Mondial 2014: le Brésil est-il prêt ?

A un an jour pour jour du Mondial 2014, l’état d'avancement des chantiers pose bien des questions. La Coupe des Confédérations, qui prendra son envol ce samedi, permettra déjà de mesurer la qualité des infrastructures.

Elodie Guignard, correspondante au Brésil
Mondial 2014: le Brésil est-il prêt ?
©Photo News

Six des douze stades-hôtes du Mondial vont être testés lors de la Coupe des Confédérations (15-30 juin). Malgré des retards dans les travaux, les six enceintes sont finalement prêtes. Le mythique stade Maracanã, à Rio, a été fermé, rénové en profondeur puis réinauguré le 2 juin. In extremis et à grands renforts de moyens humains : plusieurs milliers d’ouvriers ont été appelés au cours des travaux et se sont relayés de jour comme de nuit pour livrer l’enceinte à temps. Début juin, l’intérieur du stade était presque achevé mais il restait encore des travaux d’aménagement à entreprendre dans les alentours.

Entré dans l’histoire par une soirée de juillet 1950, lors de la finale du Mondial perdue par le Brésil face au voisin uruguayen (1-2), le Maracanã pouvait alors accueillir jusqu’à 200 000 spectateurs – dont la majorité debout. Le stade peut, après presque trois ans de travaux, accueillir 78 639 personnes, mais toutes assises. Il sera le théâtre de la finale du prochain Mondial.

Loin du Maracanã

Autre région, autres inquiétudes. Fin mai, de fortes pluies ont endommagé la toiture du stade de Salvador de Bahia (Nord-Est). Une partie du toit s’est rompue, sans faire de blessé. Mais l’incident n’a pas manqué d’entraîner une salve de questions sur la sécurité des structures qui accueilleront, d’ici à quelques jours, des rencontres de la Coupe des Confédérations.

Quant aux six autres enceintes, à livrer en vue du Mondial, des doutes planent encore. L’Itaquerão, à São Paulo, a été au centre d’une polémique, sur une supposée impossibilité d’être terminé pour le 31 décembre 2013, délai imparti par la Fifa pour achever les travaux des stades. Cette enceinte doit accueillir le match d’ouverture de la compétition le 12 juin 2014.

Comme de coutume, le secrétaire général français de la Fifa, Jérôme Valcke est venu en personne et à de nombreuses reprises inspecter les chantiers. Les nombreuses critiques et craintes formulées par la Fifa ont atteint un quasi-point de non-retour en mars 2012.

Le Français s’était alors attiré les foudres de tout un pays en déclarant que le Brésil devait se donner “un coup de pied aux fesses”. Une remarque perçue comme une réelle agression par les Brésiliens, qui avaient même déclaré Jérôme Valcke persona non grata comme interlocuteur pour l’organisation du Mondial. Tout était finalement rentré dans l’ordre après que le secrétaire général de la Fifa se soit excusé par écrit.

Changement de ton

Récemment, le Français n’a pas manqué de faire des éloges aux Brésiliens, en se déclarant “impressionné” par le Maracanã et par le stade de Brasília. C’est finalement au cœur de l’Amazonie, à Manaus, que se trouve sans doute la construction la plus complexe. Le chantier de l’Arena da Amazônia reste encore loin de toucher à son but. Un ouvrier y est mort fin mars et les contraintes naturelles rendent, de fait, les travaux plus ardus, les coupures de courant sont fréquentes dans la ville et les marées fluviales dictent le transport des matériaux pour la construction du stade.

Pour beaucoup, l’enceinte de Manaus est déjà “le” symbole du futur éléphant blanc. Le stade doit accueillir quatre rencontres du Mondial, et puis… plus grand-chose. Aucune équipe, aucun artiste local ne semble en mesure de remplir cette arène de 44 000 places.

Sous le feu des critiques, les autorités défendent leur volonté d’organiser une compétition dans douze villes, donc pour tous les Brésiliens. De l’Amazonie aux grandes métropoles du Sud et du Sud-Est, du Nordeste jusqu’à Brasília.

