Lorsque le verdict de la fracture est tombé avant-hier soir, la conclusion, pour tout le monde, tombait sous le sens: abandon. C'est d'ailleurs ce qu'avait communiqué l'équipe CSC à propos de son leader à son retour de l'hôpital. Mais la nuit a porté conseil, bon ou mauvais, du côté de l'Américain qui, à la stupéfaction générale, a décidé de poursuivre la route du Tour.

Incroyable retournement de situation qui montre toute la motivation de Tyler Hamilton, du reste coutumier du fait puisqu'il avait déjà terminé le Giro 2002 avec une clavicule cassée (A l'époque, il ignorait qu'il souffrait d'une fracture!). Une anecdote à ce sujet: l'Américain, décidément très dur au mal, avait tellement serré les dents pendant ce Tour d'Italie qu'il avait ensuite dû passer chez le dentiste pour en faire remplacer une douzaine!

Cette anecdote nous en rappelle une autre, celle de Fiorenzo Magni, qui se fractura également une clavicule au Giro 1956. Pour tenter d'alléger la douleur presque insoutenable dans les cols, il avait imaginé un ingénieux stratagème. Il avait, en effet, monté sur son guidon une lanière en cuir qu'il tenait entre les dents pour grimper. Au lieu de tirer avec les bras (avec le mal insupportable que cela engendrait), il s'aidait donc avec les muscles de la mâchoire et du cou. Magni termina deuxième de ce Tour d'Italie, derrière Charly Gaul!

Mais revenons à Hamilton, qui a expliqué hier matin ce qui l'avait motivé à tenter de continuer le Tour. Il se souvenait exactement des circonstances de sa chute. «J'étais pourtant bien placé, dans les vingt ou trente premiers, explique-t-il, un peu engoncé par l'épais taping posé par son médecin d'équipe. Je n'ai pas eu le temps de réagir et je me suis retrouvé à terre. La radio a montré une fracture double (en V), toutefois non compliquée. Cette arrivée, incroyablement dangereuse, n'était pas digne d'un Tour de France. J'ai consenti tellement de sacrifices pour me préparer, pour être au top, que je ne pouvais renoncer ainsi. Cette année devait être la mienne. J'ai donc décidé de tenter le coup. On verra bien.»

Il a donc entamé hier un incroyable pari, que lui avaient pourtant déconseillé et Bjarne Riis et le médecin d'équipe Joost De Maeseneer. «Je lui ai dit qu'il ferait mieux d'abandonner mais il n'a rien voulu entendre, confiait ce dernier. Et je dois dire que je ne me suis pas senti la force de lui interdire de tenter le coup.»

© Les Sports 2003