L’homme déambule dans les couloirs de la "Maison de verre" avec sa mallette. Discrètement. Pourtant, Philippe Collin supervise la gestion sportive de toute la politique sportive de l’URBSFA. Le premier vice-président et responsable des dossiers sportifs de l’Union belge n’a pas débarqué par hasard à ce poste stratégique. Pourtant, sa carrière sportive aurait pu le mener à la place de président de hockey !

"Quand j’étais adolescent, je disputais un match de football le samedi et une rencontre de hockey le dimanche. Et le lundi, je jouais au futsal."

A la force du stick, il a remonté Anderlecht de la D3 à l’élite. Il a aussi pris part aux JO de Munich en 1972.

Dans la foulée de son retour, il a pleinement basculé dans l’univers du sport roi. Constant Vanden Stock l’a appelé pour qu’il intègre le conseil d’administration du Sporting Anderlecht. "J’ai assumé la responsabilité de l’école des jeunes et du recrutement. J’ai lancé les carrières de Zetterberg et de Kompany entre autres." Sous son ère, il a épuisé le filon argentin : Frutos, Biglia, Pareja. "J’ai vu une centaine de matches en Argentine."

En quarante ans, il a assisté à plus de 7 000 matches depuis les tribunes et visionné autant de rencontres à la télévision. Chaque rencontre est une nouvelle découverte.

Il y a six-sept ans, il a accepté un rôle d’intérim de quelques mois à la Fédération. Le contrat court toujours. "Je vis en permanence avec les Diables Rouges sans me mêler de la politique sportive. J’assiste à leurs entraînements et leurs rencontres tout en les suivant en stage. Je sers de maillon entre le staff technique et la Fédération."

A moins d’une demi-année du coup d’envoi de la Coupe du monde, Philippe Collin lutte contre la fuite du temps. Pour l’heure, il ne s’occupe pas trop des questions sportives relatives aux Diables Rouges. "Je n’interviens qu’en cas de problème. Comme le staff gère toutes ses histoires, je n’ai pas beaucoup de travail. Je veille à ce que tout fonctionne."


Wilmots gère l’aspect sportif tout seul

Marc Wilmots a concocté, tout seul comme un grand, son programme sportif. Les matches amicaux contre la Côte d’Ivoire (5 mars) et contre le Luxembourg (26 mai) ne seront pas les seuls. "Nous tentons de finaliser un match d’adieux sur le sol belge. La Côte d’Ivoire ? Il aurait été préférable d’affronter le Maghreb qui propose un style de jeu plus semblable à celui de l’Algérie. Mais, le choix est tombé avant le tirage au sort. Et le Luxembourg ? Cette rencontre est purement technique. Ce match d’entraînement servira à mettre les joueurs en route."

Même s’il n’interfère pas dans les dossiers sportifs de Marc Wilmots, Philippe Collin connaît les difficultés auxquelles se frottera le T1. Selon lui, le mercato sera crucial pour un joueur : Kevin De Bruyne. "C’est un grand joueur créatif. Nous avons besoin de ce profil car nous en avons trop peu." Il aura la possibilité de coucher vingt-trois noms sur le papier de la sélection. Aujourd’hui, une trentaine de candidats se bousculent au portillon. "Nous aurons besoin de joueurs polyvalents afin de pallier d’éventuelles blessures. Le temps de jeu, aussi, pèsera lourd dans la balance."


Les résultats dépendront de la forme des sept poids lourds de l’équipe

A l’heure où la nation s’est enflammée dans les stades où se produisaient les troupes de Wilmots, tout le monde rêve plus ou moins secrètement d’une qualification pour la finale. Philippe Collin tempère les ardeurs sans fermer la porte. "Nous possédons sept poids lourds que je ne nommerai pas. S’ils sont tous au sommet de leur forme, nous irons très loin. Si plusieurs ne jouent pas, nous souffrirons. Lors du Mondial 2010, l’Uruguay a cartonné grâce au trio Suarez, Forlan et Cavani. Nous aurons aussi besoin de chance."

La chance a déjà souri aux Belges lors du tirage au sort avec un groupe composé de la Corée du Sud, de la Russie et de l’Algérie. "Clairement, à l’échelle mondiale, le tirage a été favorable. Mais, soyons méfiants. L’Algérie défendra et misera tout sur le contre. Nous devrons marquer. Le résultat sera juste. Nous évoluons un cran au-dessus de la Russie tout comme la Corée. Les Asiatiques sont toujours motivés à 100 %."

La présence du jeune Thibaut Courtois rassure Philippe Collin. Il n’est pas le seul atout des Belges. "Tous les gars ne craquent pas sous la pression. Un match à haut enjeu ne les tétanise pas du tout. La Belgique n’a jamais sorti un grand résultat sans un grand gardien."

En marge des terrains, Philippe Collin n’oublie pas que la Belgique vivra un épisode important dans les urnes. Sans exagérer le rôle des Diables Rouges, il ne minimise pas leur impact sur les voix du peuple. "Le séparatisme souffrira car les Diables incarnent l’unité du pays. On en parlera tout le temps. Ils auront une petite influence. Durant les défis des Diables, nous avons reçu 18 000 dessins d’enfant ce qui revient, avec leurs parents, à 54 000 personnes qui ont joué le jeu."


Hazard, le metteur d’ambiance avant-match

Témoin privilégié de cette équipe en or, il vit au cœur même de ce noyau. Avant un match, il les observe sans troubler leur concentration. "Durant l’heure qui précède une rencontre, je les vois se concentrer sauf un , éclate-t-il de rire. Eden Hazard se marre. Il fait rire les autres qui chipotent à leurs chaussures ou écoutent de la musique à fond."

En 2014, beaucoup de records pourraient tomber. Les chiffres s’affolent à l’Union belge. "Le budget de la Fédé grimpe sans cesse (40 millions). Les Diables multiplient leurs apparitions dans des spots publicitaires. Une partie file dans la caisse de l’Union; l’autre, dans leur poche." Il freine l’enthousiasme de ceux qui pensent que la Belgique ramènera des millions du Brésil. "Les Pays-Bas ont dépensé 21 millions lors de leur campagne en 2010 où ils ont atteint la finale en Afrique du Sud. Ce parcours leur a rapporté… 23 millions." Ce chiffre élude un pan des revenus, celui du merchandising ! "Nous refusons neuf projets sur dix tant ils sont nombreux."

Il écarte avec diplomatie les questions relatives aux rémunérations des joueurs et les primes qui sont consignées dans un contrat de cinquante-deux pages par athlète. En foot, tout est relatif ! Le business n’est jamais loin des terrains.