L’arbitre Jonathan Lardot estime que Peter Maes a été "maladroit" en insinuant une éventuelle corruption dimanche après midi.

Entre deux réunions lundi après midi, Jonathan Lardot a décroché: "Je suis heureux de votre coup de fil et pouvoir discuter de toute cette histoire", lâche-t-il directement. Vingt-quatre heures après être sorti sous les huées de la Luminus Arena de Genk, l’arbitre liégeois a digéré mais semble encore étonné par le geste de Peter Maes.

Après l’exclusion du défenseur genkois Colley, la seconde du Racing dans le sommet perdu contre Anderlecht, l’entraîneur a frotté son pouce et son index avec un sourire narquois.

Pour tout le stade, l’insinuation était claire : l’arbitre avait été acheté. "Je n’ai pas vu le geste de Peter Maes, mais je ne peux pas croire qu’il ait voulu dire ça", reprend Lardot. "Avec les années, on commence à se connaître et je ne peux pas imaginer qu’il puisse penser qu’on m’a donné une enveloppe pour aider Anderlecht."

Peter Maes a expliqué que son geste n’évoquait pas une éventuelle corruption mais un manque de sensibilité de l’arbitre. "J’espère que c’est ça, en effet. C’était en tout cas un geste maladroit. Il n’aurait pas dû le faire."

Dans le feu de l’action , Jonathan Lardot n’a pas été mis au courant du geste de Peter Maes. Il n’y a donc pas eu de rapport sur le comportement de l’entraîneur. Il n’y aura donc pas de sanction (voir ci-dessous). "Aurais-je rédigé un rapport si j’avais vu le geste ? Je ne sais pas. Non, je ne pense pas que je l’aurais fait."

L’arbitre comprend que les entraîneurs puissent s’énerver sur le bord de touche. "La pression est de plus en plus grande pour tout le monde, les joueurs, les entraîneurs et les arbitres. C’était une troisième défaite de suite pour Peter Maes et je peux comprendre qu’on puisse s’énerver plus rapidement."

Avant le début de la saison, les entraîneurs ont, comme à chaque fois, reçu des consignes de la part des arbitres, notamment sur l’attitude à avoir. "Ils ne comprennent pas qu’ils font encore pire en réagissant de la sorte. Un geste comme celui de Peter Maes excite encore plus le public et l’ambiance se tend complètement. Pour un arbitre, c’est donc encore plus difficile de siffler."


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"Peter Maes a eu raison quand il a dit que Jonathan Lardot avait manqué de feeling. Il aurait pu juger ces phases autrement et il aurait pu intervenir en voyant que la frustration des Genkois grandissait. Cela aurait évité certains contacts. Mais Jonathan va en tirer des leçons. Les entraîneurs peuvent quand même comprendre qu’un jeune joueur peut faire des erreurs ? Avec les arbitres, c’est pareil. Frank De Bleeckere s’était un jour bien trompé lors d’un Bruges-Anderlecht. Mais il avait beaucoup appris. Et depuis ce but annulé à Braga-Gand, je n’entends plus Vanhaezebrouck dire que les arbitres sont meilleurs en Europe qu’en Belgique…"


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"Je tiens d’abord à dire que je n’ai pas vu le match. J’ai juste eu vent du geste de Peter Maes. Je ne veux pas cautionner ça, mais je veux juste dire qu’on ne pourra jamais empêcher un entraîneur de s’énerver. La pression est là et certains ont des caractères bouillants. Certains débordements peuvent donc arriver, mais il ne faut pas commencer à les sanctionner trop durement. Les coaches ne sont pas des enfants; ce n’est pas en les punissant qu’ils changeront. Je peux témoigner : on s’énerve, mais on oublie tout rapidement. Dès le lundi, on pense au match suivant. N’en faisons donc pas des tonnes."


Peter Maes ne sera pas suspendu

Ce lundi, Peter Maes a certainement changé d’avis sur Jonathan Lardot. L’arbitre du choc Genk - Anderlecht n’a pas mentionné les gestes déplacés de l’entraîneur dans le rapport qu’il a rédigé au terme des nonante minutes et n’a donc pas permis au parquet de l’Union belge d’entamer la moindre démarche. "Si un entraîneur fait un mauvais geste qui perturbe le jeu ou l’arbitre, nous pouvons intervenir, si nous l’estimons nécessaire, uniquement si tout cela est mentionné dans le rapport. Dans le cas contraire, nous sommes impuissants", explique le procureur, Marc Rubens.

L’officialisation n’interviendra que ce mercredi, lorsque le rapport de l’arbitre arrivera sur le bureau du Parquet. Peter Maes ne pourra également être poursuivi pour ses déclarations d’après-match. "En Belgique, il existe la liberté d’expression. À l’heure actuelle, le règlement n’est pas très clair. J’ai déjà demandé qu’on m’amène un texte précis sur ce point, mais il n’est pas encore arrivé", sourit Marc Rubens.

Peter Maes s’en tire donc très bien. Et pourra recommencer… tant qu’il reste discret vu que les règlements le permettent.