Ils sont trente-six. Trente-six à avoir foulé les pelouses belges avec leur club. Titulaires indiscutables ou flops insondables, ils font partie des heureux élus qui se retrouveront au Brésil, pour disputer une Coupe du Monde terriblement attendue. Alors que certains figurent parmi les favoris pour la victoire finale, d'autres ont déjà booké leur retour avant les huitièmes de finale. Qui sont-ils ? Où ont-ils joué ? Quel souvenir ont-ils laissé chez nous ? (Re)-découverte en trois volets. Premier tome, consacré aux oubliés et aux inclassables.


Qui ça?

JUNIOR DIAZ (COSTA RICA / FC BRUGES)

La Belgique et le Costa Rica, ce n'est pas seulement Bryan Ruiz. Il y a aussi beaucoup beaucoup beaucoup de choses à dire sur Junior Diaz , qui a animé l'espace d'une saison le flanc gauche du Jan Breydel Stadion sous les couleurs des Gazelles brugeoises. Débarqué dans la Venise du Nord en 2010 avec une quarantaine de sélections dans les valises et la mission de remplacer Michael Klukowski, le latéral costaricien avait tout de même coûté près d'un million d'euros au Club. Rien de vraiment étonnant pour une direction capable de sortir les millions pour Daerden et Vleminckx. Un an, un assist et quelques débordements infructueux plus tard, Diaz retourne à Cracovie sans avoir fait trembler les filets belges. Avant de filer à Mayence, où il est devenu titulaire dans cette Bundesliga si chère à un Marc Wilmots qui, contrairement à beaucoup, ne l'a donc sans doute pas oublié.

JEAN BEAUSEJOUR (CHILI / LA GANTOISE)

Quand le Servette Genève fait faillite à l'été 2006, Michel Louwagie saute sur l'occasion. Le manager gantois débauche alors un puissant Chilien qui fait des ravages sur le flanc gauche, malgré son nom d'agence de voyage en ligne: Jean Beausejour . En un an chez les Buffalos , il ne reçoit jamais sa chance et n'entre pas dans les plans de Georges Leekens, puisque Monsieur 90% donne toute sa confiance à un Christophe Grégoire qui distribue le caviar comme un oligarque, avec son pied gauche en guise de cuiller. En 2010, la Belgique avait donc déjà oublié ce Beausejour reparti de l'autre côté de l'Atlantique pour retrouver la confiance. Pari gagné, puisque son but face au Honduras lors du Mondial sudafricain ouvrira la boite à souvenirs aux suiveurs, ainsi que les portes de l'Angleterre à l'ami Jean, qui officie aujourd'hui à Wigan après une pige à Birmingham.

MARIO MARTINEZ (HONDURAS / ANDERLECHT)

Ailier explosif, Hondurien prometteur, il débarque à Anderlecht au cœur de l'hiver. Non, ce n'est pas d'Andy Najar dont il est question, mais de son compatriote Mario Martinez . Sans doute présenté à la direction mauve par le fameux Victor Bernardez, Mario se présente à la presse en janvier 2010 avec des rêves de Premier League et la certitude d'une adaptation rapide grâce à un début de saison passé en Norvège. Six mois plus tard, Mario n'a jamais confirmé ses deux buts inscrits au Mondial espoirs et s'en est retourné au pays sous les couleurs du Real España. Un choix gagnant, puisqu'il lui ouvrira les portes de la Coupe du Monde. Lui qui rêvait d'un avenir "à la Wilson Palacios", il se contenterait sans doute à présent d'une trajectoire "à la Jean Beausejour".

