La ligne téléphonique semble parfois jouer à saute-mouton. Perdu sur la route de Bourg-en-Bresse comme au temps de ses échappées ivoiriennes, Dominique D’Onofrio continue de dérouler son agenda entre ses responsabilités sportives au FC Metz et son costume trois pièces de consultant pour Voo Télé : "Pour l’instant, le terrain ne me manque pas. Je prends énormément de plaisir dans ce que je fais. Vous savez, tous les clubs savaient à ma sortie du Standard que j’étais sur le marché. Anderlecht, Bruges, Genk et La Gantoise ont tous, à un moment donné, cherché un entraîneur. Ils avaient mon numéro, mais ce n’était pas à moi de les appeler. Contrairement à d’autres, je n’ai jamais été un bon publicitaire. Je n’aime pas me vendre et ce n’est pas maintenant que l’on va me changer."

En France, les hommes avertis applaudissent pourtant son travail des deux mains. Nul n’est prophète en son pays, mais la reconnaissance ne doit pas toujours se piocher dans les horizons lointains. Certains clubs belges profitent du reste de son travail de fond entamé du côté messin. A l’image d’un Racing Genk où les patrons astiquent déjà les tiroirs de la trésorerie à la seule idée de revendre un Koulibaly arrivé en droite ligne de Metz cet été : "Cela me fait énormément plaisir de voir ce qui lui arrive aujourd’hui. Je n’ai pas peur de dire qu’il est déjà un des meilleurs défenseurs de division 1 et que sa marge de progression est encore énorme. Je suis certain qu’il aboutira un jour en Angleterre. On a parlé d’une offre de 10 millions venue d’Italie en janvier, mais je n’en sais rien. Vous savez que j’en avais d’abord parlé à Anderlecht."

Cheikhou Kouyaté régnant en maître sur la défense anderlechtoise, le transfert de Koulibaly en était alors resté au rang de simple idée. Qu’importe puisqu’une seconde opportunité, portant le nom d’un autre joueur messin, Bouna Sarr, pourrait bientôt se concrétiser : "Cela m’étonnerait qu’il ait déjà signé à Anderlecht. Il a encore un contrat de deux ans chez nous et la direction anderlechtoise ne m’a jamais appelé. S’ils veulent le joueur, ils connaissent mon numéro."

Entre les premiers bruits du mercato d’été, les playoffs passeraient presque comme un coup de vent entre deux portes. Dès lundi, Dominique D’Onofrio, revenu de France, sera pourtant de retour sur les postes de télé.

Dominique, après avoir connu les playoffs comme entraîneur, vous les vivez désormais comme consultant télé. On imagine que votre regard sur la formule a quelque peu changé ?

J’ai toujours été contre cette formule qui est beaucoup trop compliquée. Les mécanismes sont différents selon que l’on soit en playoffs 1, 2 ou 3, et même quatre ans après, on y perd toujours son latin. Le fait que j’ai vécu une formidable remontée avec le Standard, il y a deux ans, n’y change rien : je pense qu’on doit revoir les choses. On veut tous voir les grands s’affronter quatre fois par saison, mais on n’a pas forcément besoin d’en passer par là.

On a pourtant l’impression que les critiques sont quelque peu retombées.

Disons que l’on s’habitue. On sait désormais que l’on vit un championnat où l’unique objectif des ténors est de valider leur billet pour les playoffs 1. Chaque année, on sait aussi que l’on va voir un "club surprise" à la table des invités. La seule différence, c’est qu’avec Zulte et Lokeren, on en a deux pour le prix d’un cette saison.

Peter Maes (Lokeren) et Franky Dury (Zulte Waregem) vous ressemblent d’ailleurs un peu. Le second cité, surtout. Sans passé de joueur, vous avez tous deux dû convaincre les sceptiques de vos qualités.

Pour moi, ce sont clairement les deux entraîneurs qu’il faut sortir du lot cette saison. John van den Brom a, à juste titre, reçu énormément de crédit cette saison mais il arrive à un moment où il va aussi devoir le justifier. Sur le plan des qualités, Anderlecht doit être champion mais sa gestion du stress sera déterminante. Maes et Dury n’auront pas ce problème-là. Ce sont deux amis mais je ne pousserais pas la comparaison aussi loin que vous. Il y a deux différences entre Franky et moi : j’ai entraîné le Standard, lui pas; son travail est reconnu à sa juste valeur, le mien ne l’a pas été. Mais j’ai une admiration profonde pour ce qu’il fait. On a suivi les cours d’entraîneur ensemble au moment où il coachait encore en division 2. On est des copains de promotion ! Ce qu’il a mis en place à Zulte témoigne d’une vraie vision.

