CORRESPONDANT AU BRÉSIL

Ronaldo? Ronaldinho? Robinho? Connais pas!». Rozênio Mesquita n'a jamais entendu parler des superstars de l'équipe nationale et sa déclaration est tellement surprenante pour les Brésiliens que le journal «O Globo» (400 000 exemplaires) a consacré une pleine page à cet agriculteur et ses voisins qui ignoraient tout de la Coupe du monde! Ceci explique cela: ces «sans-foot» vivent en bordure d'une forêt dans un lieu-dit privé d'électricité.

En dehors des cas extrêmes comme celui-là, les populations isolées de la planète foot sont rarissimes au Brésil où, tous les quatre ans, le pays est atteint par la fièvre de la Coupe du monde. Comment éviter l'événement alors que tous les matchs, sans exception, sont retransmis en direct sur les innombrables postes de télés que l'on trouve dans les restaurants, les kiosques à journaux, les ascenseurs des immeubles modernes, les salles d'attente ou les bus interurbains?

Le quadrillage de la société brésilienne par les petits écrans est d'une redoutable efficacité. Conséquence, de l'Amazonie aux pampas du sud, le foot domine les conversations et dicte le rythme du pays. En particulier les jours de match du Brésil. Quelques minutes avant le coup d'envoi, les rues et les magasins se vident alors, les bus, les voitures et les taxis s'arrêtent de circuler, les entreprises et les écoles ferment leurs portes. Même la cour suprême suspend ses travaux.

Dans de nombreuses villes, les jours de match sont fériés. Un étrange silence se répand sur les cités, seulement entrecoupé de grands cris et des explosions de pétards lors de chaque but de la Seleção. Avec ses rues repeintes aux couleurs nationales, ces millions de torcedores qui arborent la chemise canari (98 pc d'entre elles sont des copies pirates), le Brésil se prend ainsi tous les quatre ans pour le «pays du foot», oubliant au passage la frustration de voir tous ses meilleurs joueurs évoluer à l'étranger et le championnat local prendre des allures d'une seconde division du football international.

Mais, pour l'heure, les critiques (aux dirigeants ou aux joueurs) sont mal venues et la Coupe du monde s'impose comme le moment de rêver et... de vendre du rêve. Et les publicitaires ne se privent pas d'associer la bouille sympathique d'un joueur avec les couleurs nationales et l'entrain de la torcida. Le matraquage des spots télés augmente à chaque Coupe du monde. Cette fois, c'est la banque espagnole Santander qui décroche la palme de la plus grosse campagne en misant pas moins de 80 millions d'euros sur les stars du ballon rond pour augmenter sa clientèle.

Ronaldinho et consorts se prêtent ainsi (très cher!) au jeu de vendre des portables, de l'essence, des boissons gazeuses, des assurances... Le Brésil est ainsi aussi devenu, le temps de la Coupe du monde, le pays de la pub des footballeurs.

© Les Sports 2006