En début de journée, personne ne semblait en mesure de battre le maillot jaune à l'arrivée à Chorges. Finalement, deux adversaires inattendus se sont dressés sur la route de Christopher Froome au fil de la journée.

La pluie d'abord, qui a plutôt pénalisé les coureurs partis une heure plus tôt, mais qui a forcé le Britannique à limiter les risques dans la descente. Alberto Contador, ensuite, qui a devancé le maillot jaune à chaque pointage intermédiaire avant de perdre pour neuf secondes dans la dernière partie du parcours. Une histoire de changement de vélo.

 

TVG redevient le TGV

Très tôt dans la journée, cela s'impose comme une évidence: au sommet de la deuxième difficulté du jour, il faut changer de vélo. Exit les roues traditionnelles avec un guidon de triathlète, le passage au véritable vélo de chrono s'impose. La perte de temps "dans les stands" est largement compensée par les derniers kilomètres en faux-plat descendant.

Thomas De Gendt en est d'ailleurs la preuve. Le Belge part très vite, cartonne à tous les pointages, mais craque dans le final. Parti trop vite, mais pas seulement: le troisième du Mont-Saint-Michel n'a pas changé de vélo.

Van Garderen, lui, le fait. Le résultat, c'est un meilleur temps pour l'Américain. Les coureurs passent, et personne n'inquiète un TVG ressuscité. Alors, quand la pluie s'invite, la cote du leader déchu de la BMC monte en flèche.

 

Des gouttes pour Chavanel, des larmes pour Peraud

Outsider de choix sur un parcours taillé pour ses qualités, Sylvain Chavanel tombe en pleine averse. Marqué pas de chance pour le champion de France, qui prend le bouillon et plus d'une minute sur Van Garderen.

Sale journée pour nos voisins qui, en l'absence de victoire d'étape, se consolaient avec la place de Jean-Christophe Peraud dans le top 10. Le Français chute pendant la reconnaissance, et prend la route malgré une fracture externe de la clavicule droite. Tout se passe bien, le leader d'AG2R fait même un bon temps, et puis dans le dernier véritable virage, c'est le drame. Jean-Christophe goûte au bitume humide. Et retombe sur sa clavicule. Abandon pour le neuvième du général.

 

Evans à la dérive, Valverde en état de grâce

Entre les deux mésaventures françaises, le top 20 prend la route. Enfin, on peut raisonnablement se demander si Cadel Evans a vraiment démarré son chrono. Le vainqueur du Tour 2011 prend huit minutes dans la vue, et se classe 167e. Derrière Cavendish.

Partis après lui, Valverde et Monfort le doublent sur le parcours. Il faut dire que les deux hommes sont dans un bon jour. Monfort termine douzième de l'étape à 2'17" de Froome, alors que Valverde écrase tout sur son passage, et coupe la ligne en 52'03". Près d'une minute et demie de mieux que Van Garderen. Un chrono pour les grimpeurs, qu'on disait.

 


Purito, un podium et des ambitions

Pour les grimpeurs? Message reçu par Joaquin Rodriguez. Purito fait sauter les temps de Valverde, et relègue son ancien leader à vingt secondes. Quintana ne fait pas mieux, mais se débrouille plutôt bien. Tout le contraire du duo Ten Dam-Mollema, qui se troue sur toute la ligne. Deux minutes dans la vue pour Bauke, qui saute du podium, et trente secondes de plus pour un Ten Dam qui redescend sur terre après deux semaines en apesanteur.

Kreuziger leur dit merci, et monte sur la boite au général. Mais Purito et Quintana sont en embuscade. Ils le veulent, ce podium. Le Tchèque est prévenu.

 

Enfin, un vrai duel

Ax 3 Domaines, Mont-Saint-Michel et Mont Ventoux. Les trois premiers duels du Tour n'avaient pas vraiment eu lieu, tant Contador ne faisait pas le poids face à Froome. Mais ce mercredi, la donne est différente. Froome semble prudent, alors que le Pistolero flingue droit dans la cible à tous les intermédiaires.

Et puis, il y a le sommet de la deuxième côte. Contador continue, Froome change de vélo. 11 secondes d'écart au sommet. Le Britannique ne semble pas totalement libéré dans la descente, mais l'erreur tactique de Bjarne Riis et de Contador se paie cash. Le Madrilène ne bat Rodriguez que pour 72 centièmes, mais ne peut rien face au maillot jaune. Et de trois pour le Britannique.


Une histoire de descentes ?

Froome a pris son temps, mais met quand même neuf secondes de plus dans la vue de son rival, pour le repousser à 4'34" au général. Jeudi, entre les deux ascensions de l'Alpe d'Huez, la descente du Col de Sarenne pourrait être le théâtre d'une nouvelle offensive du Pistolero, qui a montré mercredi qu'il n'avait pas peur de prendre des risques. Et si cette fin de Tour était finalement une histoire de descentes? Froome ne prendra pas de risques fous. Le temps est avec lui, on l'a encore vu sur la route de Chorges.