KENNETH OMERUO (NIGERIA / ANDERLECHT PUIS STANDARD)

"Le meilleur joueur de Chelsea dont vous n'avez jamais entendu parler" . Voilà comment nos confrères de FourFourTwo présentent Kenneth Omeruo . On ajoutera qu'à tout juste vingt ans, l'arrière central nigérian est passé par Anderlecht et le Standard sans que cela ne choque personne. Ce sont les Mauves qui sautent les premiers sur la balle, charmés par les prestations du teenager lors du Mondial U17 édition 2009, où les Super Eagles atteignent la finale. Jugé insuffisant, Kenneth retourne au pays avant de revenir à Liège, grâce aux souvenirs d'un Standard charmé par ses prestations en jeunes chez les Mauves. Les Rouches pensent avoir damé le pion au rival de toujours, mais Chelsea passe par là et s'offre Omeruo pour le prêter immédiatement de l'autre côté de la frontière, à l'ADO Den Haag. Trois ans plus tard, Kenneth, prêté à Middlesbrough, va débarquer au Mondial avec une CAN dans l'armoire à trophées, un statut d'espoir des Blues à défendre et un record unique gratté sous l'affreuse tunique vert et jaune du club de La Haye: face au VVV Venlo en avril 2012, il a livré un festival en septante minutes avec un but marqué à la 19e, un auto-but à la 22e et une rouge à la 69e. Le hat-trick.

MIKKEL DISKERUD (ÉTATS-UNIS / LA GANTOISE)

À part les collectionneurs de Panini ou les aficionados du championnat norvégien, peu de gens connaissent Mikkel Diskerud . Et ils sont encore moins à se souvenir que l'Américain aux racines norvégiennes a fait une pige de six mois à La Gantoise. International depuis 2010 et champion de Norvège à 17 ans à peine, Mix (surnommé ainsi par sa maman parce que ses premiers pas ressemblaient au mouvement d'un mixer - oui, nous aussi on a du mal à imaginer - atterrit à Gand pour un prêt de six mois en 2012. Victime de la concurrence de Jesper Jorgensen, Diskerud n’apparaît que six fois sous le maillot buffalo et s'en retournera finalement en Norvège pour enchaîner les titularisations chez le géant de Rosenborg. Une régularité qui lui vaut un billet pour le Brésil signé Jurgen Klinsmann. Et tant pis pour Sacha Kljestan.


Les inclassables

En Croatie

OGNJEN VUKOJEVIC (LIERSE)

Le délégué et le trésorier. Ce sont sans doute les seuls à se rappeler du passage d' Ognjen Vukojevic sur la chaussée du Lisp. À neuf reprises, le délégué lierrois a dû inscrire sur la feuille de match l'improbable prénom du Croate, venu du Slaven Belupo en juin 2005 pour retourner au pays avec une sacrée promotion six mois plus tard, puisque c'est le Dinamo Zagreb qui l'a rapatrié. Trois ans et autant de titres de champion de Croatie plus tard, c'est le trésorier des Pailletiers qui a reçu des nouvelles du médian. Les huit millions d'euros déboursés par le Dynamo Kiev pour arracher Vuko à Zagreb après une saison conclue avec 15 buts au compteur ont permis au Lierse d'empocher 800.000 euros dans l'aventure, grâce à un transfert habilement négocié avec une prime à la revente. Et puis, pour le prestige, Vukojevic s'offre le glorieux titre d'unique ancien lierrois à faire le voyage au Brésil. Pas négligeable.

IVAN PERISIC (FC BRUGES)

D' Ivan Perisic , on pourrait retenir ce titre de Footballeur Pro glané au nez et à la barbe naissante d'Axel Witsel lors de la seule année où le Standard a aimé les Playoffs. Ou ce but inscrit face aux Diables lors de la visite de la sélection au damier à notre roi Baudouin national. Au final, sa place au Mondial est la moins improbable du lot vu son beau parcours en Belgique. Mais Ivan Perisic, c'est avant tout l'histoire de ressemblances complètement folle. Sans doute la série de sosies la plus improbable de l'histoire, où le Croate ressemble à un Arjen Robben, qui partage lui-même les traits de Danny Boon. Et comme du côté de Bruges, on aime visiblement beaucoup les sosies, le Club est allé cherché Waldemar Sobota après avoir croisé sa route lors d'un obscur tour préliminaire d'Europa League. Mais comme la Pologne et les Cht'is n'iront pas au Mondial, Perisic pourra viser sans pression le titre de meilleur sosie brésilien d'Arjen Robben. Pas sûr, toutefois, que la ressemblance suffise à faire peur aux défenseurs locaux. 

