Une année de Coupe du monde, de rebondissements, de désillusions, de beaux vainqueurs, de surprises, cela valait bien un Top 10 des buts les plus marquants de l'année. Coup de projo sur ces goals qui ont fait l'année 2014, quelques heures après avoir dit au revoir à ce millésime mondialiste, mauve... et diabolique!

1. Mario GOTZE | Allemagne - Argentine (13.07)

Juillet 1990, quatre-vingt-cinquième minute. Le rugueux Andreas Brehme trompe le gardien argentin Sergio Goycochea d'un penalty imaginaire obtenu par ce vieux roublard de Rudi Völler. Gaucher, le défenseur allemand tire du droit et offre une Coupe du monde d'une portée symbolique pour une Allemagne tout juste soignée de sa balafre berlinoise. Un quart de siècle plus tard, les codes ont changé. C'est un gringalet droitier à la mèche savamment plaquée qui crucifie l'héritier d'El Goyco d'un tir croisé du gauche. Le résultat est pourtant le même: l'Allemagne est championne du monde et vérifie pour la quatrième fois de l'Histoire l'adage de Gary Lineker. La génération Löw est est enfin couronnée de succès après avoir collectionné les accessits derrière l'Italie et l'Espagne. Quelques heures après avoir foudroyé le tournoi lors de ce Mineirazo cataclysmique, la Mannshaft parfait son parcours brésilien grâce à cet enchaînement contrôle poitrine-reprise d'un Mario Götze cantonné au rôle de supersub durant le tournoi. Une action qui rendra le pays entier tout aussi heureux que le joueur lui-même quand il étreint sa belle Ann-Katrin Brommel dans ses bras.


2. Sergio RAMOS | Real - Atlético (24.05)

Au Real, il y a les courses folles de Gareth Bale, les coups de sang de Pepe, la science du jeu de Luka Modric, l'ensemble de l'oeuvre de Cristiano Ronaldo... et la tête de Ramos. Cerveau de la défense madrilène, l'Espagnol a bien placé sa caboche à sept reprises cette année. Et souvent aux meilleurs moments. A quelques minutes d'une nouvelle désillusion en Ligue des Champions, Ramos reprend un corner léché de Modric pour tromper un Thibaut Courtois pas assez élastique pour détourner le ballon hors cadre. Une cabeza qui remettra le Real sur les rails à la nonante-troisième minute et permettra au club merengue d'enfin tirer les grandes oreilles de sa chère Decima. Une soirée lisboète réussie qui ne laissera paradoxalement qu'un rôle mineur à un Ronaldo taillé dans le même or que le beau Ballon qui devrait lui revenir d'ici quelques jours. Ce dernier but sur péno n'est évidemment pas suffisant pour le jeter dans l'ombre après une année aussi folle... Mais lors de cette chaude soirée de mai, c'était bien Ramos qui était le chevalier blanc de l'Estadio de la Luz.


3. Kevin DE BRUYNE | Belgique - USA (02.07)

Un enfer. Avec un vrai Diable aux manettes, mais pas forcément celui qu'on croit. Voila ce qu'ont été les nonante-trois premières minutes du huitième de finale contre Etats-Unis, avec Tim Howard en tête de pont. Avec ses mains soudainement boostées aux OGM, le portier américain a marqué cette Coupe du Monde par ses réflexes et son rayonnement dans sa surface. Pas un mince exploit au milieu des prouesses de Keylor Navas, Tim Krul et autres Manuel Neuer. Mais à la nonante-troisième, la lumière tombe sur l'intérieur du pied de Kevin De Bruyne. Une passe tranchante de Kevin Mirallas, un gros travail côté droit de Romelu Lukaku et donc cette conclusion du divin roux de Wilmots, qui sauve onze millions de Belges de l’asphyxie. Lukaku, auteur de l'assist sur le premier but doublera la mise plus tard dans la prolongation. Et les deux hommes forts de ces cent-vingt minutes d'émotions pures se permettront même le luxe d'immortaliser la folie noir-jaune-rouge dans un cliché qui fait encore frissonner d'aise des mois après l'épopée brésilienne. Et non, ce n'est pas à cause du froid.   

