L’UEFA refuse que l’arc-en-ciel illumine le stade de Munich lors du match Allemagne-Hongrie ; la protestation se délocalise

La levée de boucliers contre la loi hongroise sur l'homosexualité gagne l'Euro de football.

Les anneaux de l’Allianz Arena de Munich, où se disputera ce mercredi soir la rencontre du groupe F de l’Euro 2020 (disputé en 2021) entre l’Allemagne et la Hongrie ne brilleront pas des couleurs de l’arc-en-ciel. La municipalité de Munich avait demandé à l’Union européenne d’associations de football (UEFA), organisatrice de la compétition, l’autorisation d’éclairer le stade aux couleurs du drapeau symbole de la fierté des communautés LGBTQI, en protestation contre la loi stigmatisante adoptée la semaine dernière par le Parlement hongrois. S’abritant derrière sa neutralité politique et religieuse, l’UEFA a opposé une fin de non-recevoir à cette requête, étant donné "le contexte politique" dans lequel elle s’inscrit, comme elle l’a précisé par communiqué. La confédération dit cependant "comprendre que l’intention est également d’envoyer un message pour promouvoir la diversité et l’inclusion". Aussi propose-t-elle que le stade se pare des couleurs de l’arc-en-ciel à d’autres dates que celle du match Allemagne-Hongrie. Elle a proposé "le 28 juin - le Christopher Street Liberation Day [la Pride locale] - soit entre le 3 et le 9 juillet, qui correspond à la semaine du Christopher Street Day à Munich". Est soigneusement évitée la date du 2 juillet, à laquelle l’Allianz Arena accueillera un quart de finale.

En revanche, l’UEFA a donné son accord pour que le capitaine et gardien de l’équipe nationale allemande, Manuel Neuer, porte à nouveau un brassard arc-en-ciel quand la Mannschaft affrontera les Hongrois, comme il l’a fait lors de la rencontre contre le Portugal, estimant que cela représente "un symbole collectif en faveur de la diversité et donc d’une bonne cause". Oui. Mais non. Mais oui. Mais non.

Critiques et délocalisation des manifestations de soutien

L’UEFA n’a pas été épargnée par les critiques pour son refus. "L’UEFA n’a pas compris les signes de notre temps, et il est facile de voir de quel côté ils se placent, avec leur décision", a déploré de son côté le porte-parole de la Fédération allemande des LGBT Markus Ulrich, cité par l’AFP. Le secrétaire d’État français aux Affaires européennes Clément Beaune a également regretté le choix de l’UEFA, estimant que "cela aurait été un symbole très fort". La porte-parole de la Commission européenne Dana Spinnant a estimé que ç’aurait été "une bonne idée de manifester son soutien à la communauté LGBT dans l’Union européenne, y compris lors de manifestations sportives, culturelles ou d’un autre type". L’ancien attaquant de l’équipe d’Angleterre et présentateur télé Gary Lineker a appelé Munich à braver l’interdiction : "Fais-le quand même Munich, fais-le. Allume la lumière pour que le monde voie."

Le chef de la diplomatie hongroise Peter Szijjarto s’est pour sa part réjoui que l’UEFA ait fait preuve "de bon sens […] en ne participant pas à ce qui aurait été une provocation politique envers la Hongrie". Grand fan de football, le Premier ministre Viktor Orban ne doit cependant pas espérer que le sujet s’évapore du paysage médiatique. Amnesty International prévoit de distribuer 11 000 drapeaux arc-en-ciel aux spectateurs du match. La Ville de Munich a annoncé son intention de pavoiser certains de ses bâtiments aux mêmes couleurs. À Berlin, Francfort, Hanovre, Hambourg… de nombreux clubs allemands éclaireront leurs enceintes de la même manière, comme le fera le club de Gand en Belgique. L’Union belge de football a fait flotter le drapeau devant son siège. L’attaquant vedette de l’équipe de France et du FC Barcelone, Antoine Griezmann, l’un des meilleurs et plus célèbres joueurs du monde, a tweeté une photo aérienne de l’Allianz Arena arc-en-ciel.

En réponse, le stade du club de Ferencvaros, basé à Budapest, arborera les couleurs nationales rouge-blanc-vert durant le match. Mais pour la Hongrie, le match de la communication joué en Eurovision semble déjà perdu.