NIKICA JELAVIC (ZULTE WAREGEM)

Quand Nikica Jelavic débarque à Zulte Waregem en 2007, l'attaquant croate est annoncé comme un futur crack. Ses trois buts en 23 rencontres ne lui permettent toutefois pas de tenir une place aux côtés de Tony Sergeant, Thorgan Hazard et Davy De fauw dans les travées du stade Arc-en-Ciel. Le truc de Nikica, ce sont les duels et les deuxièmes ballons. Du coup, Jelavic part s'éclater en Écosse, plante une foule de buts pour des Rangers toujours en D1 à l'époque et rejoint la Premier League . L'an dernier, il plante tellement à Everton qu'on parle partout de son passage tout nul au Essevee , et qu'on en fait une terreur avant la venue des Croates à Bruxelles. Finalement, Nikica n'en touche plus une, et se fait virer d'une équipe d'Everton qui commence à jouer avec les pieds. Direction Hull, ou plutôt le banc de Hull. Ce qui est visiblement suffisant pour aller au Mondial avec un maillot qui ressemble à un pyjama sur le dos. On est sûrs qu'ils étaient vraiment coriaces, ces Croates?


En Bosnie

ERVIN ZUKANOVIC (DENDER - EUPEN - COURTRAI - LA GANTOISE)

N'en déplaise à Mehdi Carcela ou Maxime Lestienne, le gaucher le plus élégant de la Pro League n'était pas en Playoffs 1 cette saison. Avec ses transversales dignes d'un arrière central de l'Ajax et ses coups francs de ramoneur de lucarnes, Ervin Zukanovic a dû se contenter de ces satanés Playoffs 2 sous la houlette d'un Mircea Rednic qu'il ne pouvait pas voir en peinture. L'an prochain, le Bosnien retrouvera un Hein Vanhaezebrouck qu'il avait connu à Courtrai, troisième étape du tour de Belgique d'un défenseur qui avait auparavant fait escale à Dender et Eupen. À moins qu'une place dans le onze de Safet Susic au Brésil ne lui offre enfin le transfert qu'il mérite.

ASMIR BEGOVIC (LA LOUVIÈRE)

Un jour, Asmir Begovic a compris qu'en continuant à défendre les couleurs du Canada, il devrait se contenter de la Gold Cup pour toute compétition internationale. Et que même en étant bosnien, il aurait plus de chances de jouer une Coupe du Monde qu'avec ce pays où Radzinski version Lierse aurait encore pu être titulaire en pointe. Alors, en 2009, Asmir a quitté le banc de la sélection canadienne pour s'installer entre les perches de la Bosnie. Cinq ans et plus de 100 matches de Premier League sont passés, et Begovic sera l'un des 32 numéros un de la prochaine Coupe du Monde. Et dire qu'en 2005, le mec encaissait des buts de Provinciale sous le maillot de La Louvière, alors coachée par Fred Tilmant. Bref, quand Asmir a quitté le Tivoli, on pensait en avoir fini pour toujours avec les gardiens canadiens. Mais dans ces cas-là, Beveren peut toujours vous surprendre. Et dénicher Roberto Giacomi. Deux matches, un 8-1 contre Anderlecht et douze buts encaissés. Contrairement à Begovic, il est resté canadien. Voilà peut-être pourquoi ils ne vont pas au Mondial.

