On déplorait, depuis trop longtemps, une érosion de notre football et une dégradation de nos résultats. L'association entre Jan Ceulemans et son premier adjoint René Verheyen n'a, manifestement, pas donné les résultats escomptés. Quand nous lui avons fait parapher son contrat, nous avons signifié au plus titré de nos anciens joueurs que son action allait être évaluée au terme de cette saison. Nous n'avons, hélas, pas pu patienter jusqu'à cette échéance. Le spectre d'une saison sans Coupe d'Europe s'est profilé devant nos yeux. Trancher dans le vif était devenu impérieux. Nous y songions, je l'avoue, depuis quelque temps déjà. Quelques pistes avaient même déjà été explorées. La compétition s'achèvera dans un mois. Notre statut d'«Européen» - même si nous allons basculer en Coupe Uefa - peut encore être confirmé. Il doit l'être. C'est la raison pour laquelle l'amitié et le respect, profond, que nous vouons à Jan Ceulemans se sont effacés devant la «raison d'Etat»...»

«Pas une bonne idée»

La voix de Michel D'Hooghe chevrote.

«J'ai vécu, ce lundi, un des jours les plus «noirs» de mes trente-quatre années comme dirigeant sportif, poursuit le président du Club. Mais j'avais déjà compris que le staff technique à «100 pc brugeois» que nous avions souhaité composer ne recueillerait pas le succès escompté. J'avais même senti que cette initiative ne constituait pas une bonne idée. J'assume la part de responsabilités qui m'incombe dans cet échec.»

Un échec? Sûrement. Le constat de carences est patent.

Trond Sollied a respecté, cinq saisons durant, la même ligne de conduite tactique. Celle-ci était certes immuable, intangible, mais les joueurs chargés de l'appliquer savaient très exactement comment la respecter dans n'importe quelle situation de jeu. Ce n'était manifestement pas le cas avec Jan Ceulemans. Ce dernier prônait, certes, le «beau football» mais pour quelle finalité? Le Club Brugeois 2005-2006 manque, entre autres lacunes, de profondeur, de percussion, de force de frappe. Ces ingrédients qui forgent les succès manquent depuis le début de la saison. Même si Jan Ceulemans a été confronté à une avalanche d'indisponibilités, on n'a jamais perçu une évolution - ou un vrai correctif - dans le style de jeu du Club dans ce championnat. Il n'est pas normal non plus que trop de joueurs évoluent largement en dessous de leurs possibilités.

Psychologiquement, le Club Brugeois n'est plus que l'ombre de lui-même. Il incarne un tigre de papier, incapable de «révolte morale». Combien de fois cette saison et particulièrement ces derniers temps n'a-t-il pas entamé une rencontre dans les dispositions les plus conquérantes possibles et ne s'est-il pas relâché dès que, presque systématiquement, il encaissait un but dans le premier quart d'heure? L'ambiance n'est pas mauvaise entre les joueurs, mais elle n'est plus auto-stimulante comme elle le fut naguère. L'effectif recèle peut-être trop de techniciens. Mais il déplore, surtout, un déficit de vrais leaders.

© Les Sports 2006