BRUGES Entre les deux nations qui l'ont toujours considéré comme l'un des leurs, le coeur du gentil Josip Weber, éternellement reconnaissant, balance vraiment: «Mes activités professionnelles m'obligent assez souvent à effectuer des bonds de mon pays natal à ma terre d'adoption, expliquait, dans le courant de la semaine dernière, l'ancien triple meilleur buteur du Cercle Bruges et du championnat belge. Ces déplacements s'assimilent toujours pour moi à un réel plaisir. Je les accueille en permanence comme une sorte de retour aux sources. Je n'ai pas opté, en son temps, pour la naturalisation belge par pur opportunisme: je me définis toujours aujour- d'hui comme un authentique Belgo- Croate. A Bruges, où nous possédons encore un point de chute, nous nous sentons vraiment chez nous, ma femme et moi. Je constate aussi avec ravissement et une pointe de fierté que les gens ne nous ont pas oubliés: les discrètes mais nombreuses petites marques de sympathie que les passants nous prodiguent, à Irena et à moi, quand nous déambulons dans les rues de la Venise du Nord, nous émeuvent toujours.»

Josip Weber façonne peut-être toujours son pain lui-même mais il a troqué avec bonheur le maillot et le short contre un complet veston: «Au terme de ma carrière sportive, aucun débouché ne s'est présenté pour moi dans le football. Je m'en étais... douté car je ne m'étais guère investi dans la recherche d'un poste. Comme, tout au long de ma carrière, je n'ai jamais priviligié la recherche du profit immédiat comme ont tendance à le faire les meilleurs joueurs d'aujourd'hui, je ne pouvais pas me permettre de vivre de mes rentes. Cela tombait bien car je m'imaginais mal rester inactif. Après tout, je n'ai que... trente-neuf ans. J'ai donc décidé d'étudier -les langues et tous les arcanes du business simultanément- pour mieux m'immerger dans le monde des affaires qui, je l'avoue, me fascinait.»

L'éphémère Diable Rouge a magistralement réussi sa reconversion professionnelle. Responsable pour l'Europe de l'Est de DL Chemicals, une société belge exportatrice de colle et de silicone, Josip Weber a séduit ses dirigeants par sa capacité de travail, son esprit d'entreprise, son entregent et ses initiatives, toujours judicieuses.

Mais l'ex-attaquant belgo-croate demeure un passionné de foot: «J'ignore si je pourrai assister au match, ce mercredi. Je ne reviendrai en Belgique que si mes deux enfants, Josipa et Marco, ont opéré, ce lundi, une bonne... rentrée scolaire, dans ma cité de Slavonski Brod. Si je peux me déplacer à Bruxelles, je suivrai la rencontre de manière absolument impartiale. Je le répète: la Croatie et la Belgique me sont aussi chères l'une que l'autre. Je n'espère qu'une chose: que les Belges ne soient pas lésés par l'arbitrage comme... je l'avais été à Chicago en 1994 contre l'Allemagne et comme Wilmots l'a été en 2002 à Kobé contre le Brésil.»

Josip Weber ne veut pas instiller de fallacieux espoirs dans l'esprit des Diables: «La Belgique peut gagner ce mercredi. Mais elle ne triomphera jamais par cinq buts à zéro. Une réédition -en sens inverse- du match aller me paraît absolument exclue. Quelle que soit l'évolution du score, les Croates sont trop expérimentés pour céder à la panique, même s'ils devaient encaisser rapidement un ou deux buts. Ceci dit, les deux formations m'apparaissent très proches l'une de l'autre. Elles se valent même comme l'atteste, finalement, leur parcours dans le groupe. Hélas! pour les Belges, le score du match aller à Zagreb demeurera un simple accident de parcours...»

© Les Sports 2003