Quelle ironie ! Le Tour de Wallonie se réjouissait de pouvoir accueillir le peloton malgré la crise sanitaire. Mieux, celle-ci a tellement chamboulé le calendrier qu'au lieu d'être en concurrence avec le Tour de France, l'épreuve est devenue une préparation pour la Grande Boucle aux yeux des meilleurs sprinters du peloton mais aussi de Philippe Gilbert et Greg Van Avermaet, entre autres.

Un coup de projecteur inédit, donc. Appuyé par la retransmission télé et accompagné par des invitations (à l'écran mais aussi au bord des routes) à consulter le site "Visit Wallonia", histoire de promouvoir notre patrimoine. En résumé: tout était parfait. "Était", car lors de sa deuxième étape, le Tour de Wallonie a fait un véritable bad buzz. Si l'on est habitué à l'état des routes wallonnes, les meilleurs coureurs du peloton ne l'étaient pas encore puisque les classiques Liège-Bastogne-Liège ou la Flèche wallonne évitent soigneusement les pires routes du pays. Malheureusement, ce n'était pas le cas lors des 172 kilomètres qui reliaient Frasnes-lez-Anvaing à Wavre, ce lundi.

Plusieurs chutes ont émaillé l'étape et les coureurs ont eu vite fait de trouver le responsable une fois la ligne franchie. Le Français Florian Sénéchal (Deceuninck-Quick Step) fut l'un des plus virulents: "Carton rouge à l'organisation du Tour de Wallonie aujourd'hui. Un circuit trop dangereux pour une arrivée au sprint. Une route en mauvais état et des pièges un peu partout sur les bas-côtés. Pourquoi toujours attendre des morts ou des blessures graves pour réagir ? Notre sécurité n'est-elle pas une priorité ?"

Son équipier Iljo Keisse a pour sa part illustré ses propos avec une image: "Eviter les trous sur la route dans l'étape du jour ? Mission impossible !"

Le pire a été évité

Heureusement pour Christophe Brandt (l'organisateur de la course) et son équipe, le pire a été évité. Aucune blessure sérieuse n'est à déplorer. Ce fut pourtant moins une, lorsque Greg Van Avermaet fut envoyé au sol. Il fait peu de doute que le mauvais coup de publicité aurait pris une toute autre ampleur si le champion olympique avait dû déclarer forfait pour le Tour de France à cause de ces routes en piteux état.

Le leader de la CCC a d'ailleurs préféré ironiser après avoir atterri dans un champ: "Je suis vraiment un amateur de nourriture saine. Mais chercher des légumes d'aussi près n'était pas un objectif aujourd'hui. J'ai roulé dans un gros trou et je suis tombé. Heureux de ne pas être blessé", a détaillé le favori n°1 à la victoire finale de ce TRW.



L'histoire finit d'autant mieux que l'organisation a réagi très vite à ces critiques, présentant ses excuses aux coureurs: "Les organisateurs du Voo Tour de Wallonie s'excusent de l'état de certaines routes empruntées dans la deuxième étape. Nous soulignons toutefois que ces routes secondaires n'étaient pas le premier choix de parcours." Et Christophe Brandt de s'expliquer: "Les forces de police des zones et communes traversées dans l’étape de lundi ont été mobilisées pour sécuriser la zone d’arrivée, à huis clos en raison de la crise sanitaire en recrudescence. Cela a fait que les axes importants n’ont pas pu être empruntés comme initialement prévu, ce qui a obligé les organisateurs à opter in extremis pour des routes secondaires, dont certaines étaient en mauvais état."

Malgré cette excuse bien réelle, l'ancien coureur a fait amende honorable en assumant ses responsabilités auprès de certains coureurs qui se plaignaient sur les réseaux sociaux: "Les gars, désolé pour l'état des routes aujourd'hui. C'est ma faute, je n'ai pas d'excuse." Dans le communiqué fourni par l'organisation du Tour de Wallonie, Brandt "garantit la qualité de l’état des routes pour les deux dernières étapes."

Oliver Naesen, le leader de la formation AG2R, a semble-t-il apprécié: "Merci Christophe ! On réalise bien que ce n'est pas toujours facile (surtout maintenant avec les villes qui ne donnent pas autorisation de passage a cause du Covid). Nous nous rendons compte que sans toi, on ne pourrait même pas courir."

Gageons que l'on n'y reprendra plus l'organisation du Tour de Wallonie. Et c'est bien ce qu'avait demandé Florian Sénéchal, à la base de cette rébellion du peloton: ne pas attendre qu'il y ait des accidents graves pour agir.