Le "FC Côte d'Ivoire" a bel et bien vécu à Beveren, mais l'héritage de Jean-Marc Guillou n'a pas été dilapidé immédiatement après le départ du directeur général français. Douze joueurs issus de l'Académie des Mimosas, à Abidjan, émargent toujours au noyau waeslandien. De quoi composer une équipe mais Beveren n'imagine plus, aujourd'hui, que son nouvel entraîneur Walter Meeuws puisse disposer onze Ivoiriens sur le terrain au coup d'envoi d'un match de championnat. Comme ce fut le cas à plusieurs reprises depuis cinq ans.

"L'idée était que cette collaboration avec Guillou rapporte une aide financière au club, lequel servait de vitrine aux meilleurs joueurs de l'Académie", explique Eddy De Bolle, l'entraîneur-adjoint de Beveren, très proche des Africains. "Mais leur présence a surtout permis à l'équipe d'élever son niveau technique, au point de se bâtir une belle réputation. L'expérience était sans précédent et le jeu, léché mais pas toujours efficace, proposé par Beveren n'avait pas d'égal en Belgique. C'était comme si on avait importé un petit bout de l'Afrique chez nous. Ce qui était, par la force des choses, assez mal vu par les joueurs belges : ceux-ci n'avaient tout simplement pas les qualités techniques requises pour participer à l'élaboration d'un football aussi raffiné."

Il a cependant fallu des mois avant que les jeunes Ivoiriens arrivés en éclaireurs ne trouvent leurs marques. Brutal, le changement d'environnement a nécessité une longue adaptation à cette nouvelle vie. "La plupart d'entre eux avaient été recrutés dans les faubourgs d'Abidjan où ils vivaient parfois dans des conditions très précaires, poursuit Eddy de Bolle. Mais, à l'Académie, c'était différent, on sentait qu'ils étaient bien soignés. Quand ils sont arrivés ici, il a néanmoins vite fallu amener de la discipline dans leurs rangs, ne fût-ce qu'au niveau horaire. Et, surtout, freiner un peu leurs dépenses car ils découvraient le luxe à l'européenne. Certains achetaient presque un GSM par jour. Sans parler des accidents de la route, qui, pour eux, n'avaient jamais aucune gravité, en dépit des dégâts matériels. Mais, compte tenu de leur vécu, il fallait aussi comprendre certaines réactions..."

Sceptiques au début, les supporters ont, eux aussi, fait preuve d'indulgence envers les mauvais résultats des débuts mais leur patience a été récompensée. "Voir à l'oeuvre des garçons comme Zezeto, Yapi Yapo, Arsène Né ou Eboué, c'est un régal. En général, les spectateurs ne regrettaient pas leur soirée. Et Beveren a quand même atteint la finale de la Coupe de Belgique et évolué sur la scène européenne durant cette période. Au plan sportif, ce fut une belle réussite, en définitive, et cela a fait beaucoup de bien au club. Quant aux joueurs les plus doués, ils se sont mis en valeur aux yeux des plus grands clubs européens et ils poursuivent leur aventure à un niveau supérieur. Tout le monde a été gagnant."

Si les "années ivoiriennes", marquées par le défilé d'une trentaine d'académiciens, ne sont donc pas tout à fait révolues, Beveren souhaite, en tout cas, minimiser l'apport de joueurs qui coûtent plus cher à l'entretien (logement, voiture, salaire...) que leurs équipiers belges. Une volonté accentuée encore par les rapports tendus entre le président Van Hoof et Jean-Marc Guillou, avec en toile de fond les liens troubles unissant Arsenal, Beveren et le Français. "Le club souhaite renouer avec son ancienne identité et il compte à nouveau sur les joueurs belges et les valeurs qu'on leur connaît, note Eddy de Bolle. Quand ils ne partent pas très tôt vers l'étranger, les jeunes joueurs belges sont toutefois plus difficiles à sortir qu'avant." Sans doute, mais en exploitant un système mal régulé, Beveren n'a-t-il pas contribué à ce phénomène ?