Le cyclisme en général et le cyclisme belge en particulier n'avaient vraiment pas besoin de cela. Tom Boonen, l'icône des Flandres, le champion adulé, le beau gosse aux nombreuses et grandes victoires internationales, contrôlé positif à la cocaïne...

A ce stade, on ignore dans quelles circonstances exactes Boonen s'est laissé aller à consommer un produit dont l'usage est interdit en compétition, étant assimilé à un dopant, mais pas nécessairement puni sur le strict plan sportif (il en va autrement en matière pénale) lorsque le contrôle s'effectue dans un certain laps de temps avant ou après une épreuve.

Les conséquences du geste de Tom Boonen sont de toutes façons déjà immenses. Interdit de Tour de Suisse, le coureur belge pourrait, qui sait, être empêché de participer au Tour de France, où il comptait épater la galerie et conquérir le maillot vert en plus de quelques victoires d'étape.

La prudence guidait les commentaires, mardi, et c'est louable. Il serait, en effet, injuste de clouer l'homme au pilori dans l'état actuel du dossier. Mais ce contrôle illustre, une fois de plus, l'incroyable et navrante proximité entre les champions sportifs, les cyclistes tout particulièrement, et un univers artificiel et factice, où tout semble acquis et permis.

Si Boonen a pris de la cocaïne pour tricher et améliorer le cas échéant ses performances, il doit être puni comme il se doit. Dans l'hypothèse, tout aussi plausible en l'état, où il aurait agi par désoeuvrement, par tentation facile de côtoyer des paradis artificiels, on devrait s'interroger sur la nature même du statut de vedette accordé à certains sportifs, transformés en rock-stars par des admirateurs inconditionnels, maintenus dans un cocon trouble par leur entourage, déconnectés du monde réel par l'argent gagné, la dévotion, sincère ou intéressée, qui leur est portée, la facilité avec laquelle ils ouvrent les portes de la gloire mais aussi des coeurs ou des palais.

Quoi qu'il en soit, la situation dans laquelle Boonen s'est mis rejaillit sur le sport qu'il pratique. Et l'image exemplaire qu'il était censé donner, aux jeunes notamment, est désormais largement ternie.

Si ce qui arrive ne signifie pas automatiquement la fin d'un champion, c'est, après d'autres affaires privées qui n'ont pas grandi l'homme, la fin d'une illusion : celle de tenir en Boonen non seulement un athlète d'exception mais aussi un ambassadeur du sport sain et d'une certaine conception de la vie.