interview

Dernier coach à succès des Diables, Robert Waseige n’est pas hostile à l’intronisation d’un entraîneur étranger.

"Si l’Union belge nous offre Hiddink, j’applaudirai des deux mains. Mais ils sont rares les coaches étrangers capables de réussir directement dans un petit pays aussi compliqué que le nôtre. Et puis, ne snobons pas le réservoir des Belges."

Est-ce le bon moment de remercier René Vandereycken ?

Les résultats laissant présager une non-qualification, son limogeage était devenu inéluctable. La sanction apparaît même mécanique. Nous allons louper une deuxième grande compétition de rang : nous ne pouvons tout de même pas préparer une équipe nationale pendant six ans. Son licenciement était même devenu prévisible dans la mesure où les médias, du nord comme du sud, grognaient.

Quelles qualités devra receler le nouveau coach ?

Il devra nouer un bon contact avec les joueurs, de quelque génération qu’ils émanent. Il devra être à la fois autoritaire et décontracté. Il devra également posséder une bonne connaissance du football international. Et, pour coller à notre époque, il devra savoir communiquer : avec les joueurs, avec les médias et avec les dirigeants des clubs.

Que devra-t-il faire d'abord ?

Il ne devra pas se croire obligé de donner un grand coup de balai. Il devra définir, le plus rapidement possible mais sans précipitation, un effectif large. Et dans cet effectif, il devra isoler une sorte de noyau dur. Il devra également rester lui-même, tout en adaptant peut-être son comportement professionnel. Il ne devra pas se sentir en manque s’il n’a plus l’occasion de brouter son périmètre gazonné chaque jour de la semaine. C’est un travail différent de celui d’entraîneur de club.

Quelles erreurs ne devra-t-il pas commettre ?

Il ne devra pas se laisser piéger par la question communautaire.

Manque-t-il un leader chez les Diables ?

C’est mon sentiment. Le groupe recèle du talent, mais il se cherche un patron. Comme le furent Wilmots et Verheyen. Il n’existe pas de modèle unique pour ce rôle.

Quels sont vos favoris pour ce rôle de nouveau coach ?

Dans l’absolu, je choisis Eric Gerets. Dans un présent réaliste, je privilégie Marc Wilmots. Je m’explique. Je ne vois pas Gerets abandonner, déjà, la proie pour l’ombre. Il ne me paraît pas physiquement saturé au point de se sevrer de sa drogue au quotidien. Wilmots me paraît alors incarner un bon choix : il possède la connaissance et le feeling. Il manque d’expérience d’entraîneur de club ? Non : il en a vécu des difficiles. Et quand quelqu’un, que rien ne contraint à ce défi, obtient son diplôme dans une école aussi réputée que la Sportschule de Cologne, il révèle une belle force de caractère et une personnalité bien trempée. Il veut être le patron ? C’est rassurant. Michel D’Hooghe, que je considère comme le dernier grand président de l’Union Belge, n’avait-il pas exigé que je le fusse ?