Vous pensez notamment à son travail avec les jeunes mais tous les clubs ont décidé de se convertir à ce mode de pensée. Pourquoi ?

Par nécessité ! Certains ont été tellement loin dans la démesure salariale et les contrats offerts aux anciens joueurs qu’on ne pouvait plus faire autrement. Et je parle surtout pour les championnats étrangers. A l’heure actuelle, vous voyez bien que tout le monde fait marche arrière pour miser sur la jeunesse. Metz a toujours eu la réputation d’un grand club formateur et je vois bien que les sollicitations des clubs étrangers se multiplient. En fin de saison passée, un club comme la Juventus a déposé 2 millions pour un de nos jeunes de 16 ans. Proposition déclinée, soit dit en passant. En Italie, le retour vers les jeunes est particulièrement sensible. Ils y sont financièrement condamnés.

Avec un attrait particulier pour les jeunes Belges.

Oui. On en arrive à un paradoxe, aujourd’hui, où les clubs français ne sont plus capables d’attirer des jeunes talents belges mais où le championnat belge parvient à aimanter les jeunes joueurs français. Vous voyez bien que l’Angleterre, les Pays-Bas, l’Italie sont tentés par nos jeunes. On sous-estime la réputation que l’on a à l’étranger en termes de formation. Il est clair que le succès des Diables joue un rôle important là-dedans.

A la base, cette tendance vient pourtant du Standard et du travail que vous y avez fourni. Aujourd’hui, on se demande si, à Liège, l’héritage n’est pas dilapidé.

Je suis mal placé pour m’exprimer là-dessus. Je n’ai qu’un regard extérieur sur la nouvelle gestion du club. mais je ne peux que répéter ce que l’on me dit quand on m’interpelle dans les rues de la ville. J’entends que le Standard a perdu son âme, mais on fera les comptes plus tard. Ce qui est sûr, c’est que nous avions laissé à la nouvelle direction un bel héritage.

En attendant, le clan D’Onofrio semble se rapprocher d’Anderlecht. Vrai ou faux ?

J’ai toujours été en bons termes avec les dirigeants anderlechtois. Quand je me rends là-bas pour les besoins de la télé, je sens un véritable respect. Mais c’est aussi le cas à Bruges et partout ailleurs.

Mais le président Vanden Stock ne cache pas sa proximité avec votre frère Lucien.

C’est une histoire d’amitié. Il ne faut pas forcément y voir autre chose que cela lorsqu’on les croise ensemble. Roger Vanden Stock aurait sans doute voulu travailler aux côtés de mon frère mais je ne sais pas dans quelle mesure le conseil d’administration d’Anderlecht ne s’y est pas opposé.

Et puis, le Sporting actuel compte aujourd’hui sur trois de vos anciens poulains : Jovanovic, Mbokani, Cyriac. Vous avez gardé le contact avec des joueurs comme ceux-là ?

Mon lien avec Cyriac est particulier puisque je l’avais moi-même repéré lorsqu’il jouait en Côté d’Ivoire du côté de l’Asec Mimosas. Je suis certain que, sans sa blessure, on aurait été champions avec le Standard voilà deux ans. Il a un potentiel incroyable mais je ne sais pas où il en est physiquement. Très honnêtement, je n’ai plus un contact régulier avec lui malgré la proximité que nous avions, notamment lorsqu’il était blessé. Mais je suis comme cela avec tous les joueurs. Je ne suis pas du genre à décrocher mon téléphone pour les appeler. Contrairement à ce que l’on croit, le copinage, ce n’est pas pour moi. Je suis resté lié à Van Buyten, Dragutinovic ou Emile Mpenza, mais on ne s’appelle pas tous les jours. Il y en a d’autres comme Witsel ou Fellaini à qui j’envoie un SMS avant le match, mais cela s’arrête là. Ce qui m’importe, c’est d’avoir gardé leur respect.

Contrairement à certains patrons de clubs qui semblent parfois encore vous prendre de haut.

C’est à eux qu’il faut poser la question. J’ai plus de 100 matches comme entraîneur de division 1 mais je ne sais pas répondre à la place des autres. La récompense vient des joueurs. Mais je vois aussi que certaines idées que je défendais commencent à avancer. J’ai lu dans la presse que les équipes réserves (les moins de 21) des clubs de division 1 allaient bientôt évoluer en promotion. A la fédération, j’ai fait partie du groupe de travail qui planchait sur cette question. Je poussais déjà avec Dury ou Van Geneugden pour qu’ils puissent évoluer en division 3. Entretemps, on a perdu 5 ans.