arrivée. Et je n'attendais qu'une chose : qu'il place son attaque décisive en montagne. Alors, je devenais fou, je sautais devant ma télé, je dévorais littéralement des yeux toutes les images qui se dessinaient sur l'écran et je les gravais, inconsciemment, dans un coin de ma tête. Souvent, je me suis repassé les images du "pirate" dont j'ai toutes les victoires en vidéo. Voilà sans doute pourquoi je l'imite aujourd'hui. Et à chaque fois que je gagne, j'ai une pensée pour lui. "

Et c'est vrai que, hier encore, on a cru voir dans l'Aspin, col de légende s'il en est, le sosie de Pantani. Le grand développement pour placer un démarrage, les mains au bas du guidon: il ne manque, pour compléter le tableau, que le bandana. Mais Ricco a trop de respect pour son héros pour oser lui voler son look. Il se contente de son style, c'est déjà beaucoup. Dans l'Aspin, Ricco est parti où il l'a voulu, quand il l'a voulu. "Il faut quand même relativiser les choses, disait le coureur Saunier Duval. Les grands favoris de ce Tour se sont surtout neutralisés dans cette étape. Du coup, ils n'ont pas trop fait attention à moi. J'étais venu ici pour remporter une étape, en voilà déjà deux dans mon escarcelle. Celle d'aujourd'ui, je vais essayer de la faire gagner par Piepoli, car il m'a déjà bien aidé jusqu'ici."

On lui rappelle alors qu'il a décidé de ne pas faire du classement général un objectif, mais que, après sa performance dans la première étape des Pyrénées, ses adversaires eux-mêmes commencent à se méfier de lui. "Je n'en fais pas une obsession. Je vis ce Tour au jour le jour. Parfois difficilement d'ailleurs, lorsque j'entends les journalistes polémiquer sur mes valeurs physiologiques. Je voudrais que cette discussion s'arrête. Moi, je suis serein depuis que je suis petit, j'ai des valeurs supérieures à la normale. Ce qui est anormal pour les autres est normal pour moi. J'ai des dérogations à ce niveau. L'UCI a accepté mon dossier médical. J'espère que l'AFLD en fera bientôt autant." S'il est serein...