Comme le central de Wimbledon pour le tennis, le parcours de Saint-Andrews pour le golf, le stade de Maracana pour le football, le circuit de Monaco pour la Formule 1 Le vélodrome de Roubaix est un lieu mythique du sport. Ici, le temps semble avoir suspendu son vol et, avec un peu d'imagination, on aurait pu voir déboucher Rik Van Steenbergen sur la piste presque séculaire de Roubaix. Alors que d'autres mythes ont cédé aux réalités du sport business, Paris-Roubaix reste empreint d'une certaine désuétude propre au sport cycliste.

Sportifs traînés dans la boue -c'est le cas de l'écrire-, les cyclistes ont ce côté humble qui se marie à leur décor. En effet, quel pilote de Formule 1 se confierait aux journalistes une fois sorti de son baquet, quel tennisman se laisserait interviewer sous la douche après un match? Après 254 kilomètres d'une course d'un autre âge disputée dans des conditions météorologiques dantesques, les cyclistes se montrent courtois malgré l'âpreté des efforts fournis. Chapeau!

Dans les tribunes, ni pin-up, ni m'as-tu-vu mais des passionnés prêts à attendre des heures durant l'arrivée de leurs héros maculés de boue ou de poussière, c'est selon. Pour patienter, un écran géant, seule touche hi-tech dans cet univers suranné et les commentaires de Daniel Mangeas, eux-mêmes entrecoupés par la prestation du Show Band d'Ijmuiden, fanfare presque martiale venue du fin fond des Pays-Bas

Les supporters sont là et ils affichent les couleurs. Parmi eux, les Belges sont les plus démonstratifs, comme si Roubaix leur appartenait. Les aficionados de Sven Nijs sont venus en nombre et cela se voit. Les hommes discutent le coup ensemble, la casquette vissée sur le crâne, les dames organisent le pique-nique. Dans cette foule compacte, les supporters prennent position, et les coups de langue sont légion. Un Français, chauvin et forcément déçu, se fait remettre à l'ordre par ceux qui vénèrent Johan Museeuw, dieu sait qu'ils étaient nombreux dimanche après-midi.

Les rivalités nationales s'aplanissent, les coureurs sont aux portes du vélodrome. Les places se font chères et le spectacle éphémère. Un tour de piste et demi plus tard, le vainqueur lève les bras, c'est terminé pour le suspense. Heureusement, il y a les autres coureurs, pour qui le public reste pour applaudir l'effort accompli. (Ch.Bl.)

© La Libre Belgique 2001