Le Kazakh Alexandre Vinokourov (Telekom) a remporté lundi à Gap la neuvième étape du Tour de France cycliste marquée par l’abandon sur chute de l’Espagnol Joseba Beloki, l’un des favoris de la course.

Vinokourov, vainqueur détaché de cette étape courue sous une forte chaleur, s’est rapproché à 21 secondes de l’Américain Lance Armstrong (US Postal), toujours porteur du maillot jaune. Armstrong a connu une grosse frayeur à 4 kilomètres de l’arrivée quand Beloki est tombé juste devant lui, sur du goudron fondu.

L’Américain l’a évité de justesse. Il a dû traverser un champ à la façon d’un coureur de cyclo-cross et a récupéré la route un lacet plus bas après être descendu de vélo pour franchir le fossé.

Beloki, touché au côté droit (coude, hanche), est resté allongé sur le sol pendant plusieurs minutes. Soutenu par son directeur sportif Manolo Saiz, il est monté en pleurs dans l’ambulance après cette chute spectaculaire.

L’Espagnol, deuxième du Tour de France 2002, occupait la deuxième place du classement général, à 40 secondes seulement d’Armstrong, au départ de Bourg-d’Oisans. Vinokourov, qui a attaqué à 10 kilomètres de l’arrivée dans la dernière difficulté du parcours, a devancé de 36 secondes le premier groupe de poursuite fort de dix coureurs et réglé par le champion d’Italie Paolo Bettini.

L’Espagnol Iban Mayo, vainqueur la veille à l’Alpe-d’Huez, a privé Armstrong de la bonification pour la troisième place. L’Allemand Jan Ullrich s’est classé cinquième devant l’Italien Ivan Basso.

L’échappée de Jaksche Cette étape de 184,5 kilomètres, au lendemain de la grande journée alpestre, a donné lieu à des mouvements offensifs dès le premier col, le Lautaret, avant la grande montée de l’Izoard (2360 m) classée hors catégorie.

La principale échappée a été conduite par l’Allemand Jorg Jaksche, longtemps maillot jaune virtuel, et par six autres coureurs (Di Luca, Pellizotti, Garmendia, Casero, Lopez de Munain, Parra) qui ont compté jusqu’à près de sept minutes d’avance.

Le peloton, mené par les équipiers d’Armstrong, a réduit progressivement l’écart dans la vallée avant les deux dernières côtes situées dans les 30 derniers kilomètres. Beloki a testé Armstrong dans l’avant-dernière difficulté, la côte de Saint-Apollinaire, à une trentaine de kilomètres de l’arrivée. Le Texan a réagi immédiatement et un groupe (avec Mayo, Zubeldia, Hamilton, puis Ullrich et Vinokourov) s’est détaché avant d’être repris dans la descente.

Vinokourov a attendu la côte de La Rochette, à 10 kilomètres de Gap, pour placer son démarrage. Le Kazakh a repris les derniers rescapés de l’échappée, le Colombien Ivan Parra d’abord, Jorg Jaksche ensuite, pour basculer au sommet avec 15 secondes d’avance sur le groupe mené par Armstrong.

Dans la descente, Beloki a accéléré le rythme jusqu’à sa chute dramatique qu’il a tenté d’éviter en redressant en vain son vélo. D’après les images de la télévision, il a bloqué sa roue arrière en freinant et a déjanté. Il est tombé lourdement sur le côté droit en heurtant violemment le sol.

Un réflexe de survie «J’ai eu peur comme jamais», a ajouté le quadruple vainqueur du Tour en expliquant sa réaction. «Il fallait garder la tête froide dans un moment pareil. C’était un réflexe de survie».

Agé de 29 ans, Vinokourov a franchi cette année un cap. Il a gagné notamment Paris-Nice et l’Amstel Gold Race (sa première victoire dans une classique depuis ses débuts en septembre 1997) avant de remporter en juin le Tour de Suisse, l’une des courses de préparation les plus significatives avant le Tour de France.

A la sortie des Alpes, le Tour rejoint mardi la mer Méditerranée mardi, dans sa dixième étape qui traverse la Provence dans le sens nord-sud entre Gap et Marseille (219,5 km).

Deux petites côtes de quatrième catégorie figurent sur l’itinéraire, à Villedieu (Km 99,5) tout près des champs de lavande du plateau de Valensole et après Peynier (Km 170).

La course rejoint le bord de mer dans Marseille à 17 kilomètres de l’arrivée. Elle longe le Vieux Port puis la Corniche avant la ligne droite finale, longue de 2 kilomètres, jusqu’à l’arrivée installée à hauteur du Stade Vélodrome.

Ville-étape dès la première édition de 1903, la deuxième ville de France (800.000 habitants) a accueilli le Tour seulement trois fois depuis 1971. Cette année-là, l’attaque d’Eddy Merckx, deux jours après sa défaite d’Orcières-Merlette, avait provoqué une grande avance de la course sur l’horaire le plus optimiste, à la stupéfaction des Marseillais et de leurs édiles.

Départ officiel à 9h35 GMT, départ réel à 9h46, arrivée prévue vers 15h00 GMT (moyenne calculée à 42 km/h).