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4. Thomas Meunier  |  FC Bruges - Anderlecht (04.05)

En mai 2014, le Standard est toujours premier, mais le trône rouche vacille déjà à cause d'un duo Club de Bruges - Anderlecht qui ne pense qu'à être calife à la place du calife. La septième journée des playoffs voit s'affronter les deux dauphins des Liégeois. Les deux équipes se reniflent mais aucune ne parvient à trouver la faille. On se dirige vers un nul blanc qui fait surtout les affaires du leader. Seuls soucis pour les Blauw en Zwart, Massimo Bruno et son retour en forme. Quelque peu délaissé à cause de l'éclosion de Najar à droite et de l'exil de Dennis Praet sur l'aile gauche, le Diablotin fait pourtant une entrée gagnante lors de ce Topper décisif. En toute fin de rencontre, le souriant Massimo déboule sur la droite en faisant parler sa vitesse et tente de joindre Frank Acheampong, lui aussi arrivé aux avants-postes grâce à ses jambes supersoniques. Pour une fois, le Ghanéen est pris de vitesse par... Thomas Meunier. Le latéral brugeois panique et se jette pied en avant pour dégager le ballon. Las, il l'expédie droit dans le but de Ryan. Plus rien n'empêchera plus le Sporting de filer vers son trente-troisième titre de champion de Belgique.

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5. Dwight GAYLE | Crystal Palace - Liverpool (05.05)

Dwight Gayle ? Formé à Arsenal, cet attaquant sans éclat, habitué aux divisions inférieures et au banc à Crystal Palace, se taille une petite notoriété en abattant un géant, en détruisant un rêve. Celui partagé par tout un club, nostalgique de sa période Graeme Souness-Kenny Dalglish. Celui de mettre fin à vingt-quatre ans sans ceindre la moindre couronne nationale. Celui qui est parti en fumée en dix minutes à peine lors d'un déplacement à Crystal Palace qui n'évoque que larmes et lamentations aux supporters des Reds. Et pour cause. C'est en ballottage favorable que Suarez et ses potes filent à Londres. Bien calé dans le ventre mou, les Eagles n'ont plus rien à gagner, ni à perdre dans ce championnat. Au contraire de Liverpool, qui a vu Chelsea faire son retard et Manchester City se hisser en tête du classement. Il ne faut pas une heure pour que la bande à Rodgers mène 0-3. Mais tels les Brésiliens en demi-finale du Mondial, les Reds vont connaître un terrible black-out et voir revenir leurs adversaires à égalité. Avec en point d'orgue ce but de Gayle, qui crucifie Mignolet. Et de faire rouler les larmes sur les joues d'un Pistolero sans titre.


6. Diego GODIN | Barcelone - Atlético Madrid (17.05)

Un corner de Gabi, un joueur qui surgit, une tête gagnante pour l' Atléti, et voila Diego Godin qui passe du statut de patron de la défense rojiblanca à celui de légende vivante du club. Ce coup de canon sous forme de coup de boule permet en effet aux Colchoneros de se taper l'incruste entre le Real et le Barça et de redevenir champion d'Espagne, dix-huit ans après son dernier sacre. Cette fois, Diego Simeone est sur le banc, Kiko a été remplacé par Diego Costa et Delfi Geli par Godin. Face au FC Barcelone, l'Uruguayen a parfaitement fait le boulot là où Diego Costa était en trop mauvais état pour rester sur la pelouse. Le buteur de service est HS ? Pas de souci pour l'armée du Cholo, dans laquelle il n'y a pas de généraux, mais de fidèles lieutenants prêts à se sacrifier pour leur club, leur équipe, leur général de coach. Une philosophie anti- tiki-takesque qui paye dans le berceau même du jeu avec ballon. Tant pis pour Simeone, qui n'a que faire de ces arabesques et préfère un jeu épuré fait de pressing et d'intransigeance. Bref, un jeu taillé pour Godin.


7. Robin VAN PERSIE | Pays-Bas - Espagne (13.06)

Le Néerlandais a sans doute marqué le but le plus aérien de l'année. Mais ce goal, ce n'est pas qu'une tête réalisée dans un équilibre parfait après une passe décisive et gourmande de Daley Blind. Non, ce pion est le début officiel de la fin de règne espagnol sur le football mondial. Le penalty inscrit par Xabi Alonso n'était qu'une illusion, comme cette faute commise sur Diego Costa. Il était écrit qu'après avoir porté le foot dans une nouvelle dimension, le vaisseau rouge connaîtrait une fin aussi cruelle que la façon dont avaient été exécutés les Italiens en finale de l'Euro 2012. Ce but mis en fin de première période préfigure l'agonie que va vivre la Roja lors des cent trente-cinq minutes suivantes, quand les Oranje poursuivent leur mise à mort, avant que le Chili ne lui porte l'estocade. Un scénario dont l'intro est donc ce heading RVP a défié les lois de la gravité, suspendu dans les airs comme dans le temps.