Autre point sensible, les coûts des stades se sont envolés par rapport aux prévisions initiales. D’abord estimée à 705,6 millions de réals, la rénovation du Maracanã se monte finalement à 1,12 milliard de réals (environ 430 millions d’euros). La palme du stade le plus coûteux pour le Mondial 2014 revient à Brasília, avec une ardoise d’1,5 milliard de réals. Soit le double de la somme prévue…

Sécurité

Quand l’armée passe…

C’est l’un des défis majeurs. La criminalité, très disparate selon les Etats, reste un fléau : on recense 20,4 homicides pour 100 000 habitants au Brésil, contre des taux souvent inférieurs à 5 homicides pour 100 000 habitants en Europe occidentale. La situation s’est fortement dégradée dans les grandes villes de l’Etat de Bahia et dans certains Etats du Nord et du Nordeste. A Rio de Janeiro, les autorités ont lancé fin 2008 une vaste opération de reconquête des favelas : la pacification.
Il s’agit pour la police de reprendre le contrôle de quartiers longtemps abandonnés aux narcotrafiquants. Les forces d’élite et l’armée investissent d’abord un de ces quartiers. Puis lorsque la situation est jugée stable, une Unité de police pacificatrice (UPP) – sorte de police de proximité –, prend le relais. Les trente-trois UPP existantes ont contribué à une baisse significative de la criminalité. En 2000, on recensait 56,6 homicides pour 100 000 habitants à Rio. Contre 24,3 pour 100 000 habitants dix ans plus tard. Le processus reste cependant complexe : le trafic de drogue perdure, les cas de corruption dans la police suscitent la méfiance des habitants. Et beaucoup critiquent la concentration des UPP dans les quartiers touristiques de la zone sud ou près des accès à l’aéroport international. Au cours des dernières semaines, plusieurs échanges de tirs nourris entre policiers et trafiquants dans plusieurs favelas “pacifiées” l’ont rappelé : les trafiquants n’ont ni perdu ni abandonné la partie…

Transports

Place à la nouveauté

Les habitants des grandes métropoles brésiliennes le savent bien : inutile de promettre que vous serez à l’heure à un rendez-vous, car si vous savez quand vous partez, il s’avère souvent difficile de prévoir quand vous arriverez. En bus, en taxi ou en voiture; le point noir reste les embouteillages monstres.
A Rio, parcourir trente kilomètres peut prendre deux heures ou plus. A São Paulo, pour garder le moral, il est souvent préférable de ne pas compter le temps passé dans les bouchons… Les métros, quand ils existent, ont une étendue souvent limitée et sont saturés aux heures de pointe. C’est le cas notamment à São Paulo. Les systèmes de bus sont, eux, souvent étendus et assez bon marché aux yeux des Occidentaux.

De nouveaux systèmes avec voies réservées aux bus ont vu le jour dans certaines villes. Mais à Brasília, la livraison a été repoussée à une date post-Mondial. Et à Cuiabá (Centre-Ouest), le sujet est au cœur d’une bataille politique locale. Les touristes devront donc apprendre à prendre leur mal en patience… Pour limiter les “dégâts”, les municipalités brésiliennes ont imaginé une parade : décréter des jours fériés lors des événements ou les jours de matches. A Rio, l’idée a déjà été mise en pratique lors du Sommet de l’Onu sur le développement durable (Rio + 20), en juin 2012. Il en ira de même lors des Journées mondiales de la jeunesse et cela devrait se répéter dans les villes-hôtes du Mondial les jours de matches. Quant aux aéroports, ils sont dans l’ensemble vieillissants et saturés.

Hébergements

La fin des motels ?

Rio de Janeiro et Recife sont les villes où le manque de lits se fait le plus criant, selon l’Association brésilienne de l’industrie hôtelière (ABIH). Rio devrait gagner environ 15 000 nouveaux lits d’ici aux Jeux olympiques de 2016.
Comme tous ne seront pas prêts d’ici aux JMJ ou au Mondial, les initiatives de logement chez l’habitant sont encouragées. Et certains motels, véritable institution dans tout le pays et qui sont habituellement réservés aux ébats amoureux, ont trouvé là l’occasion de subir un lifting. Des chambres se voient ainsi redécorées de manière plus classique, afin d’attirer les touristes.
A Rio, où les prix des nuitées s’envolent toujours à l’époque du Nouvel an ou du Carnaval, un observatoire va être créé pour veiller à la cohérence des tarifs. Et le gouvernement fédéral a annoncé qu’il surveillerait de près les prix des hôtels dans chacune des douze villes-hôtes du Mondial. Au Brésil, les tracas du quotidien sont devenus un véritable phénomène sur le web : l’expression “Imagina na Copa”, c’est-à-dire “Imaginez pendant le Mondial”, s’est très rapidement répandue sur les réseaux sociaux. Et rappelons-nous que moult malheurs avaient été prédits à l’Afrique du Sud avant d’organiser la grand-messe du foot mondial en 2010. La contrée de Nelson Mandela avait finalement accueilli, sans réel encombre, le premier Mondial en terre africaine.