Le profil de cette première étape alpestre prédisait une course à deux vitesses, et tout s’est déroulé comme prévu. À l’avant, c’est le Portugais Rui Costa qui sourit, après avoir émergé dans la dernière difficulté d’un groupe de 26 coureurs qui s’était fait la malle en début d’étape. Derrière, les gagnants s’appellent Quintana et Rodriguez, qui grignotent une minute et une place.

Tout le monde veut y être

Dès le début de l’étape, ça flingue dans tous les sens. Les baroudeurs le savent, c’est aujourd’hui ou jamais. Le bon coup met du temps à se dessiner, mais finit par partir après une trentaine de kilomètres. Avec des noms qu’on aurait pu annoncer les yeux fermés : Voeckler, Kadri, Riblon, Gallopin, Rui Costa, Hoogerland, Albasini, Roche, Navarro ou encore notre Thomas De Gendt national.

Le troisième du Giro 2012 n’est d’ailleurs pas notre seul représentant à l’avant. L’arc-en-ciel se montre enfin aux avant-postes. Philippe Gilbert se rappelle-t-il du dernier passage à Gap, quand Thor Hushovd s’était imposé avec le maillot de champion du Monde sur les épaules ? Toujours est-il qu’avec Voeckler et Rui Costa, il fait figure d’homme à suivre dans l’échappée.

Rui Costa et les autres

L’écart grimpe sans cesse, et atteint rapidement les dix minutes par la grâce d’un peloton bien décidé à prolonger encore un peu sa journée de repos. L’étape se poursuit sur un rythme soporifique jusqu’au pied du Col de Manse. Près de dix kilomètres à 5% de moyenne pour ce col de deuxième catégorie qui doit permettre de départager les 26.

Kadri et Marino avaient anticipé, mais ils voient vite revenir Hansen. Coppel ramène tout le monde, et puis Rui Costa s’en va. Le Portugais creuse rapidement l’écart, et rappelle qu’il n’a quand même pas gagné deux Tours de Suisse consécutifs par hasard. Voeckler et Gilbert sont épiés, mais ne bougent pas, alors que De Gendt a déjà lâché prise depuis belle lurette. Klöden part en poursuite avec un trio français Coppel-Riblon-Jeannesson, mais le carré de rois ne peut aller chercher l’as Costa, qui franchit le sommet avec 50 secondes d’avance et se lance dans une descente victorieuse vers Gap. Intouchable, tout simplement.

Purito fait exploser le peloton

Pendant que le Portugais savoure sa deuxième victoire d’étape sur la Grande Boucle, et que Gilbert coupe la ligne en huitième position, la Katusha fait éclater le peloton. Moreno fait monter les pulsations, puis lâche Purito qui se sent décidément mieux ici que sur l’interminable Ventoux. Dans sa roue, sept coureurs : Froome et son fidèle Porte, le duo Contador-Kreuziger, Valverde et Quintana, et puis cet incroyable Mollema, qui semble limite rupture pendant toute l’ascension, mais ne lâche jamais prise.

Pourtant, les Saxo Bank s’en donnent à cœur joie. Kreuziger attaque, et Contador flingue dès que Porte a ramené. Un petit manège qui finit par faire craquer l’Australien, mais Froome saute dans toutes les roues et rappelle tout le monde à l’ordre. C’est ensuite Valverde qui prend le relais, histoire de reléguer Ten Dam le plus loin possible et de faire entrer Quintana dans le top cinq.

Peur jaune

Dans la descente, les Saxo ne relâchent pas l’étreinte. Contador y va à fond, Froome ne le lâche pas d’une roue. Et puis, le Madrilène loupe un virage, et entraine le maillot jaune sur sa mauvaise trajectoire. Le duo doit mettre pied à terre, mais l’inévitable Porte les ramène sur leurs cinq compagnons de route.

Au final, plus de peur que de mal pour le maillot jaune et le Pistolero. Les vrais perdants du jour s’appellent Ten Dam et Fuglsang, qui perdent une minute et une place sur la route de Gap. Kwiatkowski, lui, sort du top 10 au profit de Daniel Martin, alors que Monfort quitte le top 15, dépassé par Navarro et Valverde.

Cinq minutes d’avance pour Froome ?

Des changements qui pourraient être annihilés dès mercredi, dans un contre-la-montre de 32 kilomètres jalonné de deux côtes de deuxième catégorie, et des descentes sinueuses qui vont avec. Voilà qui pourrait permettre à Christopher Froome d’aller chercher un quatrième bouquet, et de compter plus de cinq minutes d’avance sur son plus proche poursuivant à la veille de l’Alpe.