Hugo Broos, l'entraîneur que vous êtes devenu a remporté deux titres avec Bruges et un avec Anderlecht. Sur le plan affectif, lequel préférez-vous?

«Je ne les hiérarchise pas. Les trois consécrations me ravissent de la même manière même si la première réaction, instinctive, de l'environnement ne m'est pas apparue identique dans les deux clubs. Cette différence est liée au tempérament dissemblable des Brugeois et des Anderlechtois: intérieurement, la joie est aussi intense au Sporting qu'elle pouvait l'être au Club.»

Le vingt-septième titre d'Anderlecht est-il un beau sacre?

«Bien sûr! Il est beau parce qu'il consacre un travail lucide et progressif, étalé sur deux saisons. Quand j'ai repris la direction sportive de l'équipe, au début de la campagne 2002-2003, j'étais passablement inquiet: la mentalité, au sein du groupe, laissait à désirer et le noyau m'est vite apparu déséquilibré. Nous avons corrigé ce dernier avec doigté, sans trancher dans le vif mais sans transiger non plus. Les événements ont démontré que nous avons agi avec lucidité.»

Le Sporting a livré deux moitiés de saison très différentes sur le plan de la qualité du jeu...

«C'est une évidence... qui s'explique aisément. Au premier tour, nous sommes vite apparus irrésistibles avec Aruna en figure de proue d'une formation cohérente et particulièrement déterminée. Nous avons produit du spectacle et accumulé points et victoires. A mi-parcours, nous comptions douze unités d'avance sur le Standard. A la reprise, le groupe n'a pas su conserver le même degré de motivation et donc de concentration. La forme de certains titulaires a nettement fléchi. La fraîcheur mentale qui m'avait tant plu s'était émoussée. A ces désagréments se sont ajoutées plusieurs blessures sérieuses d'éléments importants du groupe.»

Une des réussites d'Anderlecht cet- te saison est l'éclosion spectaculai- re de deux authentiques joyaux: Kompany d'abord, Vanden Borre ensuite...

«Oui. Un double avènement de cette importance est exceptionnel. N'attendez donc pas que le Sporting révèle chaque saison d'autres éléments de cette trempe. Savourons plutôt notre bonheur. En dix mois, Kompany s'est fait connaître dans l'Europe toute entière. En quelques semaines, Vanden Borre est devenu international. N'oublions pas Deschacht, dont la confirmation constitue une des belles satisfactions de notre campagne.»

Anderlecht peut-il progresser enco- re?

«Oui, mais il doit se renforcer. Il doit adapter son effort de recrutement à ses ambitions. L'effectif actuel est bon mais il ne l'est pas assez pour espérer passer le premier tour de la Ligue des Champions. Si cette performance européenne constitue notre objectif suprême la saison prochaine, le groupe devra être étoffé. A la trêve, j'avais effectué une évaluation en la matière, que j'estimais réaliste sur le plan financier. J'avais eu l'impression que la direction rechignait à me suivre. J'ai reçu, depuis lors, des signaux positifs qui ont sensiblement dissipé mon scepticisme: je crois à présent que non seulement le groupe n'explosera pas mais qu'il sera effectivement gonflé en qualité. L'avantage de cet apport est double: un groupe étoffé attisera une saine concurrence entre les joueurs et il me permettra de faire tourner davantage mes titulaires. Doll s'en va. Je ne m'opposerai pas au départ d'Hendrikx, s'il peut s'épanouir ailleurs. Kompany et Vanden Borre resteront. Baseggio et Aruna, qui ne sont actuellement pas demandés, aussi. Jestrovic? Je pense qu'il ne partira pas. Si un attaquant nous quittait, il devrait être remplacé. Pas forcément par Mbo Mpenza s'il se montre trop gourmand. J'espère aussi que Junior démontrera qu'il mérite de jouer à Anderlecht et qu'il viendra soulager Hasi, une des bonnes surprises de la saison. Besnik commence, en effet, à prendre de l'âge. Zetterberg conservera-t-il les nobles dispositions qui ont été les siennes cette saison? Je l'ignore. Mais tous ces paramètres seront pris en compte dans la constitution du nouvel effectif.»

© La Libre Belgique 2004