Projet, mercato et ambition: Pierre Locht, le nouveau CEO du Standard évoque les chantiers rouches

Pierre Locht, le CEO du Standard, évoque les chantiers du Standard. Et détaille le projet.

Frédéric Bleus
Standard De Liege : Summer Training Camp 060622
©Photo News

Une heure avant le match amical contre Go Ahead Eagles, mercredi, Pierre Locht, le directeur général du Standard, s’est posé pour faire le point sur la situation du club liégeois. Au niveau sportif, et de la nouvelle structure voulue par les nouveaux propriétaires.

Le mercato:"Il faut avancer pour créer une nouvelle dynamique."

Les départs de Bastien et Muleka vont faire rentrer de l’argent. Combien seront réinvestis pour de futurs transferts ?

"Il n’y a pas de budget arrêté en termes de transferts. On sait vers quoi on veut aller et comment y aller. Il y a une idée globale de là où on veut arriver en fin de mercato, en termes de masse salariale, d’indemnités de transfert en in et out. Ce n’est pas lié à un pourcentage bien défini (des ventes qui seront réinvesties). Il faut aussi libérer de la place dans le noyau, parce que cela ne sert à rien d’avoir trop de joueurs. On regarde pour des in depuis un bon moment, cela avance sur certains dossiers."

Comment gérer les situations de Sissako et Cafaro ?

"Cela reste des joueurs du Standard, sous contrat. Forcément, on va regarder les possibilités qui vont s’offrir à eux pour trouver une solution. Après, c’est le choix que le coach a fait. Il est là pour faire ces choix. C’était prévu qu’il prenne le temps (d’analyser le noyau), mais à un moment il faut avancer pour créer une nouvelle dynamique."

Prendre la décision de s’en séparer au deuxième jour de stage n’est pas anodin. C’est un signal pour le groupe ?

"Oui, c’est un signal, mais je ne crois pas que c’était prémédité, ce n’est pas le style du coach. Il m’a expliqué, avant de prendre cette décision, qu’il était temps de la prendre."

Vous voulez diminuer la masse salariale. De combien ?

"On va la diminuer mais de combien, ce n’est pas l’endroit pour divulguer des chiffres. Elle était déjà en diminution depuis deux ans et il y a une diminution naturelle du fait que certains contrats sont arrivés à terme et que certains (joueurs) vont partir. On veut encore la réduire mais ce ne sera pas difficile à atteindre."

Où en êtes-vous dans les discussions de prolongation de contrat avec Raskin ?

"On est toujours en discussions avec lui et son agent. L’objectif est que ça aboutisse, mais il faut que les deux parties le veuillent. Je sais que le joueur aimerait voir comment les choses vont évoluer, la dynamique qui va être mise en place, la valeur de l’équipe. Il n’y a pas de pression pour que la discussion aboutisse dans les prochains jours, mais il va falloir qu’elle avance quand même. Pour le moment, cela se fait de manière sereine. Il y a beaucoup d’intérêt pour lui, mais on n’est pas dans l’optique de discuter d’un transfert. On est focalisés sur une prolongation à l’heure actuelle. On ne veut pas jouer sur deux tableaux : discuter d’un transfert et d’une prolongation en même temps, on est clairs avec tous ceux qui nous posent la question."

Vous ne souhaitez pas citer les postes que vous voulez renforcer, mais il est évident que celui d’arrière gauche est obligatoire…

"C’est vrai qu’aujourd’hui, comme latéral gauche de formation, il n’y a dans le noyau que Calut. C’est un poste ciblé pour un renfort, ce n’est pas un secret."

Combien de joueurs peuvent arriver ?

"On ne va pas faire des joueurs pour faire des joueurs. Il y a des pistes sur lesquelles on avance, et si les dossiers ne savent pas être concrétisés, on se dira que si c’est pour prendre un troisième choix, autant garder les joueurs qu’on a."

Mais il faut créer une nouvelle dynamique…

"On sait qu’il va falloir amener de nouvelles têtes dans le noyau, un certain turnover. Après, cela va dépendre des retours du coach."

En privilégiant, comme l’a dit Emond, des joueurs heureux d’être au Standard ?

"Cela va faire partie de la dynamique qu’on veut mettre en place : amener des gars qui sont contents d’être là et ont envie de réaliser quelque chose. Il y a sans doute trop de joueurs au Standard qui arrivent en fin de parcours. Il y a eu ces dernières années une volonté de stabiliser l’équipe, en se disant que le Standard a souvent manqué de stabilité. On a peut-être été dans l’extrême inverse. Pas mal de joueurs sont là depuis un certain temps et on a besoin d’une nouvelle dynamique."

