ENVOYÉ SPÉCIAL À MILAN

A 25 ans, Tom Boonen est déjà un grand champion, son palmarès, qu'il étoffe désormais au rythme d'une victoire toutes les deux courses (il a déjà gagné à dix reprises cette année), l'atteste. Mais le Campinois est sans doute, aussi, bien plus que cela. C'est presque naturellement et malgré lui, que le porteur du maillot arc-en-ciel s'est positionné pour occuper l'espace abandonné par Lance Armstrong. Le Campinois est occupé à devenir le porte-drapeau de son sport, le patron en dehors et dans le peloton. Un succès, très possible, au bout de la célèbre Via Roma de Sanremo, là même où un certain Eddy Merckx triompha à sept reprises, confirmerait définitivement l'emprise du nouveau «Roi-Soleil».

Grand favori de l'épreuve chère à «La Gazzetta dello Sport» mais pas favori unique, Tom Boonen se retrouve ce matin dans la peau du chasseur qui n'a plus qu'une balle dans son fusil et entend bien l'utiliser avec efficience pour ajouter un nouveau trophée à sa collection. Si Milan-Sanremo est, parmi les monuments cyclistes, la classique la moins dure, si ce n'est sa distance, elle n'en est pas pour autant la plus facile à épingler. Dans 15 jours, il y aura au pire une dizaine de vainqueurs potentiels au départ du Tour des Flandres, alors que cinquante coureurs peuvent raisonnablement espérer s'imposer au bord de la Riviera.

Un seul triomphera et, si l'on en croit les statistiques récentes, il a intérêt pour cela à savoir sprinter (sept, voire huit si l'on inclut Tchmil dans le nombre, des dix derniers lauréats) et à avoir rôdé sa pointe de vitesse sur les routes de Tirreno- Adriatico (neuf sur dix puisque seul, Tchmil, encore, venait de Paris-Nice). Tom Boonen a une redoutable pointe de vitesse, il n'a perdu dans cet exercice que trois fois sur douze cette année mais il était en France la semaine passée. Peu superstitieux, le résident monégasque entend bien faire mentir les chiffres et pour cela, panache aidant, il est sans doute même prêt à anticiper le sprint.

Ses adversaires sont cependant autant motivés que lui, à commencer par le tenant du titre, Alessandro Petacchi. Mais il y aussi Oscar Freire, vainqueur il y a deux ans et qui semble avoir retrouvé ses meilleures jambes, voire Erik Zabel, quadruple vainqueur et toujours prêt à suppléer une absence de Petacchi, son nouvel équipier, Thor Hushovd ou Robbie McEwen.

Enfin, côté belge, on attend aussi beaucoup de Philippe Gilbert, notre deuxième grande chance, voire de Nick Nuyens ou, sait-on jamais, de Bjorn Leukemans.

© Les Sports 2006