Beaucoup de monde, hier, au tribunal de première instance de Termonde où avait lieu le procès de Frank Vandenbroucke. La salle était trop petite et les journalistes trop nombreux. Le coureur était bien présent (assisté d'une interprète); il fut quasi muet pendant les débats, même lorsque le juge l'invita à s'exprimer sur les accusations dont il faisait l'objet. Nul doute, à ce sujet, que ses avocats lui avaient conseillé de la jouer discrète. Malheureusement pour lui, le réquisitoire du procureur Philippe Van Linthout allait malgré tout s'avérer accablant. Du moins sur le fond de l'affaire, ce dont la défense n'a fait que peu de cas (et c'était son intérêt). Pour la première fois depuis le début de l'instruction, par le biais du procureur, nous avons eu accès au contenu des déclarations du coureur, lequel a manifestement été mis sous pression par le magistrat instructeur (la «confession ou la prison»). Première phase de défense de VDB: ne plus s'exprimer qu'en français au bout d'un certain temps. On peut le comprendre: en matière de Justice, il est bon de s'exprimer dans sa langue maternelle sous peine de dire des choses qui ne reflètent pas exactement sa pensée.

Un monde hypocrite

Et VDB s'est confessé, admettant, puis niant souvent par la suite. Toujours selon les paroles du procureur, il a concédé avoir utilisé les produits interdits trouvés chez lui, en pensant qu'il n'y aurait jamais de perquisitions à son domicile. Epo, hormones de croissance, comme tout le monde, a-t-il dit. Sans ces produits, pas de come-back possible. C'est chez Mapei, en 96, qu'il affirme avoir fait connaissance avec ces deux substances. Il parle d'un monde hypocrite où «nous utilisons tous ces produits» avant de revenir à un «je» plus restrictif, moins accusateur pour ses collègues. La pression n'était pas que du côté du juge!

La Justice dit avoir beaucoup appris grâce à ce dossier. Notamment à propos de la provenance des substances (les réseaux d'approvisionnement sont manifestement bien en place): le Clenbuterol (pris en charge dans un aéroport!), l'EPO et l'Aranesp venaient d'Allemagne, les hormones de croissance d'Espagne, la morphine d'un hôpital français, les gélules de testostérone étaient portugaises, etc., etc. Frank a concédé avoir été livré deux fois, par DHL, par Georges Mouton (Dr connu...). Il avait aussi de la Levorenine (adrénaline, pour se donner un choc!), certains produits étaient scellés, provenant tout droit de l'usine, selon le procureur, les seringues d'amphétamines (avec l'ADN du coureur) étaient impures, la morphine provenait d'un lot destiné à l'exportation en Afrique! A la vue de tous ces produits, le Dr De Leeuw, consulté par la Cour, a prétendu que, s'il n'avait pas connu le destinataire, il les aurait crus délivrés à «un nain insuffisant rénal, anémique, au coeur faible et ayant un comportement psychotique.» Le Procureur n'a pas requis de peine de prison, ni même d'amende («vous avez des amis qui vous aideraient facilement à trouver l'argent!» a-t-il dit) mais a proposé des travaux d'intérêt général. Jugement le 6 décembre.

© Les Sports 2004