Football

«C'est encore loin d'être terminé»

PAR DAVID MARCELIS

Publié le - Mis à jour le

ENTRETIEN

Si un accord a finalement été obtenu lundi soir entre la Fifa, l'UEFA et la Commission européenne en matière de transferts, force est de constater que la plupart des mesures restent, pour l'instant, relativement floues. L'ensemble des décisions seront-elles applicables dans un futur proche et, plus important, sans que de nouvelles dissidences n'apparaissent? Nous avons interrogé Jean-Michel De Waele, directeur du groupe d'études pluridisciplinaire Sport et société (GEPSS), à l'ULB.

Comment expliquer la longueur et la difficulté des négociations?

Ces négociations ont vu les acteurs se multiplier tout au long du processus. Initialement, il s'agissait d'une discussion entre l'UEFA et la Commission européenne. Ensuite, la Fifa s'en est mêlée, de même que la FifPro (le syndicat des joueurs) et le G 14 (groupement des clubs les plus puissants). L'augmentation du nombre d'acteurs a certainement dû compliquer les choses, mais a peut-être également permis que l'on tienne compte des différents intérêts de chacun.

Qu'en est-il du contenu de l'accord lui-même?

Je suis assez sceptique quant à ce qui vient de sortir. Tout cela me semble très inachevé. Sans doute qu'une série de mesures qui ont été prises sont maintenant en conformité avec le droit européen il faut s'en féliciter, le sport n'ayant aucune raison d'échapper au droit commun mais d'autre part, il me semble aussi que tout cela est encore loin d'être terminé. Tout l'aspect de libéralisation des transferts semble désormais acquis, mais en ce qui concerne les aides, les dédommagements à la formation, l'idée d'un corps d'arbitrage indépendant, les indemnités en cas de rupture prématurée de contrat, tous ces aspects qui sont en quelque sorte les garde-fous à l'ultra-libéralisme, on va finalement laisser le monde du football en décider lui-même, et là on peut craindre le pire.

L'application de ces dispositions mènera-t-elle irrémédiablement à de nouveaux conflits?

Absolument. Pour l'instant, il n'y a encore aucun principe vraiment clair. Prenons le cas d'un conflit: on a décidé de mettre sur pied dans ces cas-là un tribunal d'arbitrage indépendant. De qui sera composé ce tribunal? Que signifie un «tribunal indépendant» ? Y aura-t-il un appel possible? On parle également de dédommagement pour les clubs formateurs. Comment ce dédommagement sera-t-il calculé? S'agira-t-il d'un pourcentage du transfert? Le club formateur sera-t-il dédommagé à plusieurs reprises en cas de transferts successifs? Autant de questions qui restent pour l'instant sans réponse. Selon toute bonne logique, il me paraît clair qu'à la moindre difficulté à laquelle sera confronté un joueur ou un club, l'intéressé ira évidemment devant sa législation nationale, qui va renvoyer le tout à la législation communautaire. Et on sera reparti pour un tour.

Les grands joueurs et les clubs les plus influents auront-ils donc d'autant plus leur mot à dire?

Exactement. Ces dispositions sont un pas de plus vers la dérégulation du football, vers son ultra-libéralisation. Aucune limite n'a été fixée concernant les transferts, tant au point de vue légal qu'organisationnel. Nous sommes allés encore un peu plus loin que l'arrêt Bosman: les grands clubs seront les grands gagnants de cette affaire, les petits clubs en seront les grands perdants. Et sans garantie financière, je ne vois d'ailleurs pas pourquoi les petits clubs continueraient à faire de la formation.

© La Libre Belgique 2001

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