Le projet:"On peut comparer le Standard à un joueur qui a eu une grave blessure."

Quel est le quotidien d’un CEO qui doit rendre des comptes à son supérieur ? Avez-vous une liberté d’action totale ?

"Tout CEO ou directeur général doit rendre des comptes à son actionnaire. Et chez nous, l’actionnariat est maintenant plus personnifié par le Football Group que par 777 Partners. Cela ne change pas beaucoup pour moi, au quotidien. Je suis responsable du projet Standard, qui est en lien direct avec le projet global du Football Group."

Les supporters accepteront-ils l’idée que le Standard n’est qu’une entité du groupe ?

"Il y a beaucoup d’exemples de ce genre, c’est une tendance générale qui se développe. Mais c’est normal que cela suscite des inquiétudes ou certaines craintes. Il faudra expliquer et que les supporters voient par l’absurde que beaucoup de ces craintes ne sont pas justifiées, ou ne se sont pas matérialisées. Un modèle comme Red Bull est celui vers lequel on peut aller. Dans ce modèle, il n’y a pas de hiérarchie, mais un projet de développer tous les clubs. Et on veut utiliser le groupe comme une force. Les responsables du Football Group auront l’occasion d’expliquer le projet dans les prochaines semaines."

Comprenez-vous les questions au sujet de l’inertie ?

"Je le comprends, et c’est important d’y répondre. On peut comparer le Standard à un joueur qui a eu une grave blessure. Pour revenir, il faut passer par certaines étapes inévitables. Il y a d’abord l’opération, qu’il faut faire vite pour régler l’urgence. On peut comparer ça au rachat. Il devait avoir lieu pour avoir la licence. Après, il y a la guérison, pour être remis sur pied. C’est notre travail depuis le mois d’avril, et la reprise du club. On l’a remis sur pied, financièrement, avec une nouvelle structure et de nouvelles personnes. On est en phase de finalisation, avec les arrivées du directeur sportif en août, et du CFO. On voit la structure. Après la guérison, on redémarre avec l’objectif, à terme, d’être performant. Mais on ne peut pas être performant de suite, au risque de rechuter."

Vous en appelez donc à la patience et à une saison de transition ?

"Je n’ai pas envie d’utiliser ce mot-là. Je veux juste expliquer le processus, et pourquoi on a la volonté de bien prendre le temps de faire les choses. C’était le cas pour la mise en place de la structure dirigeante, pour le staff, et ce sera pareil pour les joueurs. L’objectif est que les supporters voient une amélioration dans les prochaines semaines et mois. Je ne donne pas rendez-vous dans deux ans. Mais demander d’être au top, avec un projet abouti, dans 15 jours, ce n’est pas réaliste."

Où se situe l’ambition du Standard ?

"C’est trop tôt pour définir un objectif. On devra faire le constat, en septembre, de voir ce qu’on a réussi à faire par rapport à ce qu’on veut faire. Mais, évidemment, on veut faire mieux et apporter un plus, et voir des progrès par rapport à la saison passée."

Visez-vous plus le long et le moyen terme, plus que le court terme ?

"Le projet est le moyen-long terme, et on ne le sacrifiera pas pour le court terme, c’est sûr. Donc, à court terme, ce sera peut-être compliqué, mais ça ne veut pas dire qu’on n’a aucune ambition. On est ambitieux et on veut être le mieux possible à court terme."

Êtes-vous confiant pour la reprise du championnat, avec un calendrier corsé, et quand on sait comment ça peut se passer au Standard ?

"Oui. Il y a les premières décisions du coach, des transferts qui vont arriver dans les prochains jours. Je suis confiant par rapport à la compréhension des supporters. Ensuite, l’équipe sera là pour faire le job. Je n’ai pas peur du début de championnat."

Qui gère la politique sportive ?

"On fait cela en concertation avec Reginal (Goreux) et Johanes Spors (de la Genoa), ainsi que la cellule scouting."

Et Fergal Harkin ? Il ne travaille pas du tout pour le Standard ?

"Pour le moment, il ne travaille pas pour nous, il travaille pour Manchester City. Quand le choix a été fait de l’engager, on a eu des discussions vers quoi on veut aller. Mais pour le moment, il est uniquement concentré sur Manchester City."