Entretien

Coincés dans un cul-de-sac, les bureaux de Wouter Vandenhaute et de "Woestijnvis" ne tapent pas forcément dans l’œil, ne crachent ni l’argent ni le côté "m’as-tu vu" que certains semblent naïvement prêter au nouveau patron du Tour des Flandres. Discret, presque effacé, Wouter Vandenhaute a complètement quitté l’habit de présentateur télé que l’homme avait un temps revêtu du côté de la VRT. "Mais ça n’a jamais été mon meilleur rôle. Je me retrouve bien mieux dans ce que je fais aujourd’hui." Grand patron de la maison de production Woestijnvis, nouveau propriétaire du Tour des Flandres, l’œil toujours ouvert sur le football et ses éternelles affaires, Vandenhaute est aujourd’hui devenu l’un des hommes les plus puissants de Flandre sans que le monde francophone ne paraisse ni le savoir ni s’en affecter. "Je ne sais pas très bien ce que c’est qu’avoir du pouvoir. Le pouvoir pour le pouvoir ne m’intéresse pas. Je l’ai toujours considéré comme un moyen pour réaliser certaines choses. Un moyen et pas comme une fin en soi."

Grand amateur de cyclisme depuis ses tendres années, Wouter Vandenhaute se retrouve à la veille du Tour des Flandres dans la tunique du patron mais aussi de l’expert, du confident et du passionné. "C’est vrai qu’étant moi-même cycliste, je parviens à rester proche des coureurs. Je pense que la même chose doit aussi se passer dans les clubs de football. J’ai du mal à croire qu’un président de club puisse se passer du lien direct avec ses joueurs sans totalement perdre pied. Alors, c’est vrai qu’il m’est parfois arrivé de me lancer dans quelques sorties à vélo avec des coureurs patentés comme Philippe Gilbert. Mais ne vous faites pas d’illusion. A la moindre accélération, je me retrouve lâché." (Sourire).

Reste que la proximité tissée entre Wouter Vandenhaute et les coureurs du peloton ne souffre d’aucune illusion. "L’autre jour, je suis encore monté dans le car de Cavendish et d’Eisel. C’est important de pouvoir prendre le pouls, voire de simplement se saluer."

A J- 1 d’un Tour de Flandres bousculé par un parcours modifié, l’occasion était trop belle de rencontrer l’un des hommes forts du sport belge.

Etes-vous un tant soit peu envahi par le stress à la veille du Tour des Flandres ?

Pas tellement. De notre côté, on a effectué notre part de boulot et j’ai envie d’ajouter que dimanche, ce sera aux coureurs d’achever la besogne. Cela fait six mois que nous travaillons d’arrache-pied sur cette course. Je pense que la nervosité s’installera à nouveau demain au départ de la course. Avec le changement de parcours, nous avons tout de même endossé une lourde responsabilité. Car, oublions un instant le "Ronde" de l’an passé pour revenir à l’édition 2010 et le bras de fer entre Boonen et Cancellara. Sincèrement, le spectacle avait atteint son sommet. Il n’était pas facile après cela de chambouler le tracé.

D’où cette question immédiate : pourquoi avoir retouché le parcours en sachant que vous risquiez de faire hurler la meute des amateurs ?

L’idée de base consistait simplement à offrir plus de spectacle à tous les spectateurs. Lorsqu’une course se contente de passer d’un point A à un point B, vous voyez les coureurs passer durant trente secondes et l’affaire est terminée. Ceci étant dit, la décision n’a pas été prise sur le coin d’une table par un soir d’été. Tout cela a été réfléchi, étudié. On s’est entouré de professionnels du sport, de spécialistes en marketing sportifs et d’anciens coureurs avant de trancher. Et croyez-moi, même après toute cette épopée, je ne suis pas sûr d’avoir eu raison de modifier le tracé. Le Tour des Flandres ne m’appartient pas et l’histoire tranchera. Je demande simplement qu’on donne une chance à ce nouveau parcours d’exister. Dans cinq ans, il sera temps de le juger.

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