8. Demba BA | Chelsea - PSG (08.04)

Le passage de Demba Ba n'aura pas été qu'un flop retentissant. Le Sénégalais aura notamment permis à Chelsea d'y croire un tour de plus en Ligue des Champions. Battus 3-1 au Parc des Princes, les Blues doivent mettre le paquet pour éliminer un PSG avide d'élargir ses frontières et de mettre l'Europe à ses pieds. Cantonné au banc, Ba monte peu après l'heure de jeu à la place de Lampard. La volonté de Mourinho est claire: il faut faire reculer les Parisiens. La méthode du Mou fonctionne. La défense française commence à hésiter, à ouvrir les brèches. Paris est acculé. César Azpilicueta, qui affronte un PSG à mille lieues de celui qu'il a connu jadis en Ligue 1, tente sa chance. C'est contré, mais Torres dévie pour Demba Ba, qui se jette comme un bourrin dans le dos de Maxwell. Lui-même ne semble pas savoir avec quelle partie de son corps il va bien pouvoir pousser le ballon dans la cage de Sirigu. Ca sera finalement le pied gauche, dans un geste aussi inélégant qu'efficace. Un but à la Ba (non, pas David) qui fait vrombir Stamford Bridge. Demba exulte, qualifie Chelsea pour les demies et vit son quart d'heure de gloire. Son dernier.

9. James RODRIGUEZ | Colombie - Uruguay (28.06)

C'est l'histoire d'un but qui fait gagner trente-cinq millions d'euros de valeur marchande. Passé de Porto à Monaco pour quarante-cinq millions de biftons, le Colombien tape dans le lucarne de Muslera en même temps que dans l’œil du Real Madrid. Attiré par tout ce qui brille, Florentino Perez ne résiste évidemment pas à cet enchaînement contrôle poitrine - missile du gauche qui met le fier Uruguay à genoux. Sans Suarez et contre un Cafetero dopé au patriotisme, la Celeste ne peut rien faire, si ce n'est s'incliner contre la maîtrise colombienne. Malgré une élimination douloureuse en quarts des œuvres du Brésil, Rodriguez reste la hype absolue de ce Mondial, plus que le jeu au pied de Neuer, la taille patron de Mascherano, l'enthousiasme des Fennecs algériens ou Axelle la Diablesse. Quelques semaines plus tard, il quitte la Principauté pour le Real, qui parvient encore et toujours à satisfaire ses caprices marchand. Entre-temps, sa valeur est passée à quatre-vingt millions d'euros. Ca fait cher le but.


10. Aleksandar MITROVIC | Arsenal - Anderlecht (04.11)

Au moment de se rendre à l'Emirates Stadium, Anderlecht est groggy. Les Mauves sont encore sous le choc de leur nouvelle désillusion européenne d'octobre. Un match au cours duquel les Gunners ont renversé un Sporting par moment irrésistible, mais encore trop tendre pour "tuer" définitivement l'adversaire. Pour le match retour, pas de trace e l'équipe aperçue au Constant Vanden Stock. Au contraire, on découvre un club dépassé par les Anglais et qui se retrouve rapidement mené 3-0. Une triple claque méritée tant Anderlecht ne se montre pas à la hauteur de l'événement. Mais voilà, Anderlecht a pris du galon et s'est prouvé qu'il y avait quelque chose à faire dans ce groupe D. Surtout avec une classe biberon talentueuse et méritante. En trente minutes, c'est Arsenal qui se fait grignoter jusqu'à cette délivrance venue du front d'Aleksandar Mitrovic. "Trop gros", "trop cher", "trop fainéant", le Serbe se fait tout pardonner en reprenant un centre d'Andy Najar d'une tête plongeante imparable à la nonantième. Dans la foulée, le Sporting domine Galatasaray et ramène un point de Dortmund. Oubliées les moqueries, c'est cette fois le Gala qui se les mange.
 

Aurélie Herman