ENTRETIEN

Aimé Anthuenis, le football belge a-t-il vécu, malgré tout, une bonne soirée mercredi?

Difficile à dire. Les Diables ont rempli leur contrat mais les résultats de nos adversaires me laissent un sentiment mitigé. J'avais souhaité secrètement un partage de la Bosnie. Le nul de l'Espagne, en revanche, ne me déplaît finalement pas trop.

La situation des Diables s'est-elle bonifiée?

Elle ne s'est pas dégradée en tout cas. Elle épouse même mes prévisions. Après notre troisième match, j'avais assuré qu'on ne se qualifierait pas si on ne battait pas l'Espagne. J'avais pronostiqué aussi que, dans notre groupe, l'indécision planerait jusqu'au bout. Ce sera le cas... si nous gagnons le 8 octobre prochain.

Dans votre for intérieur, vous croyez encore vraiment à la qualification?

J'y crois... un peu plus. Je ne considère même plus une victoire par 3 buts à 0 comme une mission impossible. Mais il faudra alors que toutes les conjonctions favorables soient réunies: la forme du jour de chaque sélectionné devra être optimale; à défaut de Sonck, Emile Mpenza devra cracher le feu et l'équipe entière devra jouer en pleine confiance. Mais je suis soulagé: l'espoir, même ténu, est revenu et... on a sauvé l'intérêt populaire de Belgique - Espagne. C'est très important pour notre football.

Oublierez-vous un jour les deux points gaspillés contre la Lituanie à Charleroi?

Je crains que nous devions les regretter amèrement. Eux mais aussi celui que nous avons abandonné à la Serbie en perdant contre elle à Bruxelles. Imaginez que nous ayons trois points de plus et la Serbie deux de moins. C'était tout à fait plausible: nos perspectives seraient tout autres aujourd'hui. Hélas, nous n'avons pas su résoudre un problème de gardien au début du tournoi puis une panne d'attaquants par la suite. Si on ajoute à cette petite liste d'avatars les cinq matches de suspension de Goor, la longue indisponibilité de Sonck, les présences, trop nombreuses, de mes titulaires sur les bancs de touche des formations étrangères qui les avaient enrôlés et les multiples impondérables qui ne m'ont permis d'aligner que... deux heures durant l'équipe type à laquelle j'avais pensé pouvoir me fier on pourra peut-être nous accorder quelques circonstances atténuantes... qui n'excusent pas tout.

Ne regrettez-vous pas d'avoir, une fois ou l'autre, manqué d'audace dans votre approche des matches?

Non. Je ne partage pas cette analyse. Entre vouloir et pouvoir, il y a davantage qu'une nuance. Nous avons souvent souhaité attaquer: nous avons moins fréquemment été en mesure de le faire.

Le coach d'une équipe battue est souvent un homme seul. Avez-vous ressenti cette solitude au cours de cette campagne?

Jamais. J'ai toujours accordé toute ma confiance aux joueurs et ceux-ci me l'ont toujours rendue, dans la mesure de leurs moyens et pas uniquement dans leurs propos de ces derniers jours. A aucun moment, je n'ai senti la moindre suspicion de leur part. Si cela avait été le cas, je me serais sûrement retiré. Mieux: j'ai même appris que certains Diables avaient commencé à plaider pour que... je rempile pour la prochaine campagne.

© Les Sports 2005