TINO-SVEN SUSIC (STANDARD)

Tino-Sven Susic a beau être né à Sarajevo, c'est à la Belgique qu'il doit en grande partie son statut de joueur professionnel. Le Bosnien a d'ailleurs porté longtemps les couleurs diaboliques en équipes d'âge, avant de choisir la Bosnie de ses glorieux ancêtres cette année. Formé à Visé, puis au Standard après un passage par Genk, Tino a même évolué sous les couleurs rouches à l'occasion de rencontres amicales, sans recevoir sa chance. Il a alors pris la direction de l'Hadjuk Split en 2012, et rencontré un Igor Tudor qui a vu en lui le milieu défensif qu'il n'avait jamais été. Une Coupe nationale plus tard, l'homme dont les passeports n'avaient rien à envier à ceux de Mémé Tchité ou d'Adnan Januzaj préfère la Bosnie à la Belgique ou la Croatie. Il faut dire que l'équipe nationale est drivée par tonton Safet, qui offre à son neveu une chance de faire le voyage au Brésil. Pistonné?


Au Nigéria

REUBEN GABRIEL (WAASLAND-BEVEREN)

C'est l'histoire d'un homme à qui la peur de manquer un Mondial a fait faire des folies. À 23 ans, Reuben Gabriel compte déjà une CAN au palmarès avec le Nigéria et entame la saison chez les Écossais de Kilmarnock. Une expérience qui tourne au cauchemar à coups de penalty concédé et d'embrouilles incessantes avec la direction. Les deux parties se séparent d'un commun accord et Tim Sherwood, peut-être informé du fait que Reuben avait été nommé Joueur de l'Année au Nigéria en 2012, invite le joueur à Tottenham pour une série de tests à l'hiver. Mais là, un club frappe à la porte du Nigérian, et son sang ne fait qu'un tour. Waasland-Beveren dépose un contrat d'un an et demi sur la table. Gabriel troque White Hart Lane contre le Freethiel et des perspectives de temps de jeu plus alléchantes sous la houlette de Bob Peeters. Six mois, trois petites titularisations et une carte rouge plus tard, Gabriel se retrouve tout de même dans la liste de Stephen Keshi. Ah, si seulement Bas Sibum avait été nigérian…

MICHAEL UCHEBO (CERCLE BRUGES)

"Le nouveau Nwankwo Kanu" . Quand il débarque au VVV Venlo à l'automne 2009, Michael Uchebo est précédé d'une flatteuse réputation offerte par Voetbal International . Mais rapidement, nos voisins d'outre-Moerdijk se rendent compte que la technique du quasi double mètre nigérian est plus proche de celle de Joseph Enakarhire que des dribbles chaloupés de l'ancien ajacide. Des tests foireux à Stoke et aux Rangers (terminé après…un jour) et un statut de héros après un but en barrage pour la descente plus tard, Uchebo débarque dans la Venise du Nord, côté Cercle. De rares buts et une élégance proche du zéro absolu n'empêchent pas Stephen Keshi de lui offrir une première sélection en février dernier, et de le préférer à Ezekiel pour constituer sa liste des trente. Normal, quoi…

JOSEPH YOBO (STANDARD)

Pour se consoler de l'absence d'Imoh Ezekiel dans la sélection nigériane, les supporters du Standard pourront toujours se changer les idées en découvrant un nom plutôt familier dans le groupe de Stephen Keshi: celui de Joseph Yobo . C'est en effet à Sclessin que le défenseur central nigérian avait fait ses débuts européens, entre 1998 et 2001, avant d'emmener un tour du Vieux Continent qui allait le mener de Marseille à Norwich en passant par Goodison Park et Istanbul. Du haut de ses 33 ans, Joseph fait aujourd'hui figure de vieux sage dans une sélection surtout bâtie autour de la jeune génération argentée du Nigeria lors des JO de 2008. De quoi s'offrir allégrement le titre de meilleur Super Eagle de l'histoire du Standard. Et tant pis pour Rabiu Afolabi, Aliyu Datti, Joseph Enakarhire ou Godwin Okpara.


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