En voyant Tyler Hamilton partir seul à quelque 90km de l'arrivée, bien peu sont ceux qui lui donnaient une chance d'aller au bout de son rêve. Et pourtant, l'impossible exploit est devenu réalité quelque deux heures plus tard. Cela alors qu'en début d'étape, l'ancien champion de ski s'était retrouvé lâché dans un deuxième peloton. «L'explication tient en deux mots, commentait le vainqueur du jour. Je m'étais montré inattentif dans la première côte du parcours alors que la course était partie sur les chapeaux de roues. Dans la descente, le peloton s'est cassé en deux et je me suis retrouvé largué, dans la seconde partie. Heureusement, cinq équipiers se sont laissés glisser jusqu'à moi pour me ramener en tête.» C'était le début de sa grande aventure, de sa longue cavalcade, avec, à la clé, une victoire en solitaire (la troisième pour le compte du team CSC, après celles de Piil et de Sastre), dans l'ultime étape de montagne de ce Tour du centenaire. «Il s'agit d'une sorte de récompense pour moi, vu la douleur qui m'accompagne depuis le début de ce Tour et qui m'oblige aussi à dormir sur le dos alors que je préfère dormir sur le côté. En même temps, j'éprouve des sentiments contradictoires, car cette victoire, qui me comble, prouve aussi que j'avais les moyens de faire beaucoup mieux qu'une 6e place au classement général sans cette maudite fracture.»

Les mots sont importants: contradictoire et fracture. Tout simplement parce que le peloton, depuis deux semaines, est divisé sur la nature réelle de la blessure du leader CSC. Nombreux sont les coureurs qui, sans jeu de mots, haussent les épaules lorsqu'on leur parle de cette fameuse fracture de la clavicule. Ce qui irrite certains, c'est que Hamilton lui-même continue d'utiliser le terme double fracture, alors qu'il devrait parler de double fissure (ou trait de fracture). Mais quasi tous les coureurs du peloton se sont déjà cassé une clavicule et en connaissent donc parfaitement les conséquences. Un seul mouvement et la fracture peut se compliquer. Si l'os n'est pas entièrement cassé, mais fissuré, le déplacement est exclu (sauf faux mouvement ou nouvelle chute évidemment).

Walter Godefroot est de ceux qui ont osé dire tout haut ce que d'autres pensent tout bas. «Je n'arrive pas à croire qu'il s'agisse d'une vraie fracture, a-t-il dit. Hamilton, mis au courant de cette remarque, s'est offusqué: «A chacun son opinion, mais je l'invite à passer à l'hôtel pour que je lui montre les radios. Je me sens quand même blessé par ses doutes.» Voilà comment l'utilisation de termes inadéquats débouche sur un vrai malentendu...

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