Raymond rejoint Guy

Belga

Raymond Goethals et Guy Thys étaient amis. Les deux entraîneurs de légende du football belge sont à nouveau réunis depuis ce lundi.

Thys, décédé le 1er août de l'année dernière, était considéré par Goethals comme son meilleur collègue en Belgique, au point de le recommander chaudement à l'Union Belge, lorsqu'il l'a quittée pour rejoindre Anderlecht, à l'appel de Constant Vanden Stock, en 1976. Un conseil que cette dernière n'a sûrement jamais regretté d'avoir suivi, même si elle n'a guère tenu compte de tous les services rendus lors de sa condamnation dans l'affaire Standard-Waterschei.

Raymond Goethals n'a pourtant guère dû apprécier d'entendre et de lire un peu partout que «l'homme à la patte de lapin » avait redonné vie à une équipe nationale moribonde, qui venait de se faire étriller 5-0 à Rotterdam en match-aller des 1/4 de finales de l'Euro'76. C'était pourtant vrai mais avant cela, il avait été le tout premier à débarrasser les Diables Rouges du surnom un peu moqueur de «champions du monde des matches amicaux ».

Cela commença par une victoire - obligatoire à l'époque - dans le Groupe 6 des qualifications pour le Mondial'70, remporté, excusez du peu, devant la Yougoslavie, vice-championne d'Europe, l'Espagne, et la Finlande. La suite au Mexique fut décevante, même si l'élimination résulta d'une erreur (?) d'arbitrage. Le footballeur belge de l'époque n'était pas prêt pour ce genre d'expédition et elle tourna mal. Les anderlechtois furent montrés du doigt, mais des révélations ultérieures ont largement élargi le champ des responsabilités.

Nullement abattu, Raymond Goethals prépara alors un de ses principaux chefs d'oeuvre: l'Euro'72 en Belgique. Emmenée par un duo d'exception, Van Moer-Van Himst, son équipe balaia d'abord l'Ecosse (3-0), le Portugal (3-0) et le Danemark (2-0), pour atteindre les 1/4 de finales, où l'Italie, tenante du titre, bousculée au Parc Astrid (2-1), se vengea sur l'auteur du premier goal, Wilfried Van Moer, en lui cassant la jambe, et fut ensuite impuissante (0-0, merci Christian Piot) au retour à San Siro.

En demi-finale, la Belgique eut la malchance de tomber sur l'Allemagne de Franz Beckenbauer (son éphémère prédécesseur au poste d'entraîneur de Marseille près de vingt and plus tard), future championne du monde, qui en vit pourtant de toutes les couleurs à Deurne lorsque Polleunis ramena le score à 1-2, un soir où Piot avait été moins autoritaire que d'habitude, face à ce diable de Gerd Müller.

L'URSS fut nettement moins à la hauteur, 0-3, en finale, tandis que la Belgique terminait 3-ème en battant la Hongrie 2-1 à Sclessin. Un résultat qui n'est pas loin de valoir celui de l'Europeo'80, où la défaite sur le même score contre l'Allemagne, fut cette fois enregistrée en finale.

Le goal de Jan Verheyen - Après son triomphe au Heysel, où Gerd Müller avait marqué deux fois, l'Allemagne poursuivit sur sa lancée au Mondial'74, où elle causa la surprise en battant la formidable légion orange de Johan Cruyff en finale. Et pourtant aussi incroyable que cela puisse paraître, l'équipe batave n'aurait jamais dû poser le pied dans ce Weltmeisterschaft.

A cause de Raymond Goethals bien sûr, à nouveau peu verni au tirage au sort des groupes qualificatifs, mais diabolique au Bosuil, où il faillit faire tomber cette équipe qu'il considérait comme la meilleure de la planète, avec... Ajax. Seuls le piquet, sur un tir de Jean Thissen, et l'arbitre Anglais Keith Walker, qui laissa Johan Neeskens matraquer Paul Van Himst pendant 90 minutes, déjouèrent ses plans. Mais il ne renonça pas pour autant, même s'il avait prévenu qu'un nouveau nul - qui qualifierait pourtant les Pays-Bas - serait un bon résultat au retour à Amsterdam, sans voiture en pleine crise pétrolière. Le miracle faillit pourtant avoir lieu. La Belgique et Christian Piot résistèrent pendant 89 minutes, avant d'hériter d'un coup-franc, admirablement brossé par Paul Van Himst, vers le petit rectangle où surgit Jan Verheyen, dont la titularisation alors qu'il jouait en D3 à l'Union Saint-Gilloise, avait suscité bien des polémiques. Goal! Mais l'arbitre russe Pavel Kazakov, sur avis de son juge de ligne, annula le but qui était valable, ainsi que la télévision allemande le démontra le soir même.

Raymond Goethals était passé à un cheveu de son plus grand exploit: remporter le Groupe 3 et priver le Mondial de son favori. La Belgique termina pourtant invaincue sans avoir concédé un seul but, pour douze marqués. Un cas probablement unique. Ce tacticien hors pair s'en consola peut-être vingt ans plus tard, en devenant le premier, et seul entraîneur belge, champion d'Europe des clubs, avec l'Olympique de Marseille le 26 mai 1993 au Stade Olympique de Munich, au grand dam de Silvio Berlusconi, dont l'AC Milan s'inclina 1-0.