Peu à leur affaire depuis le début du Tour, les amateurs d'échappée au long cours se sont régalés ce samedi sur la route de Lyon. Dix-huit coureurs ont joué les filles de l'air dès la première heure de course, et n'ont plus jamais été revus par le peloton. Au terme d'un final haletant où l'on a tour à tour imaginé Simon, Burghardt et Albasini lever les bras, c'est finalement le jeune Italien Matteo Trentin qui a mis tout le monde d'accord d'un dernier coup de reins digne de son leader Mark Cavendish.


Une première heure à cent à l'heure

Ce samedi matin, c'était chose certaine: cette quatorzième étape, elle était pour les baroudeurs. Ces coureurs qui avaient dû se contenter de montrer le maillot pendant deux semaines allaient enfin pouvoir courir vers la gloire. Alors, évidemment, tout le monde veut en être. Et ça donne un début de course à cent à l'heure, une tête de peloton aux allures de gruyère, des tentatives à gogo, et finalement un groupe de dix-huit coureurs qui se fait la malle. Pour de bon.

La France attendait Voeckler, la Belgique attendait Gilbert. Ce sera sans eux. Partie remise…ou pas. Nos voisins se consolent avec leur champion national Arthur Vichot, les attaquants compulsifs Gautier et Kadri et le véloce Simon. Côté belge, on n'a qu'un Jan Bakelants à se mettre sous la dent. "Que" pour le nombre, car ce Bakelants en a décidément sur l'avant de la selle, comme il l'a encore prouvé dans le final.

Dans le reste du groupe, il y a les éternels Voigt et Millar, les Américains déçus Talansky et Van Garderen, les finisseurs Rojas et Albasini ou encore les équipiers de sprinters libérés que sont Geschke, Trentin et Bak. L'écart atteint rapidement les quatre minutes, et ne descendra plus jamais.


Hoogerland, malchanceux ou mal accompagné?

Mécontents d'avoir loupé la "bonne échappée" chère à Thierry Adam, Johnny Hoogerland et Damiano Cunego sortent en duo pour faire la jonction. Le champion des Pays-Bas se débarrasse rapidement d'un Petit Prince aux allures de larbin, et fond sur les dix-huit à toute allure.

L'écart descend même sous la minute, Hoogerland a les échappés en point de mire. Et puis, Marcus Burghardt attaque. Sans raison, dans une descente. Mais voilà: l'échappée est relancée, Hoogerland tente encore, puis se relève. Encore loupé.

 

La France attendra encore

Dans le final, tout le monde tente sa chance. Bakelants fait sauter les papys Voigt et Millar sur sa première attaque. Albasini remonte, regarde le rouquin belge dans le blanc des yeux au sommet, et Julien Simon en profite pour partir.

Le Breton fait rapidement l'écart. L'ardoisier indique trente secondes. Kadri tente de revenir, raté. Et puis Van Garderen, pas mieux. Finalement, au rythme des attaques, cette poursuite s'organise. Julien Simon est encore devant dans la dernière ligne droite, après treize kilomètres de cavale solitaire. Le problème, c'est que cet ultime bout de bitume dans les rues de Lyon fait 2.100 mètres. Deux fois trop pour Simon.

 

Trentin sort du bois

La France avait déjà débouché le champagne, mais il devra encore rester au frais. Heureusement, dimanche ce sera fête nationale, les bulles ne s'évaporeront pas trop. Burghardt fait parler la puissance, Albasini saute l'Allemand et colle la roue de Simon sous la flamme rouge. Le duo se regarde. Burghardt revient, puis Geschke. Ces Allemands sont décidément partout.

Les quatre hommes font du surplace, tout profit pour les poursuivants qui reviennent à toute allure. Les chances de Rojas remontent en flèche, mais notre Bakelants national ne l'entend pas de cette oreille. Jan tente au culot, mais Albasini l'avait vu venir et s'envole. Rojas est enfermé, la Suisse s'y voit déjà.

Et puis il y a Trentin. L'avant-dernier wagon du train d'un certain Mark Cavendish. Un Italien de 23 ans qui surgit de nulle part pour aller sauter Albasini sur la ligne et offrir une quatrième victoire à Patrick Lefevere sur ce centième Tour. Un sprint à la Cavendish pour libérer une Italie qui ne voyait pas trop bien comment elle allait faire pour ne pas rentrer fanny dans la Botte pour la troisième fois consécutive.

 

Froome, enfin tranquille

Certains attendaient les Movistar, d'autres voyaient bien une nouvelle tentative de Contador dans les bosses lyonnaises. Certes, Talansky a repris sept minutes et s'est un peu replacé au général, mais pas de quoi bouleverser les Britanniques. 

Les favoris n'ont pas bougé, et ont permis aux hommes de Christopher Froome d'enfin passer une journée tranquille. Le calme avant la tempête? Dimanche, ça risque d'être beaucoup moins tranquille pour les Sky sur les routes du Géant de Provence.