Affaire de la sextape: le procès s'est ouvert, en l'absence de Karim Benzema mais avec Valbuena qui explique s'être "senti en danger"

Karim Benzema est-il coupable d'une tentative de chantage à la sextape sur Mathieu Valbuena? Après des années de débats et de coups tordus, le tribunal correctionnel de Versailles se plonge à partir de mercredi dans "l'affaire" qui a secoué le football français.

AFP & BELGA

Attaquant star du Real Madrid, candidat déclaré au Ballon d'or dans la foulée de ses performances avec les Bleus qu'il a retrouvés au printemps, Benzema, 33 ans, comparait avec quatre coprévenus, accusés d'être les acteurs de cette tentative de chantage.

Il n'était pas présent au début de l'audience, à l'inverse du plaignant, son ancien coéquipier en sélection Mathieu Valbuena, a constaté un journaliste de l'AFP. À l'annonce des dates de son procès pour "complicité de tentative de chantage", ce dernier avait réagi en écrivant sur Instagram: "Voilà enfin vamonos (on y va), que la mascarade s'éteigne pour toujours".

Pendant l'instruction, les avocats de Benzema ont réclamé - en vain - une confrontation avec Mathieu Valbuena, pour que les deux hommes puissent s'expliquer dans cette affaire où tout est question d'interprétation. Benzema plaide le conseil amical à Valbuena tandis que ce dernier y voit de la pression délictuelle.

Lorsqu'il entre dans la chambre de Valbuena au centre d'entraînement de Clairefontaine (Yvelines) le 6 octobre 2015, Benzema prétend simplement aider son coéquipier à se débarrasser de ce problème de vidéo compromettante, un type de chantage qui semble assez répandu dans le milieu du football.

"Gros voyous"

Les détenteurs de la vidéo sont des "gros, gros voyous" prévient-il. Mais heureusement, Benzema peut lui présenter un ami, "quelqu'un de confiance", pour régler de problème.

Valbuena interprète au début les paroles de son coéquipier comme un simple "conseil amical", avant de se rendre compte que Benzema est lié aux instigateurs de cette tentative de chantage.

En effet, si le joueur du Real Madrid ne parle à aucun moment d'argent, son ami chaudement recommandé n'est autre que Karim Zenati, un intermédiaire contacté par les deux maîtres-chanteurs présumés, pour mettre la pression sur Valbuena.

Les deux hommes au début de cette affaire sont Axel Angot et Mustapha Zouaoui, des individus gravitant dans le milieu du football qui ont récupéré une vidéo intime de Valbuena.

Cherchant à en tirer profit, ils essaient d'entrer en contact avec le joueur.

Ils passent d'abord par un autre international, Djibril Cissé, un temps mis en examen avant de bénéficier d'un non-lieu, mais ce dernier refuse de les mettre en contact avec Valbuena et prévient son ancien coéquipier à Marseille de l'existence de cette vidéo.

Ils transitent ensuite par Younes Houass, qui contacte Valbuena sur son téléphone avant d'être mis en relation avec "Luka", un policier sous couverture qui agit comme intermédiaire du plaignant.

Mais les échanges n'avancent pas et plusieurs fois c'est même "Luka" qui relance Houass, ce qui, selon la défense, constitue une provocation à l'infraction.

Un argument qui sera finalement invalidé, après de longues péripéties judiciaires, par la Cour de cassation.

Angot, Zouaoui, Houass et Zenati seront jugés aux côtés de Benzema.

Depuis cette affaire, Valbuena n'a plus été appelé en équipe de France de football. Benzema, placé en garde à vue le 4 novembre 2015, en est lui resté éloigné plus de cinq ans avant de faire un retour surprise avant l'Euro en juin.

Depuis ce retour en grâce médiatico-sportif, il multiplie les bonnes performances avec les Bleus - avec lesquels il vient de remporter la Ligue des nations.

La Fédération française de football (FFF) est partie civile dans cette affaire, malgré le retour en équipe de France de son attaquant star, considéré par de nombreux spécialistes comme un prétendant au Ballon d'or cette saison.

Valbuena explique s'être "senti en danger"

Le footballeur français Mathieu Valbuena, appelé à la barre mercredi matin au tribunal correctionnel de Versailles, au premier jour du procès de "l'affaire de la sextape" dont il est la victime présumée, a expliqué s'être "senti en danger" lorsqu'il a appris en 2015 l'existence de cette vidéo intime. "J'ai eu peur pour ma carrière sportive, pour l'équipe de France. Je savais que si la vidéo sortait, ça allait être compliqué pour moi en équipe de France, comme on l'a vu par la suite", a déclaré Mathieu Valbuena.

Il a expliqué avoir été prévenu de l'existence de cette vidéo compromettante par son ancien coéquipier Djibril Cissé.

"Au début je n'y croyais pas à cette histoire, je pensais que c'était du bluff", a expliqué Valbuena.

Djibril Cissé, lui-même victime d'un chantage similaire lors de sa carrière, lui a ensuite fait une description de la vidéo, dont il avait reçu un extrait sur WhatsApp.

"Je me suis senti en danger, mon premier réflexe a été de porter plainte", a expliqué Valbuena, qui a précisé n'avoir jamais eu "l'idée de payer" .

Un temps mis en examen dans ce dossier, Djibril Cissé a finalement bénéficié d'un non-lieu.