Entretien

Mbark Boussoufa vit une semaine pour le moins chargée. Très sollicité après avoir remporté son second Soulier d’Or, il doit aussi préparer le match très attendu face au Standard. Le maître à jouer du Sporting a toutefois trouvé du temps pour accorder à la "DH" un long entretien, dont le but était de découvrir l’homme qui se cache derrière le footballeur. Portrait d’un garçon qui sait ce qu’il veut et dont l’avis ne manque pas de pertinence

Mbark, tout d’abord félicitations. Tout le monde vous connaît en tant que joueur. Mais comment êtes-vous dans la vie de tous les jours, loin des terrains ?

Je suis quelqu’un de simple. Je ne me complique pas la vie, ni celle des autres. Je peux être très exigeant ou têtu quand je veux quelque chose. Mais le reste du temps, je pense être gentil. J’essaie aussi d’être généreux. Quand un proche me demande quelque chose, je ferai tout ce que je peux pour le satisfaire.

Dans un vestiaire, vous êtes connu pour mettre l’ambiance.

En dehors du football aussi, j’aime m’amuser. Dans ces cas-là, vous allez m’entendre ! Mais à d’autres moments, je peux être très calme. Très souvent, je réfléchis. Il arrive que quelqu’un m’appelle et que je ne lui réponde même pas, tant je suis loin dans mes pensées Ça a le don d’énerver ma mère !

Vous pensez à quoi ?

Au football, à ma vie. A ce que je veux. Je me demande si je n’aurais pas dû faire certaines choses autrement.

On dit que votre entourage joue un rôle primordial dans votre vie.

C’est vrai. Je vis avec l’un de mes cousins. Le reste de ma famille est toujours proche de moi, tout comme quelques amis que j’ai pour la plupart connus avant de faire carrière. En fait, je n’ai pas beaucoup de vrais amis.

Parce que c’est difficile d’en trouver quand on est célèbre ?

Pas spécialement. Mais je préfère simplement passer du temps avec mes frères ou mes cousins. Avec eux, je suis vraiment moi. Je peux leur dire n’importe quoi. Avec des amis, on peut se marrer, mais on ne peut pas parler de tout.

Quel genre d’éducation avez-vous reçu ?

Mon père me disait souvent que pour être une bonne personne, il fallait être honnête et droit. C’est ce que je m’efforce de faire tous les jours. Mais attention : parfois, je peux être très méchant si quelqu’un n’est pas correct avec moi.

Méchant comment ?

Plutôt verbalement, pas physiquement. J’ai du caractère. Si quelqu’un essaie de me faire un sale coup, je peux vous assurer que je ne vais pas me laisser faire !

Vos parents vivent-ils toujours dans l’appartement où vous avez grandi, dans un quartier difficile d’Amsterdam ?

Oui ! Je leur ai demandé plusieurs fois s’ils ne voulaient pas déménager. J’ai acheté deux maisons au Maroc et je voulais aussi leur offrir une maison dans ma ville natale. Pour moi, c’était un geste naturel. Mais ils ne veulent pas : ils me répondent qu’ils sont très bien là Je les comprends. Ce n’est pas si petit et ils sont près de tout. C’est leur vie.

Pourquoi avoir choisi votre cousin pour représenter vos intérêts ? C’est assez peu commun dans le milieu.

Il y a deux ans, j’ai dû négocier ma prolongation de contrat avec Anderlecht. Je connaissais le club et la direction : nous n’avions pas besoin d’agent. J’ai décidé de mettre mon cousin dans le coup. C’était naturel. Après, beaucoup de managers sont venus me voir en prétendant que des clubs me voulaient. Pour la plupart, ce n’était que du blabla . Certains sont sérieux, mais ils veulent que je signe un contrat avec eux. Pour le moment, je préfère ne pas me lier à un agent.

On a beaucoup parlé de votre famille, mais qu’en est-il de vos relations avec la gent féminine ?

Quand tu es jeune, tu fais la fête. Puis, quand tu es prêt, tu cherches quelqu’un de sérieux

Et vous êtes prêt pour une relation stable ?

J’y réfléchis et je regarde Je suis en tout cas très direct avec les filles. Je ne leur mens pas. Si je veux m’amuser avec quelqu’un, je lui dirai. Je ne vais pas la baratiner en lui promettant une longue relation. Je lui expliquerai que je voyage beaucoup, que je ne recherche pas quelque chose de sérieux. On peut s’amuser, mais il faut que les choses soient claires.

Les femmes que vous rencontrez sont-elles aussi honnêtes avec vous ?

Certaines le sont, d’autres pas du tout. Mais je repère très vite celles qui me courent après parce que je suis footballeur

Où avez-vous appris à parler si bien le français ?

D’abord ici, à Bruxelles. Mémé Tchite a été mon premier professeur. Daniel Renders, l’entraîneur adjoint, m’a souvent corrigé, même pendant l’entraînement. Mon cousin, qui vient de Paris, m’a aussi aidé. En équipe nationale, je fréquente beaucoup les joueurs venus de France. Des filles m’ont également bien fait progresser (rires) C’était très important pour moi d’apprendre le français. Pour la presse, par exemple, mais aussi pour parler avec les gens dans la rue.

Vous considérez-vous comme un exemple pour la communauté immigrée ?

Je ne suis pas le seul : Romelu illustre bien la nouvelle Belgique, multiculturelle. C’est important pour les jeunes d’origine étrangère de pouvoir s’identifier à quelqu’un. Beaucoup de gamins se disent sans doute : un jour, je veux aussi gagner le Soulier d’Or. Ils ont raison de rêver. Si notre réussite peut les faire avancer, nous aurons vraiment gagné quelque chose.