De Johan Museeuw, qui mène l'équipe Domo victorieuse l'an passé, à Andrea Tafi, l'Italien candidat au `doublé´ après son succès dans le Tour des Flandres dimanche dernier, les prétendants de la `reine des classiques´ nourrissent tous le même amour pour cette folie à la fois anachronique et terriblement séduisante.

Sur les pavés s'est écrit la légende du sport cycliste (lire notre évocation en `Libre Bis´). `Pourquoi le pavé compte-t-il tellement dans l'histoire du vélo?´, expliquait son ancien directeur Jacques Goddet en 1996, l'année du centenaire.

`Parce que le plus terrible adversaire du cycliste, c'est le vent, l'air, l'atmosphère. Le coureur qui est bien protégé dans une file ou un groupe dépense beaucoup moins d'énergie que celui qui mène la course. Or, dans Paris-Roubaix, avec les pavés, impossible de coller à la roue. Il faut éviter les grands trous et les grands chocs.´

Injuste parfois, impitoyable toujours, la `reine´ aime à récompenser les plus persévérants de ses amoureux. Du côté d'Arenberg, où l'odeur de la mine flotte encore, ou dans la verte campagne du Pévèle, puissance et expérience sont deux arguments majeurs pour rallier en vainqueur le vélodrome nordiste avec, si l'on se réfère aux dernières éditions, l'appui d'une forte équipe.

LE MATCH MUSEEUW-TAFI

Patrick Lefevere (lire ci-dessous), qui a dirigé le groupe victorieux à cinq reprises depuis 1996, a mis en place à chaque fois une stratégie offensive basée sur le surnombre. A l'arrivée, trois `triplés´ ont consacré la supériorité de ses coureurs (Mapei puis Domo).

Au départ de Compiègne, cette année, le manager belge dispose d'une carte maîtresse en la personne de Johan Museeuw, devenu l'une des grandes figures de Paris-Roubaix qui lui rappelle d'immenses joies (1er

en 1996 et 2000) et de grandes douleurs (fracture de la rotule à Arenberg en 1998).

A 36 ans, le lion des Flandres est à peine plus âgé que les vainqueurs des deux grandes classiques disputées cette saison (35 ans pour Cipollini à Milan-Sanremo et Tafi au Tour des Flandres). Il présente une forme de pointe, qu'atteste sa deuxième place dimanche dernier dans les Flandres, et compte sur un entourage solide (Rodriguez, Koerts) malgré la récente chute à l'entraînement du lauréat de l'édition 2001, le Néerlandais Servais Knaven.

Pour son dernier Paris-Roubaix, Museeuw affronte comme l'an dernier ses anciens coéquipiers italiens du groupe Mapei. En premier lieu, Andrea Tafi, locomotive humaine qui n'aime rien tant qu'imposer sa puissance au fil des secteurs pavés (49,1 km cette année) dont l'éprouvante litanie scande les quatre dernières heures de course, dans la poussière ou dans la boue.

Mais le match prévisible entre les équipes de Tafi, aux prises avec un léger refroidissement mercredi soir, et de Museeuw doit aussi ménager des ouvertures aux opportunistes ou aux clairvoyants.

Peter Van Petegem (lire ci-dessous), à la déroutante facilité dans les monts flandriens, l'Américain George Hincapie, candidat à une victoire qu'aucun de ses compatriotes n'a jamais enlevée, l'Allemand Erik Zabel, surtout si le temps se maintient au sec, sont les mieux placés pour continuer à écrire la légende d'un siècle qui a déjà propulsé parfois de quasi-inconnus.

(AFP)

© La Libre Belgique 2002