Le sélectionneur de la Belgique Roberto Martinez a lui déclaré dans le quotidien La Dernière Heure que "boycotter le Mondial au Qatar n'est pas la solution. Ce serait tourner le dos au problème. On doit, au contraire, y faire face".

Sous le feu de critiques d'organisations de défense des droits humains pour son traitement des travailleurs migrants, notamment dans les chantiers de construction des stades de la compétition prévue en décembre 2022, le Qatar cristallise la polémique, alors qu'ont débuté, en Europe, les qualifications pour "sa" Coupe du monde.

La Norvège d'Erling Haaland a été la première à allumer la mèche avant son match à Gibraltar mercredi. Les joueurs avaient arboré un T-shirt proclamant: "Droits humains sur et hors du terrain".

Une action répétée le lendemain par l'Allemagne, championne du monde 2014, avec une photo largement partagée sur les réseaux sociaux montrant les onze joueurs de la sélection alignés, chacun ayant sur son torse l'une des onze lettres de "HUMAN RIGHTS", droits humains en anglais.

"On doit faire savoir à l'opinion publique qu'on n'ignore pas cette question", a expliqué le milieu du Bayern Munich Leon Goretzka. "Nous avons une grande portée, que nous pouvons utiliser de belle façon".

Les Pays-Bas de Memphis Depay ont pris le relais dans les actions samedi, et le Danemark, qui affronte dimanche la Moldavie à Herning, a lui aussi promis une mobilisation sans en dévoiler la forme.

Les joueurs iront-ils plus loin qu'un message de désapprobation ?

L'hypothèse d'un boycott du tournoi, évoqué notamment par la Fédération norvégienne qui a reporté à juin sa décision, reste en tout cas loin d'être sérieusement étudiée par les grandes nations du football.

"Pour un boycott, nous arrivons dix ans trop tard. C'est à l'époque (quand le Mondial a été attribué au Qatar, NDLR) qu'il aurait fallu réfléchir", a lancé l'international allemand Joshua Kimmich.

En France, la question est déjà évacuée. "Le Qatar a été désigné depuis longtemps par des gens responsables, on ne va pas aller sur une remise en cause à un an de l'organisation. La France sera présente au Qatar si elle se qualifie", a assuré le président de la Fédération française Le Graët dans un entretien à l'AFP début mars.

Le capitaine Hugo Lloris a néanmoins indiqué soutenir le mouvement: "C'est une bonne chose, les joueurs ont le droit de se manifester. Je pense qu'il n'y a aucun joueur insensible à ce qui a été dit ou écrit par rapport à tout ça", a-t-il déclaré samedi.

La Fifa, organisatrice du Mondial, est pour le moment restée assez discrète sur le sujet, indiquant "croire en la liberté d'expression et au pouvoir du football pour susciter des changements positifs" et refusant de sanctionner les sélections qui se sont mobilisées, alors qu'en règle générale, elle interdit les déclarations politiques dans le cadre des rencontres.

Au Qatar, qui assure avoir fait plus que tout autre pays dans la région afin d'améliorer les conditions de travail des migrants, l'affaire n'a pas encore pris une grande ampleur.

Un porte-parole de l'autorité gouvernementale en charge de l'organisation et de la construction des stades a rejeté toutes les accusations, dimanche: "Nous avons toujours été transparents sur la santé et la sécurité des travailleurs", a-t-il assuré dans un communiqué, affirmant qu'il n'y avait eu que "trois décès liés au travail et 35 non-liés au travail", depuis que la construction a commencé en 2014. "Les préparatifs (...) ont déjà apporté des bénéfices significatifs aux travailleurs".