La classe biberon a pris le pouvoir sur les routes de la Grande Boucle, mais ne dit-on pas que le talent n'attend pas le nombre des années. Après Peter Sagan, vainqueur à trois reprises, c'est Thibaut Pinot (FDJ), le benjamin de cette 99e édition du Tour qui a montré que la cuvée 1990 était digne des grands crus. Le Franc-Comtois, qui s'était glissé dans l'échappée du jour, a débordé le Suédois Fredrik Kessiakoff dans les derniers hectomètres du col de la Croix pour aller offrir au cyclisme hexagonal son premier succès d'étape cette année. Derrière le héros du jour, les favoris se sont bagarrés grâce à Jürgen Van den Broeck qui a accéléré dans la dernière difficulté du jour, sans parvenir pour autant à refaire une partie de son retard sur le maillot jaune Bradley Wiggins.

La détresse de Samuel Sanchez

Cette seconde étape de moyenne montagne qui emmenait le peloton dans le massif du Jura suisse a offert un scénario bien plus palpitant que celui des précédentes courses. Dès les premiers kilomètres, les attaques fusaient de partout, mais les Sky ne laissaient pas aux fuyards l'occasion de s'envoler. C'est Jens Voigt qui lançait les hostilités et se retrouvait seul en tête durant de longs kilomètres. De Voeckler à Chavanel en passant par Gilbert et Valverde, ils seront nombreux à tenter pendant une soixantaine de kilomètres d'accrocher la bonne échappée.

Au 56e kilomètre, trois coureurs chutaient lourdement, le plus touché étant Samuel Sanchez. Le Basque, sixième de la dernière Grande Boucle, se brisait la clavicule et était contraint à l'abandon. En larmes, le leader de l'Euskaltel se rendait compte qu'il ne pourrait pas non plus défendre son titre olympique à Londres.

Le solo de Kessiakoff

Un groupe d'une vingtaine de coureurs parvenait enfin à se dégager devant. Ils étaient ensuite rejoints par Jérémy Roy (FDJ) qui prolongeait son effort en solitaire avant d'être rattrapé juste après l'entrée en Suisse par Fredrik Kessiakoff (Astana). A quelques dizaines de mètres du sommet de la côte de Saulcy, le duo était en passe d'être rejoint par une dizaine de coureurs issus du groupe de poursuite, parmi lesquels Kevin De Weert (Omega Pharma) et Thibaut Pinot. Mais cette situation n'était pas du goût de Kessiakoff qui accélérerait pour se lancer dans une cavalcade d'une soixantaine de kilomètres. Le Suédois, excellent rouleur, augmentait rapidement son avantage face à poursuivants pas très bien organisés malgré la présence de trois Rabobank et de deux coureurs de la FDJ.

Dans l'avant-dernière difficulté, la côte de Caquerelle, Thibaut Pinot se rendait compte qu'il fallait faire bouger les choses sous peine de voir la victoire filer dans l'escarcelle de Kessiakoff. Le benjamin du Tour passait à l'offensive, le seul Tony Gallopin pouvant suivre sa cadence. L'écart entre ce duo et le Suédois diminuait rapidement d'une trentaine de secondes, la course était relancée.

VDB passe à l'offensive

Dans le col de la Croix, classé en première catégorie, Pinot déposait Gallopin avant d'aller déborder Kessiakoff, complètement cuit, dans les pourcentages les plus exigeants. Derrière, après avoir laissé rouler en tête les Liquigas en tête pendant de nombreux kilomètres, c'est Jelle Vanendert qui prenait les choses en main. Le rythme soutenu du Limbourgeois faisait exploser le peloton. Rein Taaramae, quatrième du général et maillot blanc de l'épreuve, lâchait rapidement prise avant que Jürgen Van den Broeck n'accélère sur la fin du Col. Le Belge faisait le ménage n'emmenant sur son porte-bagage que Cadel Evans, Bradley Wiggins, Vincenzo Nibali et Christopher Froome. Juste derrière, Fränk Schleck et Christopher Horner se démenaient pour ramener Haimar Zubeldia avec les meilleurs. Leur équipier Maxime Monfort n'avait malheureusement pas été mesure de suivre.

Harangué par un Marc Madiot toujours aussi démonstratif, Pinot donnait dans les quinze derniers kilomètres de la course tout pour résister au retour de Kessiakoff, mais surtout à celui du groupe maillot jaune. Mais à la Saint-Thibaut, il était écrit que le coureur de la FDJ serait à la fête. Le grand espoir du cyclisme français franchissait la ligne avec 26 secondes d'avance sur Evans qui avait encore bien tenté de surprendre Wiggins dans un coup avec Van den Broeck. Tony Gallopin complétait le podium du jour.

Froome perd ses pois

Le classement général toujours dominé par Bradley Wiggins voit Rein Taaramae descendre à la 9e place alors que Jürgen Van den Broeck remonte à la huitième. Il est cependant que le deuxième de nos compatriote puisque Maxime Monfort, malgré sa minute perdue sur les favoris, conserve sa septième position. Christopher Froome est dépossédé de son maillot à pois par Fredrik Kessiakoff, élu coureur le plus combattif du jour. Le maillot vert reste toujours bien sur les épaules de Peter Sagan, alors que le blanc reste la propriété de Rein Taaramae.

Demain les favoris s'expliqueront sur les 41,5 km d'un contre-la-montre reliant Arc-et-Senas et Besançon. Un exercice dans lequel seront attendus au tournant Bradley Wiggins et Cadel Evans.