Je suis encore sur le bateau mais je ne tiens plus le gouvernail" : Michel Verschueren déteste emprunter le costume d’Herman Van Holsbeeck mais ses 25 années à la tête du Sporting continuent de faire de lui l’homme le mieux placé pour parler du compte en banque du Sporting et de ses secrets financiers. "C’est un ensemble ! Ce n’est pas Constant Vanden Stock qui a fait du Sporting un club riche mais il l’a professionnalisé. Il m’a appris à tout calculer. Lorsqu’on a agrandi le stade en cinq étapes, j’ai dû chaque fois lui prouver qu’on avait les reins assez solides pour tenir le cap sur le plan financier."

Mister Michel, Anderlecht est riche mais reste obligé de vendre certains joueurs.

On ne peut pas dire cela comme ça. Tout dépend de nos parcours européens. Mais je ne vous cache pas que cela nous est arrivé. Lorsqu’on a vendu Tchite à Santander, on n’avait pas d’autre choix.

Qu’est-ce qui fait du Sporting le club le plus riche ? Uniquement les résultats ?

La stabilité ! On n’a jamais connu de long passage à vide. C’est pour cela que les sponsors ne nous ont jamais lâchés. Regardez notre partenariat avec BNP, cela fait plus de 30 ans ! Au début, il y avait un certain scepticisme, puis ils ont réalisé que cela leur rapportait de l’argent. A Bruges, Belfius arrête son sponsoring en fin d’année.

Le Sporting est riche mais aussi dépensier, d’après certains. Vous fixez une limite aux salaires des joueurs ?

Evidemment. Il y a toujours eu cette règle qui veut que la masse salariale ne puisse pas dépasser 50 pour cent du budget. Et je vous promets qu’elle reste d’actualité. J’ai vu le reportage de la VRT sur l’argent noir mais il ne faut pas oublier qu’Anderlecht et les trois autres grands clubs belges n’ont pas absolument aucune dette et sont en parfaite santé ! On doit remercier la Commission des licences qui a fait du beau boulot, vous savez.

Le Sporting a tout de même senti la crise passer. Notamment au niveau des “business seats”.

Je vous mentirais en disant que tout est aussi beau que par le passé. Avant, on signait parfois des contrats de six ans avec certaines entreprises. Maintenant, elles signent plutôt un bail à l’année. Mais on affiche toujours complet.

Vous n’avez pas le président le plus riche de la D1, mais les autres clubs ne vous ont jamais rattrapé. Pourquoi ?

Parce que les Duchâtelet et Verhaeghe font tous l’erreur de vouloir gérer leur club comme une entreprise. Il leur faut des années pour comprendre que cela ne marche pas comme cela. Mais en attendant, il y a des accidents. Ceci dit, je suis content que ces hommes soient là. Ils ont tiré le football belge d’un mauvais pas financier.

Reste le cas du nouveau riche que constitue aujourd’hui le Racing Genk. A-t-il les moyens de contester l’hégémonie financière du Sporting ?

Je dois applaudir des deux mains le travail de MM. Degraen et Houben, mais n’oublions pas que l’ancien président, Jos Vaessen, s’est lui aussi fourvoyé à certaines occasions. Le club s’est remarquablement redressé, mais j’attends de pouvoir les juger dans la durée.

Le Sporting est le plus riche. Il doit forcément être champion.

Ne dites pas ça ! D’abord, je ne fais jamais de pronostics. Ensuite, il y a ce bête système des playoffs qui ne nous assure de rien. Je n’ai pas peur de le dire : cela fait trois ans qu’on traîne ce boulet ! J’espère que cela va s’arrêter !